‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 6 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

La France. — Devant les remparts d'Angers.

.^rriDent d'un côlé L'ARCHIUUC D'AUTRICHE, âla lé le de ses troupes ; de l'aulre, PHILIPPE, roi de France, à la léle de ses troupes; LOUIS, CONSTANCE, ARTHUR.

LODIS.

Devant les murs d'Angers, soyez le bien venu, brave archiduc d'Autriche. — Arthur, ton glorieux parent, Richard, qui arracha le cœur d'un lion, et fil la guerre sainte en Palestine, périt d'une mon prématurée, victime de ce duc vaillant. Voulant expier cette faute vis-à-vis de sa postérité, il vient ici, sur notre demande, déployer ses drapeaux en la faveur , jeune enfant , et réprimer l'usurpation de ton oncle dénaturé, Jean d'Angleterre. Embrasse-le donc, aime-le, et fais-lui un cordial accueil.

abthcb, à l'Archiduc.

Dieu vous pardonnera la mort de Cœur-de-Lion, d'autant plus volontiers que vous donnez la vie à son descendant, abritant ses droits sous votre aile guerrière. Je vous accueilled'une main faible encore, mais d'un cœur plein d'une affection sincère Duc, soyez ie bien venu devant les portes d'Angers.

LOllS.

0 noble enfanti qui n'embrasserait la défense de les droits?

l'abcbiouc.

Laisse-moi imprimer sur ta joue ce baiser af-

fectueux ; qu'il soit le sceau de l'amitié que je te voue. Lorsque Angers et les domaines qui t'appartiennent en France; quand cette ile aux blanches falaises dont le pied repousse l'Océan aux vagues mugissantes, et sépare ses insulaires du reste du monde; quand cette Angleterre qui, tranquille à l'a bride son liquide rempart, se rit des vains projets de l'étranger; quand ce coin de terre, situé à l'extrême limite occidentale du monde, t'aura reconnu pour son roi, alors, seulement, je retournerai dans ma patrie; jusque là, aimable enfant, j'oublierai mes foyers, et resterai les armes à la main.

CONSTANCE

Oh! acceptez les actions de grâce de sa mère, les remerciemens d'une veuve, jusqu'au jour où votre bras fort lui aura donné la force et le pouvoir de reconnaître plus dignement votre affection.

l'archiduc La paix du ciel sera le partage de ceux qui tireront le glaive dans cette guerre juste et charitable.

LE ROI PHILIPPE

A l'œuvre donc; nos canons vont être dirigés contre les mcnaçans remparts de cette ville qui nous résiste. — Appelons nos chefs les plus expérimentés, pour qu'ils nous aident à choisir les points d'attaque les plus avantageux. Dussionsnous laisser devant cette place nos royaux osscmens, dussions-nous n'arriver jusqu'au centre de SCS rues qu'en marchant jusqu'au genou dans lo

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sang fr.inçais, noiisla snumc-Uions aux hiis Je cet i-nf^nl.

CONSTiSCF..

Attendez la réponse à votre ambassade, et n'allez pas sans motif ensanglanter vos glnives: le seigneur de Chitillun va pcut-èire nous rapporter la solution pacifique d'une question que nous voulons ici décider parla guerre ; et nous pourrions alors nous reprorher chacune des gouttes de sang que notre imprudente précipitation aurait inutilement fait couler.

Arrive CIIATILLON.

l.K nul PUILIPPE.

Admirez donc, m.idamel — Vous venez à peine d'exprimer votre vœu, et voilà notre envoyé Châlillon qui arrive. — {A CluUilloii.) Que dit l'Angleterre? Parlez en peu de mots, noble seigneur ; nous attendons froidement sa réponse; parlez, Cbàtillon.

CIIATILLON.

Abandonnez un siège sans importance ; réunis- .sez vos troupes, et qu'elles se préparent à une plus rude tAcbe. Irrité de vos justes demandes, l'Anglais a pris les armes ; les vents contraires qui m'ont forcé de différer mon départ, lui ont permis de débarquer ses légions en même temps que moi; il marche ù grandes journées vers cette ville ; son armée est nombreuse, ses soldats pleins d'ardeur. La reine-mère l'accompagne, véritable furie, qui l'anime aux combats et au carnage. Avec elle vient sa nièce, la princesse Blanche deCastille, ainsi qu'un bâtard du roi défunt. Sur leurs pas accourent tous les aventuriers d'Angleterre, jeunesse inconsidérée, courageux volontaires, femmes par le visage, véritables dragons pour l'intrépidité. Ces hommes, après avoir vendu leur héritage, portant avec eux tout ce qu'ils possèdent, viennent chercher fortune dans les hasards de la guerre. En un mot, jamais élite plus brave ne s'embarqua sur des vaisseaux anglais, et ne traversa l'Océan pour porter dans la chrétienté la guerre et le ravage. (17)1 bruit de tambours se fait entendre.) — Le bruit de leurs tambours, qui déjà se fait entendre, m'interdit de plus longs détails. Les voilà déjà qui sont à portée de parlementer ou de coirtatlre : ainsi, préparez-vous.

