‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 95 sur 633 · I.AOUIFFB · texte numérisé non relu

I.AOUIFFB

Si je puis le joindre, je ne m'embarrasse guère de ses boties.

l'uôtesse.

Ni moi non plus; je vous seconderai.

LAGRIFFE.

Si je l'empoigne une bonne fois, si je mets le grappin sur lui, —

l'uôtesse.

Son départ me ruine; je vous assure qu'il est énormément endetté avec moi. Mon cher monsieur Lagrilfe, assuie/.-vous de lui. — Mon cher monsieur Uupiige, ne le laissez pas échapper. Il doit venir chez, le sellier du coin, sauf votre respect, pour achelor une sclii- ; et il est invité à diner à la Tête du Léopard, rue dis Lombards, par monsieur Ledoux, marchand de soieries. Je vous en prie, puisque mon action est intentée, et que ma

dette est un fait notoire et connu de tout le monde, qu'il soit rais en demeure d'y satisfaire. Cent marcs, c'est une somme bien lourde pour une pauvre femme sans :ippui. J'ai patienté, patienté, patienté ; j'ai été remise d'un jour i l'autre, que c'est une honte rien que d'y penser. Il n'y a pas de probité dans celte manière d'agir, i moins qu'on ne regarde une femme comme une brute, une bête de somme, faite pour supporter tous les torts qu'il plaira au premier manant venu de lui inDiger.

Arrivent SIR JOHN FALSTAFF, soM Page, et BAKDOLPHE.

l'hôtesse, cniiliiiuanl.

Le voici qui vienl, accompagné de ce coquin de Bardolphe, au nez enluminé de Malvoisie. Faites votre devoir, monsieur LagrilTe et monsieur Du piège; faites, faites votre devoir.

FALSTAFF

Eh bien I qui est-ce qui a perdu son âne ici? Qu'y a-t-il donc?

LAGRIFFE.

Sir John, je vous arrête à la requête de madame 'Vabon train.

FALSTAFF

Arrière, manant! Dégaine, Bardolphe I coupemoi la téic à ce gueux-là; jette-moi à l'eau celte catin !

l'hôtesse.

Qu'on me jette à l'eau ! Je t'y jetterai toi-même. Essaie, essaie, infùme coquin! A l'assassin! i l'assassin! 0 homicide scélérat! oseras- tu bien tuer les officiers du bon Dieu et du roi ! 0 homicide coquin! lu es un homicide, un tueur d'hommes et un tueur de lèmmcs !

FALSTAFF

Tiens-les à distance, Bardolphe I

LAGRIFFE.

Main-forle 1 main-forte I

Bonnes gens, venez prêter main-forte! — {A Falstaff. ) Tu ne veux pas? lu ne veux pas? Va donc, coquin I va donc, liumicide I

FALSTAFF

Arrière, catin, mauricaude, carogne I Je vais le chatouiller le casaquinl

HENRI

Arrivent LE LORD GRAND JUGE et sa Suite.

LE GIUND JDGE.

Qu'y a-l-il7 Arrêtez !

l'hôtesse.

Mon boD lord, soyez-moi favorable I Je tous en supplie, prenez ma défense.

LE GRAND JtJGE.

Eh bien I sir John, que! tintamarre nous failes- TOus là? Cela vous sied-il, situé comme vous l'êtes, et avec les fonctions dont vous éles chargé? Vous devriez être en route pour York. {A l'un des recors. ) Éloigne-toi de lui, maraud! Pourquoi le re!ances-tu de la sorte ?

l'hôtesse.

0 mon digne lord, avec la permission de votre seigneurie, je suis une pauvre veuve d'East- Cheap, et il est arrêté i ma requête.

LE GBAKn lOGE.

Pour quelle somme 7

l'hôtesse.

