SCENE III
Le camp des rebeUes près de Shrewsbury.
.4 rriw en» HOTSPUR, WORCESTER, DOUGLAS et VERNON.
HOTSPUR
Nous lui livrerons balaille ce soir.
WORCESTER
C'est impossible.
DOUGLAS
C'est uu avantage quevous lui donnezsur nous.
VERNON
Pas le moins du monde.
BOTSPDB.
Que dites-vous là? n'attend-il pas des renforts î
VERNON
Nous en attendons aussi.
HOTSPUR
Les siens sont assurés, les nôtres douteux.
WORCESTER
Mon cher neveu, suivez mon conseil; n'attaquez pas ce soir.
VERNON
Ne le faites pas, mylord.
DOUGLAS
Votre conseil est mauvais; c'est la crainte, ou le manque de zèle qui vous fait parler.
VERNON
Ne me calomniez pas, Douglas; sur ma vie, et ce que j'avance, je le soutiendrai au péril de ma vie, quand l'honneur me commande, je prends aussi peu conseil de la crainte quevous, mylord, ou qu'aucun Écossais actuellement vivant. On verra demain dans la balaille qui de nous a peur.
HOTSPUR
On le verra ce soir.
VERNON
Volontiers.
HOTSPUR
Ce soir, dis- je.
VERNON
Allons, allons, la cbose n'est pas possible. Je ■n 'étonne que des hommes aussi expérimentés que a us ne voient pas les empêchemens qui s'oppoeo t à tant de célérité. La cavalerie de mon couin Vernon n'est pas encore venue; celle de votre mêle Worcester n'est arrivée que d'aujourd'hui. (Chevaux et cavaliers ont leur ardeur assoupie, épuisés qu'ils sont par les fatigues de la route, si bien qu'il n'y a pas un cbcval qui n'ait perdu les trois quarts de sa valeur.
HOTSPUR
Les chevaux de l'ennemi ne sont pas en meilleur étal. Ils sont, en général, énervés et rendus de fatigue; tandis que la plus grande partie de noire cavalerie est toute fraîche.
WORCESTER
L'armée du roi est plus nombreuse que la nôtre. Au nom du ciel, mon neveu, attendez que tous nos renforts soient arrivés.
On entend la trompette d'un parlementaire. Arrive SIR WALTER BLUNT.
BLONT.
Je viens vous apporter de la part du ro! des propositions gracieuses, si vous voulez bien m'accueillir et m'entendre.
HOTSPUR
Soyez le bien venu, sir Walter Elunt ; et plût à Dieu quevous fussiez des nôtres! il en est parmi nous qui vous portent un sincère attachement , et qui regrettent qu'un homme de votre réputation et de votre mérite , au lieu de servir noire cause , soit dans les rangs de nos ennemis.
BLUNT
A Dieu ne plaise qu'il n'en soit pas ainsi, aussi long-temps que, sortis des limites du devoir, vous lèverez l'étendard conireroinl du Seigneur! Mais venons à la mission dont je suis chargé. — Le roi m'envoie savoir la nature de vos griefs, el pourquoi, troublant par votre hostilité téméraire la paix publique, vous donnez à un peuple loyal l'exemple d'une audacieuse cruauté. Si le roi a méconnu en quelque chose le mérite de vos services, et il avoue que vous lui en avez rendu un grand nombre, articulez vos griefs, ei sur le-champ vos demandes vous seront libéralement acrordées, ainsi qu'un pardon absolu pour vous-mêmes et ceux que vos suggestions ont égarés.
BOTSPOH.
Le roi est trop bon ; et nous n'ignorons pas que le roi sait quand il faut promettre et quand il faut payer. Mon père, mon oncle et moi, nous lui avonsdonné cette royauté don i il est revêtu. A une époque où il était à peine âgé de vingt-six ans, en médiocre estime dans le pays, plongé dans l'abaissement et la misère, pauvre et obscur proscrit, regagnant furtivement sa patrie, mon père l'accueillit sur le rivage; etiorsqu'il l'eDtenditprolestant de son dévouement, et, les larmes aux yeux, prendre Dieu à témoin qu'il ne venait que pour être duc de Lancastre, que pour revendiquer ses titres et la paisible possession de son héritage, mon père, louché de compassion, el cédant à l'impulsion d'un cœur généreux, jura de lui préler assistance, et lui tint parole. Quand les lords et les barons du royaume virent Northumberland embrasser son parti, grands et petits accoururent lui ofl'rir leurs hommages et fléchir le genou devant lui; allèrent au-devant de lui dans les bourgs, les villeset les villages, lui firent cortège sur les ponts, l'altendircnt dans les rues, déposèreni leurs dons A ses pieds, lui prêtèrent serment, lui donnèrent leurs fils, s'attachèrent en foule à ses pas comme des pages. Bientôt, lorcqu'il eut la conscience de sa
MAliASIN THEATRAL ÉTRANGER.
grandeur, il s'éleva à un degré plus haut qu'il ne l'avait promis à'mon père, alors que ses espérances étaient humbles, sur le rivage désert de Ravenspurg. Le voilà qui prend sur lui de réformer certains édits, certains décrets rigoureux pesant trop lourdement sur l'état ; il déclame contre les ahus, feint de gémir sur les maux de soo pays, et grâce à ce masque, à ce semblant de justice, il se concilie les cœurs de tous ceux qu'il avait intérêt à séduire : il fait plus, il fait tomber les têtes de tous les favoris que le monarque absent avait laissés chargés de ses pouvoirs, pendant qu'il était oceupéen personne à la guerre d'Irlande.
BLDNT.
Allons; je ne suis pas venu pour entendre ceci.
HOTSPOR.
Je viens au fait. Peu de temps après, il déposa le roi; peu de temps après il lui fit 6ter la vie, et aussitôt il se mit à surcharger l'élat d'impôts : pour combler la mesure, il souffre que son parent, le comte de Marche, qui, si chacun était à sa place, devrait être son roi, reste prisonnier dans le pays de Galles, et il a refusé de payer sa rançon. II m'a disgracié au milieu de mes victoires ; il a cherché à me faire tomber dans ses pièges; il a exclu mon oncle du conseil; il a outrageusement chassé mon père de la cour, a violé tous ses sermens, accumulé injure sur injure, et enfin nous a forcés à recourir à la force, comme unique moyen de salut, et à mettre en question ses titres à la coaronne, litres que nous croyons trop équivoques pour être durables.
BLDNT.
Rapporterai- je cette réponse au roi i*
BOTSPDR.
Non, sir Walter; nous allons nous consulter. Retournez auprès du roi; qu'il nous donne des garanties qui assurent le retour de notre envoyé, et demain matin, de bonne heure, mou oncle lui portera nos intentions; sur ce, adieu.
BLDXT.
Je souhaite que vous acceptiez les propositions de sa clémence et de son amitié.
HOTSPUR
Peut-être les accepterons-nous.
BLUNT
Dieu le veuille!
Ils sVloigneut.