LE r.OI IMllLIPPE.

Combien je m'attendais peu à tant de célérité 1

L'AI\CIIlDfC.

Plus cette attaque est inattendue, plus nous devons mettre d'énergie dans lu défense; car la nécessité double le Cuurage; qu'ils vicnnejit donc; nous sommes prêts à les recevoir.

Arrivent LE KOI JE.\N, rt la Icle de ses Iroiijies , ÉLÉONOriE, BLANCHE, LE BATARD, PE.\I- BROKE.

LE ROI JEAN

Paix à la France, si la France nous laisse paisiblement entrer dans nos possessions héréditaires! sinon, que le sang de la France coule, et que la paix remonte aux cieux! tandisque nous, inslrumens de la colère du ciel, nous châtierons les orgueilleux par qui la paix est exilée de la terre.

LE ROI PHILIPPE

Paix à l'Angleterre, si ses guerriers retournent dans leur patrie pour y vivre en paixl Nous aimons l'Angleterre, et c'est pour elle que nous avons endossé notre pesante armure; nous faisons ce que lu devrais faire; mais toi, loin d'aimer l'Angleterre, tu as supplanté son légitime roi; lu as interrompu l'ordre de successibilité, usurpé les droits d'un royal enfant, et violemment profané la couronne, vierge encore. [Montrant Arthur.) Regarde le portrait de ton frère Geoffroy; — ces yeux, ce front, sont sa vivante image; cet enfant te présente un abrégé de tout ce qui est mort dans Geoffroy, et la main du temps se chargera de faire de cet abrégé un large volume. Ce Geoflioy était ton frère aine, et voilà son fils. Au nom du Tout-Puissant, comment se fait-il donc que lu prends le titre de roi, pendant que l'artère bal dans la tempe de celui au front duquel appartient la couronne?

LE I\OI JEAN

Roi de France, de qui tiens-iu le droit de m'interroger?

LE ROI PHILIPPE

De ce juge suprême qui inspire aux dépositaires de la force et de l'autorité la pensée généreuse de s'enquérir des infractions au droit. Ce juge m'a constitué le tuteur de cet enfant. En vertu de son mandat, je t'accuse; et avec son aide, j'espère te châtier.

LE nOI JEAN.

Tu revêts une autorité usurpée.

LE 1101 PHILIPPE

Oui; mais c'est pour renverser l'usurpalion .

ÉLËONOr.E.

Roi de France, quel est celui que tu app(dles usurpateur?

CONSTANCE

Laissez-moi répondre; — l'usurpateur, c'est Ion fils.

Él.EONOKE.

Tais-toi, insolente 1 ion bâtard sera roi, n'est-ce pas, afin que tu sois reine et gouvernes le monde?

CONSTANCE

J'ai été aussi fidèle à mon mari que tu l'as été au tien; et entre les traits de cet enfant et ceux de son père Geoffroy, la ressemblance est plus

\ grande qu'entre tes manières et celles de Jean;

I et pourtant vous vous ressemblez comme la pluie et l'eau, romme le diable et sa mère. Mon lils un bâtard! sur son ame, je suis certaine que sa

l.E ROI JEAN.

naissance a élc plus irréprochable que ne le fut celle de son père; cela doit être, s'il est vrai que lu fus sa mère.

ÉlÉOnORE.

Mon enfant, voilà une mère admirable, qui cherche à jeter le déshonneur sur ton père.

CONSTANCE

Mon enfant, voilà une graod'mère admirable, qui cherche à jcler'le déshonneur sur toi. l'archidcc.

Silence!

LE BATARD

Écoutez ce crieur!

l'archeduc.

Quel est ce diable d'homme?

