‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 75 sur 633 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Une grande route prés de Coventrey Arrivent FALSTAFF et BARDOLPHE.

FALSTAFF

Bardalphe, prends les devans et va à Coventry ; remplis-moi une bouteille de bon vin : nos soldats traverseront la ville, et nous coucherons ce soir a Suiton-Colfied.

BARDOLPBE.

Voulez-vous me donner de l'argent, capitaine?

FALSTAFF

Débourse, débourse.

BARDOLPBE.

Plein cette bouteille, cela ne fait pas moins d'un angélus.

FALSTAFF

Si cela fait un angélus, prends-le pour ta

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

peine; si cela en fait vingt, gardes-les tous; je prends la responsabilité du monnayage. Dis à mon lieutenant Péto de venir me joindre à la sortie de la ville.

BARDOLPHE.

Je le lui dirai, capitaine.

Il s'éloigue.

Si je ne suis pas honteux de mes soldats, je ne suis qu'un marmouset. J'ai diantrement abusé de la réquisition ' du roi ; j'ai reçu , en remplacement de cent cinquante soldats, trois cents et quelques livres sterling Je ne requiers que de bons bourgeois, que des fils de propriétaires. Je m'informe des jeunes gens qui sont sur le point de contrai'ter mariage, et dont les bans ont déjà été publiés deux fois; de ces dioles qui tiennent à la vie, qui aimeraient autant entendre le diable que le bruit d'un tambour, et à qui la détunnaiion d'un mousquet cuuse plus d'épouvante qu'à une bécassine blessée, ou qu'a un canard sauvage que le plomb a tuucbé. J'ai eu soin de ne requérir que des hommes de papier mâché, dont le cœur est dans le ventre, et qui n'en ont pas plus gros qu'une tèie d'épingle; et tous ces gens— là se sont racheus du service : de sorte qu'à présent ma troupe ne se compose que de porle-élendards, de caporaux, de iicutenans, d'officiers de fortune, pauvres dialiles déguenillés, tels qu'on nous représente Lazare quand les chiens du mauvais riche lui lèchent ses plaies. Ce sont des gens qui par le làitn'ont jamais étés'ldats. Ce sontpourla plupart des domestiques infidèles auxquels on a donné congé, des c idets de cadets , des ivrognes tapageurs, des cabaretiers ruinés, Déaux delà paix publique, uirères d'une société tranquille, dix lois plus pileux qu'un vieil étendard délabré : voilà les gens que j'ai pris puur remplacer ceux qui se sont rachetés du service; on les prendrait pour cent cinquante enfans prodigues, an ivant de garder les pourceaux, et qui, hier encore, vivaient de lavure et de glands. Un railleur, que j'ai renconlre en route, m'aditque j'avais mis eu réquisition les gibets et dépouillé les cimetières. On n'a jamais vu de pareils épouiantails. Je ne traverserai pas Covemry avec eux, voila ce qu'il y a de sùi les scélérats marchent les jambes écartées, coiiimc s'ils avaient encore les fers aux pied»; et, de fait, c'est des prisons que j'ai tiré la plupart d'entre eux ; dans ma compagnie ils n'ont qu'une chemise et demie à eux tous; la moitié de chemise se compose de deux serviettes bâties ensemble, sans manches, et jetée sur les épaules . uiiiine le pourpoint d'un héraut d'armes. Quant a la chemise entière, à dire la vérité, je la crois viileu a mou hâte de Saint-Albans, ou à l'homme au nei rouge qui lient l'auberge de Daventry; mais cela n'y fait rien; ils trouveront bientôt sur les haies autant de liuge qu'ils en voudront.

* II s'agil ici de Vd presse ou réquisition forcée, mode de recrutement qui existe encore legalemeDt en Angle erre. (Noie du traducteur.)

Arrivent LE PKINCE HENRI et WESTMORE- LAND.

LE PRINCE BENRI.

Eh bien I mon gros Jack? comment vas-tu, ma« telas de chair?

FALSTAFF

C'est toi, Henri? te voilà, mon garçon? Que diable fais tu dans le Warwickshire ? — Mylord de Wesimoreland , je vous demande pardon, je vous croyais déjà à Shrewsbury.

WESTUORELAND.

Ma lui, sir John, il est grand temps que j'y sois, et vous aussi; mais mes troupes y sont déjà; le roi, je vous assure, compte sur cous tous; il faut que nous voyagions toute la nuit.

FALSTAFF

Bah ! pour ce qui est de moi , soyez tranquille : je suis vigilant comme un chat qui guette de la crème.

Il faut effectivement que tu aies guetté de la crème, et que tu en aiesdérobé, car te voilà devenu beurre. Mais, dis-moi, Jack; qui sont ces drôles qui viennent là-bas?

FALSTAFF

Ils sont à moi, Henri, à moi.

LE PRINCE ESNRI.

Je n'ai vu de ma vie d'aussi pitoyable canaille.

FALSTAFF

Bah ! bahl c'est assez bon pour se faire écharper ; c'est de la chair à canon , de la chair à canon; cela remplira une fosse tout aussi bien que de meilleurs soldats : bah ! mon cher, ce sont des hommes mortels, des hommes mortels.

WESTUORELAND.

Oui , mais, sir John, il me semble qu'ils sont diablement pauvres et décharnés; cela est par trop piteux.

FALSTAFF

Ma foi, quant à leur pauvreté, je ne sais où ils l'ont prise ; et pour ce qui est de leur maigreur, assurément ce n'est pas de moi qu'ils la tiennent.

LE PRINCE HENRI

Non, certes, sur ma parole, à moins qu'un n'appelle maigres des côtes recouvertes de Uuis pouces de graisse. Mais, Falstaff, dépéche-loi, Percy est déjà en campagne.

FALSTAFF

Comment! est-ce que le roi est déjà campé?

VVESTMURELAND.

Oui, sir John : je crains que nous n'arrivions trop tard.

FALSTAFF

Arriver toujours à I.i fin De la bataille, au dtliul du festin.

C'est là le fjil, quoiqu'il arrive, Du soldat peu vaLllaul, du courageux convive.

Ils s'éloignent*

HENRI IV

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