‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 538 sur 633 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Forés. — Un appartement du palaii.

ton^ai-e». Entrent DUSCAN, MALCOLM, DONAL- BAIN, LÉNOX, et leur Soitb.

DOSCAS.

Cawdor est-il exécuté? Ceux que j'avais chargés de ce soin sont-ils de retour?

HALCOLM.

Pas encore, mon souverain ; mais j'ai parlé à quelqu'un qui l'a vu mourir; si j'en crois son rapport, il a franchement avoué son crime, imploré

le pardon de votre majesté, et manifesté un profond repentir. Le plus beau moment de sa vie a été celui où il a pris congé d'elle. Il est mort en homme préparé à mourir et renonçant au plus précieux des biens comme à. une chose futile et sans valeur.

DUMCAJI.

Il n'y a plus moyen de juger des sentimens de l'ame par les traits du visage. C'était un homme en qui j'avais placé une confiance absolue.

Entrent MACBETH, BANQBO, ROSS «1 ANGUS.

Dc:«CAM, continuant.

0 mon digne cousin ! Le sentiment de mon ingratitude commençait à peser sur moi. Tu nous as devancé de si loin, que la récompense la plus rapide a les ailes trop lentes pour t'atteindre. Oue n'as-tu mérité moins! je pourrais plus aisément alors proportionner à tes services mes remercimenset ta récompense. Pour tout dire en un mot, ce que je te dois, rien au monde ne saurait l'acquitter.

UACBErn.

L'obéissance et la fidélité que je vous rends trouvent en elles-mêmes leur récompense. Le rûle de votre majesté est de nous commander; nous sommes pour votre trône et pour l'état des enfans et des serviteurs qui ne font que leur devoir lorsqu'ils se dévouent pour vous plaire et servir votre gloire.

DDHCAN.

Sois le bien venu, bel arbre que j"ai planté, et que je veux travailler à faire croître et grandir. — Noble Banque, tu n'as pas moins mérité, et je veux qu'on le sache; laissé -moi l'embrasser et te presser sur mon cœur.

BâNQCO.

Si sur ce terrain-là je prends racine, c'est pour vous que sera la récolte.

DONCAK.

Ma joie, que mon cœur ne peut plus contenir, cherche à s'épancher par des larmes. Mes fils, princes du sang, thanes valeureux, et vous, qui siégez sur les degrés du trône, nous vous faisons savoir que notre intention est de proclamer pour notre successeur'-' notre fils aîné, qui prendra désormais le titre de prince de Cumberland. Ces honneurs ne seront pas les seuls que nous décernerons ; des marques de distinction brilleront comme autant d'étoiles sur tous ceux qui s'en sont rendus dignes. — (A Macbeth. ) Nous allons main-

• Dans les premiers temps, la couronne d'Ecosse n'était pas Uêreditaire. Le successeur désigne du vivant du ro| prenait le litre de prince de Cumberland. Le roi d'Ecosse possedail le Cumberland à litre de fief, relevant de la' couronne d'Angleterre. (Noie du traducteur.)

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

tenant à Inverness resserrer les liens qui nous unissent à toi.

MACBETH

Le temps que je passe sans vous servir est pour moi non un repos, mais une fatigue : je vais moi-même vous annoncer, et porter à ma femme l'heureuse nouvelle de votre approche. Je prends humblement congé de vous.

DDRCÀK.

Mon digne Cawdor!

Il s'entretient à voiï basse avec Banque. UACBETH, à part.

Prince de Cumberland ! — Voilà sur mon chemin un obstacle que je dois franchir, sous peine de tomber. Étoiles, cachez vos feux : que la lumière n'éclaire pas mes ténébreux désirs : que l'œil ne voie point ce que fera la main ; et cependant qu'elle s'accomplisse l'œuvre qu'une fois terminée l'œil frémirait de voir!

Il sort.

DUMCAN.

Tu dis vrai, digne Banque ; il est plein de vaillance; son éloge est pour moi un aliment, un banquet véritable. Suivons-le ; il a voulu nous précéder pour nous préparer un meilleur accueil. C'est UB mortel sans égal.

