‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 618 sur 633 · ED6AR · texte numérisé non relu

ED6AR

Dieu bénisse tes cinq sens I

EEKT.

0 pitié 1 — Où est maintenant, seigneur, cette résignation que vous vous vantiez naguère de posséder î

EDGAR , à part.

La compassion qu'il m'inspire m'arracbe des larmes qui vont trahir mon déguisement.

LEAB.

Voyez, les petits chiens et toute la meute, Diamant, Blancbe el Joli-Cœur, aboient après moi.

EDGAR

Laissez-moi leur jeterma télé; — allez-vous-en, chiens.

Tous les chiens, et, je m'en fais gloire. Que leur gueule soit blancbe ou noire, Que leur dent porte du poison, Limier, mâtin, métis, griffun,

Épagneul, lévrier, levrette, Courte-<]lleue, ou queue en trompette, Tom va les faire, sous vos yeux.

Hurler, crier d'uD air pileux.

D'honneur! il suffit que je jette A.nsima t£te au milieu d'eux ; V ile, les chiens sautent la rampe, El chacun d'eux file et dccjmpe.

Et allons, en avant! courons aux fêtes, aux kermesses el aux foires! — Pauvre Tom, ton cornet est vide *.

LEAR

Qu'on dissèque Régane;qu'on examine ce qu'elle a dans la région du cœur; qu'on s'assure si ces coeurs durs sont le produit de causes naturelles T — (A Edgar.) Vous, ami, je veux que vous fassiez partie de mes cent chevaliers ; seulement, je n'aime pas votre costume ! Vous me direz qu'il est

* Les malheureux dont Edgar imite le langage et le» allures portaient un cornet dans lequel il» melUienl ce que les personnes charitables leur donnaient, et dont ils jouaient quand il était vide, pour aanonoer leur I (Ifou du traducteur.)

LE ROI LEAR

à la mode persane" c'est égal , changez-en toujours.

KENT

Mon bon seigneur, couchez-vous ici et prenez un peu de repos.

LEAR

Ne faites pas de bruit, ne faites pas de bruit; tirez les rideaux : comme cela; c'est bien; nous soupeions demain matin.

LE BODFPOM.

Et moi, j'irai me mettre au lit à midi.

Rentre GLOSÏER.

GLOSTER.

Approche, ami ; où est le roi mon maître?

KEMT.

Ici, seigneur ; mais ne le dérangez pas, sa raison est perdue.

GLOSTBR.

Mon ami, je t'en conjure, prends-le dans tes bras ; je viens d'apprendre qu'un complot esttramé contre ses jours I II y a ici une litière toute prête ; placele dedans, et conduis-le en toute hâte à Douvres, où tu trouveras tout à la fois accueil et protection. Enlève ton maitre; si tu diffères d'une demiheure, sa vie, la tienne et celle de tous ceux qui tenteront de le défendre, sont perdues sans ressources! Emporte-le, emporte-le ; et suis-moi; je vais te procurer sur-le-champ quelques provisions.

KENT, regardant le roi Lear assoupi.

La nature accablée s'est assoupie! — Ce repos aurait été un baume pour ta raison troublée : si on l'interrompt, elle court grand risque de ne jamais guérir. — {Au Bouffon.) Viens, aide-moi à porter ton maître; tu ne dois point le quitter.

GLOSTER .

Allons, partons.

Kent, Glostbr et le Bouffom sortent en emportant LE Roi.

EDGAR, seul.

Quand nous voyons ceux qui sont au-dessus de nous partager nos maux, nous nous réconcilions presque avec nos malheurs. On souffre davantage quand on souffre seul, et qu'on laisse derrière soi des heureux ; au contraire, l'ame oublie ses peines quand elle a des compagnons de souffrances, et qu'elle voit sa douleur partagée. Combien légère et tolérablesme semblent mes peines, niaintenans que je vois le roi fléchir sous le fardeau qui me faisait plier I Ses enfans sont pour lui ce qu'est pour moi mon père! — Tom, éloigne-toi de ces lieux : prête l'oreille aux grands èvénemens qui s'approchent, et reparais sur la scène du monde quand 'opinion égarée sur ton compte, et qui t'accusait

injustement, revenue de son erreur, acquerra la preuve de ton intégrité et reconnaîtra ses tort» envers toi. Quoi qu'il arrive cette nuit, puisse le roi échapper sain et sauf! Observons et tenonsnous aux aguets!

Il sort.

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