LE BATARD

Un homme qui vous mènera d'uu train de diable, si jamais il vous attrape seul avec votre peau*. Vous êtes le lièvre dont parle le proverbe, et dont le courage consiste à tirer le lion par sa barbe lorsqu'il est mon. Si jamais vous me tombez sous la main, je chatouillerai votre fourrure; vous pouvez y compter.

BLANCHE

La fourrure du lion sied bien à celui qui dépouilla le lion de sa fourrure.

LE BATARD

Elle lui sied comme les souliers d'Alcide aux

pieds d'un âne; mais va, je déchargerai tes

épaules de ce fardeau, ou je ferai peser sur

elles un poids sous lequel elles fléchiront.

l'archidcc.

Quel est le rudomont qui nous assourdit les oreilles de son bavardage inutile?

LE ROI PHILIPPE

Louis, décidez ce que nous devons faire.

LOUIS

Femmes, et vous, hommes insensés, cessez des propos superflus. Roi Jean, voici la question en deux roots. — Je revendique, au nom d'Arthur, l'Angleterre, l'Irlande, l'Anjou, la Touraine, le Maine : veux-tu les céder et déposer tes armes?

LE ROI JEAN

Je te céderai plutôt ma vie. — Roi de France, je te défie. — Arthur de Brelajne , remets-toi entre mes mains; et mon aETeciiun t'accordera plus que ne pourra jamais conquérir pour toi le bras lâche de la France; soumets-toi, enfant.

ÉLÈONORE.

Viens, enfant, viens a\ec ton aïeule.

CONSTANCE

Va trouver ta grand'mère, mon enfant; donne â la grand'mère un royaume, et ta grand'mère te donnera une dragée, une cerise et une figue. Voilà une grand'mère bien bonne!

ARTHUR

Cessez, ma mère. Oh! que ne suis-je couche

S«lon une vieille légende, l'Arcliiduc d'Aalr « iToirfail périr le roi Richard Cœur Je-Lion, I comme Iroi-lioe une peau de lion qi" avait aj ■1 a ce prince. (Xote du Imditcleiir.)

dans mon tombeau I Je ne mérite pas les débats funestes dont je suis cause.

ÉLÉONORE

Sa mère lui fait tellement honte, que, le pauvre enfant, il en pleure.

CONSTASCE.

Honte sur toi, quoi qu'il en puisse être de sa mère! Ce sont les injures de. sou aïeule, et non le déshonneur de sa mère, qui font couler de ses yeux ces perles faites pour attendrir le ciel, et dont le ciel acceptera le tribut; oui, ces pedes liquides toucheront le ciel en sa faveur; il lu rendra justice et le vengera de toi.

ÈLÉOMORE.

Tu calomnies indignement le ciel et la terre.

CONSTANCE

Tu outrages le ciel et la terre ! Ke dis pas que je calomnie: toi et les tiens, vous usurpez les domaines, la couronne et les droits de cet enfant opprimé. C'est le fils de ton fils aine; et c'est là tout son malheur; le pauvre enfant est puni de tes crimes; la rigueur des jugemens divins s'appesantit sur lui, qui n'est encore que la seconde génération issue de tes coupables flancs.

LE ROI JEAN

Insensée, taisez-vous.

CONSTANCE

Je n'ai plus qu'un mot à dire. Non seulement cet enfant porte la peine des transgressions de son aïeule, mais encore le ciel a fait d'elle l'instrument de la punition infligée à sa postérité. Il est puni non seulement à cause d'elle, mais par elle. Ses souffrances sont son ouvrage. Elle est le bourreau qui le châtie ; et c'est lui qui porte la peine de tous ses forfaits. Malédiction sur elle!

ÉLÉONORE

Furie insensée, je puis produire un testament qui annule les droits de ton fils.

CONSTANCE

Eh ! qui en doute? un testament I un testament inique, ouvrage d'une femme perverse!

LE ROI PHILIPPE

C'est assez, Constance; cessez, ou modérezvous. Il est peu séant de vous livrer à ce torrent de clameurs, et d'attirer ainsi sur vous l'attention générale. — Que les sons de la trompette appellent sur les remnartsies bourgeois d'Angers. Qu'ils s'expliquent, et disent qui, d'Arthur ou de Jean, ils reconnaissent pour roi.

U,.olron>pellesun,u..

PLl'SlEl'RS LOIRGEOIS paraissent sur les remparls.

PREHIF.R BOURGEOIS.

Qui nous appelle sur les rempaiis?

LE ROI PHILIPPE

Le roi de France au nom du roi d'Angleterre.

HIAGASIN THEATRAL ETRANGER.

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