Pour plus que je ne saurais dire, mylord, pour tout mon avoir. Il m'a tout mangé ; il m'a laissée sans ressources; il a mis tout ce que je possédais dans cette grosse bedaine que vous lui voyez. — Mais j«- lui en ferai restituer une partie, ou je me cramponnerai sur lui comme un cauchemar. falstaff.

II est probable que c'est moi qui prendrai le dessus, pour peu que j'aie l'avantage du terrain. le grand jcge.

Que veut dire ceci, sir John? Fi donc! Quel homme pacifique pourrait endurer une telle tempête u'exclamationsî N'avez-vous pas de honte de forcer une pauvre veuve à recourir à cette extrémité pour obtenir son dCi?

FALSTAFF, à L'Hôtesse.

Quel est le total de ce que je te dois?

l'hôtesse.

Jaroil si tu étais honnête homme, tu reconnaîtrais me devoir beaucoup d'argent, et toi-même par-dessus le marché. Tu m'as juré sur une coupe dorée, assis dans ma chambre du daupbiu, à la table ronde, auprès d'un feu de charbon, le mercredi de la Pentecôte, le jour où le prince t'a fait une entaille à la tête pour avoir comparé son père à un chanteur de \Sindsor, — tu m'as juré, pendant que je lavais ta blessure, de m'épouser, et de faire Je moi ta femme et une icylady. Auras-tu 11' front de le nier? A telles enseignes que dans ce moment même est arrivée lafimme Reech, la bouchiTe, qui m'a appelée commère Vabontrain, et venait pour m'emprunter un peu de vinaigre, en disant qu'elle avait un bon plat de langoustins ; sur quoi tu as témoigné le désir d'en mangfr, et moi, je t'ai dit que cela ne valait rien pour une blessure toute frairhe. Et quand elle fut descendue en bas, ne m'as-tu pas dit que je ne devais plus nie familiariser avec de petites gens comme elle, ajoutant qu'avant peu ils m'appelleraient mylad; 7 Et ne m'as-tu pas embrassée ? et ne

rv.

m'as -tu pas dit d'aller te chercher trente whel. lingsT Je te somme de dire si c'est vrai ou non. Nie-le, si tu peux.

FAISTAFF.

Hylord, c'est une pauvre créature qui a le cerveau timbré; elle va par la ville, disant que son fils aîné vous ressemble. Elle s'est vue autrefois dans une assez belleposition, et le fait est que la misère lui a l'ait perdre la raison. Quant àcesimbéciles de recors, permettez que j'en obtienne réparation en justice.

LE GRAND ]DGE.

Sir John, sir John, je connais votre manière d'escamoter les choses. Ce n'est ni votre air d'assurance, ni le flot de paroles qui sort de votre bouche avec une insolence plus qu'impudente qui peut me faire illusion. Il me parait constant que vous avez abusé de la simplicité de cette femme, et que vous l'avez fait servir aux besoins de votre bourse et de vos sens.

l'hôtesse.

Oui, mylord, c'est vrai.

LE GRANO JtlGE.

Paix, je vous prie. Payez-lui ce que vous lui devez, et réparez le tort que vous avez fait à son honneur; vous pouvez faire l'un avec de l'argent au poids légal, et l'autre avec du repentir de bon aloi .

Mylord, je ne puis subir ces reproches sans une réplique. Vous qualifiez d'insolence impudente une honorable franchise. Qu'un homme salue humblement et ne dise rien, c'est un modèle de vertu. Non, mylord, sauf le respect que je vous dois, je ne veux pas être voire suppliant. Je demande qu'on me délivre de ces recors, le service du roi réclamant ma présence pour affaires urgentes.

LE GRAND ]CGE-

Vous parlez comme un homme qui aurait le privilège de faire le mal impunément; mais agissez d'une manière conforme au soin de votre réputation , et acquittez-vous envers cette pauvre femme.

FALSTAFF, prenant l'hdtesie à part.

Viens ici, hôtesse.

Arrive GOWER.

