‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 577 sur 633 · PREMIER COMÉDIEN · texte numérisé non relu

PREMIER COMÉDIEN

Quelle tirade, monseigneur?

HAMLET

Je t'ai un jour entendu déclamer un morceau qui n'a jamais été dit sur la scène, ou, dans tous les cas, ne la été qu'une fois ; car, si j'ai bonne mémoire, la pièce n'était pas du goût de tout le monde; c'était du caviar"" pour la foule; mais suivant mon opinion, et celle de personnes don' le jugement en ces matières est de beaucoup supérieur au mien, ce n'en était pas moins une excellente pièce, bien conduite, et écriteavec autant de décence que d'art. Autant que je me le rappelle, on convenait généralement qu'on n'en avait point épiré les vers pour relever l'insipidité du fond, que le style ne contenait rien qui put mé-

■ Il s'agit ici de ces noëls que les gens du peuple, i cette époque do l'année, allaient chantant en demandant l'aumâne. Hamlet cite des bribes de ces noëls, et pour le reste, renvoie Polonius à la complainte originale. {SoU du traducteur.)

" Ceci s'adresse à un acteur chargé des rSIes de femmes comme c'e'tait l'usage à cette époque. {Note du, traducteur.)

"■ Le cafiar est un mets russe , fort recherché, fait des u:uf3 de l'cslurgcon. (Note du traducteur.)

riAMLET.

riter à l'auteur le reproche d'afTectaiion ; mais qu'au demeurant, la pièce, faite avec autant de simplicité que de méthode, était pleine de naturel el d'agrément, et d'une beauté sans prétention. Il y avait surtout un passage que j'aimais: c'était le récit d'Énéeà Didon, et entre autres l'endroit où il raconte le meurtre de Priam ; s'il est encore gravé dans ta mémoire, commence à ce vers ; attends, laisse-moi me rappeler.

Ce farouche Pyrrhus, ce ligre d'Hyrcanie , —

Ce n'est pas cela ; le morceau commence par Pyrrhus.

Ce farouche Pyrrhus, de qui l'armure somhre, AÏDsi que ses projets, disparaissait dans l'ombre,

Aui Bancs du sinistre cheval.

Maintenant son aspect est plus terrible encore ;

Maintenant un rouge infernal

De la tète aui pieds le colore ; C'est le sang qu'averse son courage fatal , C'est le sang des vieillards, des filles el des femmes.

Il s'avance au milieu des flammes ,

Que Troie au loin reflète sur se» pas .

De son roi malheureux éclairant le trépas.

Ainsi, dégouttant de carnage L'exécrable Pyrrhus, les yeux étincelans Du feu de lincendie et du feu de la rage , Cherche Priam courbé sous le fardeau dos ans.

Toi, continue.

POLONIOS.

Pardieu, monseigneur, voilà qui est bien déclané, avec la mesure et les intonations convenables.

PREMIER CO.MÉDIES.

Jl le trouve bientôt opposant à l'orage

L'effort d'un impuissant courage.

Le fer dont son bras s'est armé ,

JRefusant d'obéir à cette main delile.

Retombe et demeure immobile.

fyrrhus, de o MiTclie droit "a Pri

: bruit, û Pyrrhu

Pyrrhus lé' Prêt à fr

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sa lanc sans défen

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glaulé

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Bouelu

soudain s'est arrête, oir en celte poslure, on dirait un tyran en peinture :

léante, indécis, éperdu, e deux senlimens il semble suspendu, i, peadant l'instant qui précède un or.nge, Tout fait silence sur la plage ; Nul bruit dans l'air n'est entendu ; ici se Uit ; les vents retiennent leur haici aime de la mort règne au loin dans la pla i tienlil du tonnerre on entend les éclats La foudre gronde avec fracas.

Ainsi, Pyrrhus, i ton morne silence, Bientôt succède la vengeance.

Bt'jtmais le marteau du Cyclope inhumaiu. Forgeant de Mars l'armure impénétrable.

ja

• tomba

Que le fer de Pyrrhus sur ce front vénéra

Sois maudite, Fortune, impudente catin.

Qui des mortels fais le destin.

Dieux putssans dont elle se joue.

De son pouvoir délivrez l'univers ;

Brisez les rayons de sa roue , Et jelei-en les de'bris aux enfers.

POI-ONIUS.

C'est trop long.

HAHLET.

Pour le raccourcir on l'enverra au barbier en même temps que votre barbe. — (Au Comédien.) Continue, je te prie; si on ne lui donne un ballet grotesque ou une scène grivoise, il s'endort. Continue; :tr.-ivons àHécube.

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