Fanfares. Ils sortent.

Inverness. — Un appartement dans le cLâteau Je Macbelb. Entre LADY MACBETH , lisant une lettre.

LADT MACBETH.

« Je les ai rencontrées le jour de ma victoire, » et j'ai appris, par des témoignages dignes de foi, » qu'elles possèdent une science plus qu'humaine. » Au moment où je brûlais de les interroger en- » core, elles se sont évaporées et ont disparu » dans l'air. J'étais encore immobile d'étonne- » ment, quand sont arrivés des envoyés du roi, n qui m'ont donné le titre de thane de Cavrdor; » les sœurs prophétiques m'avaient déjà salué de » ce titre, et me référant à l'avenir, elles avaient » ajouté : Salut, loi qui seras roi; J'ai jugé à pro- M pos de le mander ces choses, bien aimée com- » pagne de ma grandeur, afin de ne pas te frus- » trer de ta part dans ma joie, en te laissant » ignorer les hautes destinées qui t'attendent. » Renferme ceci dans ton cœur; adieu.»

Tu es thaoc de Glamis et de Cawdor; et tu seras ce qu'on t'a prédit. — Mais je me défie de ta nature; elle est trop imprégnée du lait de l'humaine bonté, pour prendre la voie la plus courte. Tu convoites les grandeurs; tu n'es pas sans ambition,

mais tu la veux sans les peines qui l'accompagnent. Le but que tu te proposes est élevé, mais tu veux y parvenir par des moyens innoceos; tu ne veux pas jouer un jeu déloyal, et pourtant tu t'accommoderais d'un gain illégitime. Noble Glamis, tu aspires à posséder un bien qui te crie : «Voici ce que tu dois faire pour m'oblenir; » et cette action-là, tu crains de la faire, bien plus que tu ne désires qu'elle ne soit point faite. Viens donc, viens, que je verse dans ton oreille une courageuse ardeur, et que ma langue hardie, châtiant ta faiblesse, écarte les scrupules qui t'empêchentde saisir le cercle d'or dont les destins et une assistance surnaturelle semblent vouloir couronner ton front.

Entre UN SERVITEUR.

LADf MACBETH, Continuant.

Quelles nouvelles m'apportes-tu?

LE SEKVITECR.

Le roi arrive ici ce soir.

LADT MACBETH.

Il faut que tu aies perdu la tête, pour parler ainsi. Ton maitre n'est-il pas avec lui? si ce que tu dis était vrai, il m'en aurait informée, pour que je pusse faire mes préparatifs.

LE SEETITEHR.

Avec votre permission, la chose est certaine; notre thane approche; un de nos camarades, qui l'a devancé, est arrivé hors d'haleine, et c'est à peine s'il lui en restait assez pour délivrer son message.

LADY MACBETH

Qu'on prenne soin de lui ; il apporte de grandes nouvelles.

Le Serviteub tort.

LADT MACBETH, Seule, Continuant.

Elle est enrouée et rauque la voix du corbeau qui annonce par ses croassemens la fatale entrée de DuDcan dansl'enceinte de mes créneaux. Venez, esprits qui présidez aux pensées homicides ; dépouillez-moi de mon sexe et remplissez-moi de la tête aux pieds de la plus inflexible cruauté! Épaississez mon sang; fermez dans mon cœur tout accès, tout passage à la pitié; faites qu'aucune faiblesse de la nature ne vienne ébranler ina terrible résolution et en paralyser les effets. Vcnei dans mes mamelles de femme transformer moq lait en Bel; venez, génies du meurtre, en quelque lieu que votre présence invisible préside à l'exécution du mal. Viens, nuit sombre, et enveloppci toi des plus noires vapeurs de l'enfer ; de peot que mon poignard acéré ne voie la blessure qu'il va faire et que le ciel, perçant l'épaisseur de tes ombres, ne vienne à me crier : Airétel arrête I

Eulre MACBETH.

MACBETH

Arrive LADY MACBETH.

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