LB GRAND-JUGE

Eh bien I maître Gower, quelles nouvelles?

GOWER, lui remettant des dépêches.

Mylord, le roi et Henri, prince de Galles, sont près d'arriver; ces papiers vous diront le reste.

FALSTAFF

Foi de gentilhomme.

l'hôtesse.

Vous l'avez déjà dit tant de fois.

FALSTAFF

Foi de gen tilhomme;— allons, n'en parlonsplus.

Par la terre sur laquelle je marche, je serais obligée de mettre en gage mon argenterie et les tapisseries de mes salles i manger.

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

FÀLSTAFF.

Des verres, des verres, c'est ce qu'il y a de mieux pour boire; et quanta tes murailles, une petite drôlerie de rien, comme l'histoire de l'enfant prodigue, ou une chasse allemande , peinte à la détrempe, vaut mille fois mieux que ces tentures et ces tapisseries piquées des mouches. Tâche de me faire dix livres sterling, si tu peux. Allons, n'étaient les lubies qui te prennent parfois, il n'y a pas de meilleure fille que toi en Angleterre. Va, lave ta figure, et relire ta plainte. Allons, tu ne dois pas prendre ces humeurs-là avec moi; est-ce que tu ne me connais pas? Allons, allons, je sais qu'on t'a poussée à cela. l'hôiesse.

Je t'en prie, sir John, c,on(ente-loi de vingt nobles. En vérité, je serais obligée de mettre en gage mon argenterie, là, sérieusement.

FALSTAFF

N'en parlons plus; je m'adresserai ailleurs; vous serez une folle toute votre vie.

l'hôtesse.

Eh bien! vous l'aurez, quand je devrais mettre ma robe en gage; j'espère que vous viendrez souper. Vous me paierez tout ensemble.

Aussi vrai que j'existe. — ( A Bardolphe. ) Va avec elle; amorce, amorce.

l'hôtesse.

Voulez-vous que Dorothée vienne vous voir à souper?

FALSTAFF

C'est assez causé; qu'elle vienne.

L'Hôtesse , Bardolphe , les Recors et le Page s'éloignent.

LE GRAND JUGE

J'ai vu de meilleures nouvelles que ccUcs-là.

FALSTAFF

Qu'y a-t-il de nouveau, mylord?

LE GRAND JUGE

Où a couché le roi la nuit dernière?

GOWER

A Basingsloke, mylord.

FALSTAFF

J'espère, mylord, que tout va bien. Qu'y a-t-il de nouveau, mylord?

LE GRAND JUGE

Ramène-t-il toutes ses troupes?

GOWER

Non : quinze mille hommes d'infanterie et cinq cents hommes de cavalerie marchent, sous le commandement de mylord de Lancaslrc, contre Northumberland et l'archevêque.

FALSTAFF

Est-ce que le roi est de retour du pays de Galles, noble lord 7

LE GRAND JUGE, à GoifCr.

Je vous remettrai tout-à-l'heurc mes dûpéches. Venez avec moi, maître Gower.

Mylord !

Qu'y a-t-il!

LE GRAND JUGE

FALSTAFF

Mailre Gower, voulez-vous dîner avec moi?

GOWER-

Je suis aux ordres de mylord. Je vous remer cie, mon cher sir John.

LE GRAND JUGE

Sir John, vous traînez ici trop long-temps; car vous avez à lever des recrues dans les comtés que vous allez traverser.

FALSTAFF

Voulez-vous souper avec moi, maître Gowert

LE GRAND JUGE

Quel sot maître vous a enseigné ces manières, sir John ?

Maître Gower, si elles ont mauvaise grâce, celu: qui me lésa enseignés était un sot. — C'est là lavé ritable escrime, mylord. Botte pour botte; partant, quitte.

LE GRAND JUGE

Que le Seigneur t'illumine, tu es un grand sot.

Ils s'éloignent.

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