‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 72 sur 633 · I.E PRINCE HENBI · texte numérisé non relu

I.E PRINCE HENBI

Tu dis vrai, notre hôtesse, il te calomnie grossièrement.

l'hôtesse.

Et vous aussi, mylord. Il disait, l'autre jour, que vous lui deviez mille livres sterling. IK PRINCE HENRI, à Fatsiaff.

Moi, je le dois mille livres sterling?

PALSTAFF.

Mille livres, Henri! Dis donc un million. Ton amitié vaut un million, et tu me dois ton amitié. l'bôtesse.

Mjlord, il vous a appelé imbécile, et a dit qu'il vous bàtonnerait.

FALSTAFF

Ai-je dit cela, Bardolphe ?

babdolpbe.

Effectivement, sir John, vous l'avez dit.

FALSTAFF

Oui, sans doute, s'il disait que ma bague est de cuivre.

LE PRINCE HENRI

Je dis qu'elle est de cuivre; oseras-tu, maintenant, mettre à exécution ta menace?

FALSTAFF

Tu sais, Henri, qu'à ne te considérer qu'en ta qualité d'homme, je l'oserais; mais comme tu es prince, j'ai peur de toi, comme j'ai peur du rugissement du lionceau.

LE PRINCE HENRI

El pourquoi pas du lion?

FALSTAFF

Il n'y a que le roi qu'il faut craindre comme le lion. Penses-lu donc que je te craigne comme je crains ton père? si cela est, je veux que ma ceinture se rompe.

LE PRINCE HENRI

Oh ! comme on verrait alors ta bedaine retomber jusque sur tes genoux! Mais, drôle, il n'y a en toi ni bonne foi, nilojauté, ni probité; lues tout ventre et diaphragme. Accuser unehonnéte femme d'avoir vidé tes poches ! fils de catin, gueux impudent et boursoufflé, s'il se trouvait dans tes poches autre chose que des cartes de cabaret, des adresses de mauvais lieux, et la valeur d'un sou de sucre candi pour l'allonger l'haleine, sites poches éiaient salies d'aucune autre ordure, je veux n'être qu'un misérable.Et cependant tu persistes à le soutenir; aucune infamie ne t'affecte I .Ne rougis-tu pas de honte?

FALSTAFF

Écoute, Henri; lu sais que, dans l'état d'innocence, Adam a failli, et que peux-tu donc exiger du pauvre Jack Falslaff dans ce siècle pécheur? Tu vois que j'ai plus de chair qu'un autre homme; qu'y a-t-il d'étonnant que j'aie plus de fragilité T Tu avoues donc que c'est toi qui as vidé mes poches?

LE PRINCE HESm.

Cela parait résulter de l'ensemble des faits.

FALSTAFF

Notre hôtesse, je te pardonne; va préparer le déjeuner; aime ton mari, aie l'œil sur les gens, soigne tes hôtes. Tu me trouveras traitable en tant que de raison. Tu vois que je suis pacifie? — Encore I — Je t'en prie, va-t'en.

L'HÔTESSE sort.

FALSTAFF, cotilinuaiu.

A présent, Henri, revenons aux nouvelles de la cour. — Et quant à l'affaire du vol, qu'est-elle devenue?

LE PRINCE HENRI

Oh ! mon aimable rosbif, il faut bien encore que je sois ton bon ange. L'argent est restitué.

FALSTAFF

Oh I je n'aime pas du tout cette restilution-là ; c'est double peine.

LE PRINCE HENRI

Je suis réconcilié avec mou père, et il n'y a rien que je ne puisse.

FALTAFF.

Commence-moi par dévaliser le trésor, et n'y va pas de main morte.

BARnOlPHE.

Faites, mylord.

LE PRINCE HENRI

Je t'ai procuré, Jack, un emploi dans l'infanterie.

FALSTAFF

J'aurais préféré que ce fût dans la cavalerie. Où irouverai-je un gaillard qui s'entende a voler ? oh! que ne donnerais-je pas pour un bon voleur de vingt à vingt-deux ans! je suis horriblejuent au dépourvu. Allons, en ce qui concerne ces rebelles, Dieu soit loué ! ils ne s'atiaquenl qu'aux gens vertueux; je les en félicile, je les approuve.

LE Pl'.INCE HENRI.

Bardolphe !

BARDOLPHE.

Mylord !

LE PRINCE HENRI

Va porter celle lettre à lord Jean de Lanca~tre, à mon frère Jean ; celle-ci, à mylord de Wfslmoreland. Allons, Poms, à cheval, à cheval I car lui et moi, nous avons trente milles à faire avant l'heure du diner. Jack, viens me trouver deruaiii dans la salledu Temple, à deux heures de l'api e> midi; là, lu sauras les fonctions que lu auras à remplir, et tu recevras des instructions et de l'argent. Le pays est en feu; Percy est â l'apogée tie sa gloire; eux ou nous, il faut que les uns ou les autres en rahatleut.

Le Prince, Poins, el Babdolpbe sorlenl.

FAL>TAFF

Voila de belles paroles! un miinde admirable ! — Notre hôtesse, allons, mon d'jcuner. Ohl que celle taverne ii'est-ellc le ..lapeau qu'il me faudra suivrel

Il sort.

MAGASIN THEATilAL ETRANGER.

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