‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 84 sur 633 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

WarkvTonh. — Devant le dû

, de Norll.uml.e.lan.l.

Arrive LA RENOMMÉE, portant un vètcmeni parsemé de langues peintes.

LA BEMOMUÉE.

Prétei l'oreille; qui de vous, quand la Reiionimèe l'ait entendre sa voix bruyante, voudrait boucher l'organe de l'ouie? C'est moi qui, d'Orient en Occident, parcourant l'univers, portée sur les ailes des vents, vais divulguant les actes commencés sur ce globe d'argile. Sans cesse mes cent bouches articulent dans toutes les langues d'innombrables calomnies, et portent à l'oreille des hommes des rapports mensongers. Je parle de paix, pendant que l'hostilité, masquée sous le sourire de la sécurité, inflige au monde des blessures. Et quelle autre que la Renommée, quelle autre que moi, rassemble les armées, fait des préparatifs de défense, et fait croire que l'année porte l'impitoyable guerre dans ses flancs, alors qu'il n'en est rien, et que le temps est gios de quelque autre calamité ? La Renommée est un instrument à vent que fout résonner les soupçons, les jalousies, les conjectures ; et il est si facile d'en jouer, que ce monstre aux innombrables têtes, la multitude inconstante et confuse, peut a

son gré en tirer des sons. Mais qu'ai-je besoin, ici, au milieu des miens, de décrire ma personne, que tous connaissent parfaitement? Pourquoi la Renommée est-elle ici î Je vole devant la victoire d'Henri, qui , dans les plaines sanglantes de Shrewsbury, a vaincu le jeune Hotspur et son armée, éteignant dans le sang des rebelles la flamme de la rébellion. Mais, quoi ! je débute par dire la vérité. Mon rôle est de répandre le bruit qu'Henri Monmouth est tombé sous le glaive irrité du noble Hotspur; et que courbant sa tête sacrée devant la fureur de Douglas, le roi lui-même a péri. Voilà la nouvelle que j'ai semée dans toutes les campagnes situées entre le glorieux champ de bataille de Shrewsbury et ce château antique et délabré, où le père d'Hotspur, le vieux Norlhumberland, contrefait le malade. Les courriers se succèdent avec rapidité, et ils n'apportent tous d'autres nouvelles que celles qu'ils tiennent de moi; échos de la Renommée, ils débitent des mensonges agréables, pires que des vérités douloureuses '.

Elle s'éloigne.

■ Le docteur Jolinson «.bserve avec raison que ce prologue est inutile, puisqu'il n'apprend rien que ne fasse suffisamment connaître la première scène. (^Nole du traducteur.)

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