‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 97 sur 633 · SCENE ni. I · texte numérisé non relu

SCENE ni. I

WarkvTorth. — Devant le clûteaa.

Arrivent NORTHUMBERLAND, LAD-J NORTHUM- BERLAND et LADY PERCY.

HORTHOMBERllKD.

Je t'en conjure, épouse bien-aimée, et toi aussi, ma chère fille, laissez un libre cours à mes préoccupations pénibles : ne prenez pas l'aspect fâcheux des circonstances, et ne soyez point importunes comme elles.

LIDV nORTHDHBERLAND.

J'ai fini, je ne dirai plus rien : faites comme il vous plaira', que votre sagesse vous guide.

nORTBCHBERLASD.

Hélas, chère épouse, mon honneur est engagé, et mon départ peut seul le racheter.

LADT PERCT

Au nom du ciel, n'allez point à cette guerre; il fut un temps, mon père, où vous avez manqué à votre parole, bien qu'il y allât pour vous même d'intérêts plus chers qu'aujourd'hui. Alors votre Percy, mun bien-aimé Henri, tourna en vain vers le Nord plus d'un regard inquiet, pour voir si soD père arrivait avec ses troupes ; il ne vit rien venir. Quelmotif vous retint alors dans vos foyers? Il y eut deux gloires de perdues, la vôtre et celle de votre fils. Quant à la vôtre, — puisse-t-elle renaître et briller d'un céleste éclat I Pour la sienne, — elle lui était incorporée comme le soleil à la voûte azurée du ciel, et a sa lumière, tous les chevaliers de l'Angleterre marchaient aux exploits magnanimes. Il était le miroir où toute la jeune

noblesse venait étudier ses actes; tous les jeunes guerriers modelaient leur démarche sur la sienne et le rapide parler, défaut qu'il avait reçu de la nature, devint le parler des braves ; ceux-là même qui pouvaient s'exprimer posément et avec lenteur, se corrigeaient de cette qualité comme d'un défaut, afin de lui ressembler: si bien, que pour la parole, le maintien, le régime, les plaisirs, les habitudes militaires, le caractère, il était le modèle, le miroir, la copie et le livre d'après lequel tous se modelaient. Et cependant ce merveilleux mortel, ce miracle de l'humanité, que nul ne surpassa jamais, vous l'avez laissé, seul et sans secours, affronter le terrible dieu delà guerre, avec toutes les chances contre lui, à la tète d'une armée où il n'y avait de redoutable que le nom d'Hotspur: voilà comme vous l'avez délaissé. Ohl ne faites pas à son ombre l'injure de tenir parole aux autres plus scrupuleusement qu'à lui; laissezles se tirer d'affaire. Le maréchal et l'archevêque ont des forces imposantes. Oh ! si mon cher Henri avait eu à sa disposition seulement la moitié de leurs troupes, je pourrais aujourd'hui, suspendue au cou de mon Hotspur, parler de la tombe de Monmoulb.

HORTBnHBERLiHD.

Tu m'affliges, ma fille ; tu jettes le découragement dans mon ame en me rappelant d'anciennes erreur-s. Mais il faut que je parte et que j'aille li-bas affronter le danger, si je ne veux pas qu'il vienne me chercher ailleurs et me trouve moins bien préparé.

XADT NORTHUMBERLAilD.

Ohl réfugiez-vous en Ecosse, jusqu'à ce que la noblesse et les communes en armes aient fait l'essai de leur puissance.

LIDT PERCT.

S'ils réussissent et triomphent du roi, alors joignez-vous à eux comme une lame d'acier, pour les fortifier encore; mais si nous vous sommes chères, laissez-les d'abord montrer ce qu'ils peuvent faire. C'est ce qu'a fait votre fils; c'est ce que vous lui avez laissé faire: c'est ainsi que je suis devenue veuve , et jamais je n'aurai assez de vie pour abreuver de mes larmes le cyprès de sa tombe, afin qu'il grandisse etqu'il élève jusqu'aux cieux le souvenir de mon glorieux époux.

NORTHIIIIBERLAND.

Allons, allons, rentrez avec moi : mon ame est comme l'Océan qui, à la marée montante, ayant atteint sa plus grande hauteur, n'épanche sesflots d'aucun côté ets'arréteimmobile. Je voudrais aller me réunir à l'archevêque; mais mille raisons me retiennent. Je partirai pour l'Ecosse; j'y resterai jusqu'à ce que les circonstances et mes intérêts me rappellent.

Ils s'éloignent.

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

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