‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 513 sur 633 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Alexandrie. — Un appartement du palais.

Entrent ANTOINE, CLÉOPATRE, ÉNOCARBUS, CBARMION, IRAS, ALEXAS et Ai;tres.

ANTOINE

Il ne veut pas se mesurer avec iBoi, Domitius?

ÉNOBIRBCS.

Non.

ANTOINE

Pourquoi cela?

ÉNOBAKBDS.

Il pense qu'étant vingt fois plus favorisé que vous île h forluDC, ce serait vingt contre un.

ANTOINE

Demain, Ënobarbus, je combattrai sur mer et sur terre. Ou je reviendrai vivant, ou en mourant je donnerai à ma gloire un bain de sang qui la fera revivre. Te sens-tu disposé à bien combattre ?

ÉNOBARBDS.

Je frapperai en criant : La victoire oa la mortt

ANTOINE

C'est bien dit ; viens. — Qu'on appelle les serviteurs de ma maison ; que dans le banquet d'an* jourd'hui rien ne soit épargné.

Entrent PLUSIEURS SERYITEIRS.

ANTOINE, continuant.

Donne-moi ta main, toi; tu m'as toujours fidèle» ment servi; — et toi aussi; — et 'oi, — et toi ; — et toi ; vous m'avez tous bien servi, et vous avez eu des rois pour collègues.

CLÉOPATRE

Que veut dire ceci?

ËNOBARBcs, à part.

C'est une de ces fantaisies que la douleur sug» gère.

ANTOINE

Et toi aussi, tu es un fidèle serviteur; je voudrais qu'il me fut possible de me subdiviser en autant d'individus que vous êtes; et que vous tous incorporés vous ne fassiez qu'un Antoine, afin que je pusse vous servir aussi bien que vous m'avez servi.

LES SERVITEDUS.

Aux dieux ne plaise I

ANTOINE

Allons, mes bons amis, servez-moi encore ce soir: n'épargnez pas mon vin et disposez do ce qui m'appartient comme à l'époque oii mon empire partageait votre condition et obéissait 3t mes ordres.

CLÉOPATRE

Que prétend-il ?

Faire pleurer ses amis.

ANTOINE

Sorvez-moi ce soir; peut-être est-ce pour la' dernière fois; peut-être ne devez-vous plus me revoir ; ou , si vous me revoyez, je ne serai plus que l'ombre de moi-même : pcut-clre que demain vous servirez un autre maître; il me semble que cette entrevue Ci>t la dcruivrc. Ucs fidèles omis.

ANTOINE ET CLEOPATRE

je ne vous congédie pas ; mais inséparablement attaché à vous, je ne vous quitterai qu'à la mort. Je vous demande encore ce soir vos services pendant deux heures, et que les dieux vous en récompensent I

ÉNOBAnBUS.

Quelle est votre idée, seigneur? Pourquoi jeter ainsi leur âme dans le découragemcotî Voyez, ils pleurent, et moi, comme un sot, je sens mes jeux s'humecter de larmes; fi doncl ne nous métamorphosez pas en femmes.

ANTOINE

Quo donc 1 que le ciel me punisse si c'était là mon intention! bénies soient ces généreuses larmes I Mes chers amis, vous prêtez à mes paroles un sens trop douloureux : ce que je vous ai dit de ranimer votre courage ; je vous demandais de faire resplendir cette nuit de l'éclat de mille flambeaux. Sachez, mes amis, que j'espère bien de la journée de demain. Le combat auquel je veux vous conduire, je m'attends à en revenir vivant et victorieux plutôt qu'à y mourir avec gloire. Allons souper ; venez, et noyons dans le vin les réflexicns importunes.

Us sortent.

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