‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 98 sur 633 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Loudrcs. — Un

la taverne d'Easl-Clii le la Hure.

Entrent DEUX GARÇONS.

PREMIER GARÇON

Que diable as-tu apporté là? des coings? tu sai» que sir Jobn ne peut pas les souffrir.

DEUXIÈME GARÇON

C'est vrai. Un jour le prince plaça devant lui une assiettée de coings : « Voilà cinq sir John que je vous présente, » lui dit-il ; puis, ôtant son chapeau, il ajouta : « Permettez que je prenne congé de ces six chevaliers acides, ronds, vieux et ridés.» Cela l'a singulièrement vexé; mais il l'a oublié.

PKEUIER GARÇON.

Eh bien, couvre-les et place-les sur la table : vois si tu n'entends pas le crincrin de Basset, le ménétrier. Mademoiselle Bonbec veut avoir de la musique; dépêche-toi. La pièce où ils ont soupe est trop chaude ; ils vont tout-à-l'heure passer dans celle-ci.

DEUXIÈME GARÇON

Le prince et monsieur Foins vont venir dans un instant; nous leur prêterons à chacun une jaquette et un tablier. Il ne faut pas que sir John le sache: c'est Bardolphe qui est venu nous eu prévenir.

PREMIER GARÇON

Par la sainte messe, nous allons rire ; cela fera nne excellente farce.

DEUXIÈME GARÇON

Je vais voir si je puis trouver Basset.

Entrent L'HOTESSE et DOROTHÉE BONBEC.

L HOTESSE

Il me semble, mon cher cœur, que vous êtes en excellentes dispositions ; votre pouls bat aussi exiraordinairement qu'on puisse le désirer ; et vous avez le teint, je vous assure, aussi rouge qu'une rose : mais je crois que vous avez trop bu de Canarie : c'est un vin très-capiteux, et qui vous parfume le sang avant qu'on ait le temps de dire ce que c'est. Comment vous trouvez- vous 7

DOROTHÉE

Beaucoup mieux maintenant. Huml l'bôtesse.

J'en suis charmée; quand le cœur est en bon état, cela vaut de l'or. Tenez, voilà sir Julin qui viout.

FALSTAFF, entre e Quand Arlliur parut à la co Videz le pot de nuit.

Celait un bon et digne roi

Le Garçon sort.

FALSTAEF , contimtani.

Comment va mademoiselle Dorothée?

l'hôtesse.

Elle est un peu indisposée.

FALSTAFF

Voilà bien les femmes 1 dès qu'on cesse un instant de s'occuper d'elles, on les indispose.

DOROTHÉE

Comment, gueux que tu es, voilà toute la consolation que tu me donnes 1

FALSTAFF

Vous les faites bien gras, vos gueux, mademoiselle Dorothée.

DOROTHÉE

Ce n'est pas mon ouvrage; c'est la gloutonnerie et l'humeur qui les gonDent.

FALSTAFF

Si le cuisinier aide à créer la gloutonnerie, vous, Dorothée, vous contribuez à former notre humeur. C'est de vous que nous la tenons, Dorothée, vous en conviendrez.

DOROTHÉE

Va te faire pendre, vieux congre, va te faire pendre.

l'hôtesse.

Allons, voilà que vous revenez à votre vieille habitude ; vous ne pouvez être ensemble sans vous quereller. Vous êtes comme deux rôties sèches qui ne peuvent se toucher sans qu'elles grattent l'une contre l'autre ; vous ne pouvez supporter vos inOrmités mutuelles. Il faut pourtant que l'un des deux supporte l'autre, — (à Dorothée) et ce doit être vous. Des deux vous êtes, comme on dit, le vase le plus fragile, le plus vide.

DOROTHÉE

Comment voulez-vous qu'un vase vide et fragile puisse porter un gros tonneau plein comme celui-là? il y a dans lui toute une cargaison de Bordeaux; c'est un grosbâtiment chargé du fond jusqu'à la cale. Allons, restons bons amis, Jack. Tu vas partir pour la guerre, et quanta savoir si jeté reverrai ounon, c'est ce dont personne ne se soucie.

Rentre LE GARÇON.

LE GARÇON

Monsieur, l'enseigne Pistolet est en bas et demande à vous parler.

DOROTHÉE

C'est un maudit tapageur; qu'il aille au diablel qu'il n'entre pas ici ; c'est le coquin le plus mal embouché de toute l'Angleterre.

Si c'est un tapageur, qu'il n'entre pas I non.

HENRI IV

sur ma parole! il faut que je vive avec mes voi- !

us; je ne veux point de tapageurs; je suis en bonne odeur auprès de ce qu'il y a de mieux. Fermez la porte 1 — on ne reçoit pas de tapageurs ici; je ne suis pas venue jusqu'ici pour recevoir ;hez moi des tapageurs. Fermez la porte, je vous prie.

FALSTAFF

Entends-tu, l'hôtesse ?

t*HÔTESSE.

Je vous en prie, apaisez-vous, sir John; je ne veux pas qu'il vienne ici des tapageurs.

FALSTAFF

Entends-tu î c'est mon enseigne.

l'hôtesse.

Laissez donc, sir John, laissez donc; votre tapageur d'enseigne n'entrera pas chez moi. J'étais l'autre jour avec M. Scrupule, l'adjoint; et il me dit , — pas plus tard que mercredi dernier : — « Voisine Vabontrain,» qu'il me dit, — M. Muet, notre curé, était présent, — « voisine Vabontrain,» qu'il médit, «recevez ceux qui sont civils; car, » qu'il me dit, «vous êtes mal vue. » — Je sais bien pourquoi ilm'a dit cela ; «car, nqu'il médit, « vous êtes une honnête femme, et qu'on estime; c'est pourquoi prenez garde aux hôtes que vous recevez; ne recevez pas de tapageurs, » qu'il médit. Je ne veux pas qu'il en vienne ici; • — cela vous ferait du bien d'entendre ce qu'il m'a dit. Non, je ne veux pas de tapageurs.

FALSTiFF.

Ce n'est pas un tapageur , notre hôtesse ; c'est tout simplement un joueur doux comme un mouton ; vous pouvez le battre aussi tranquillement qu'un petit chien : il ne tiendrait pas tête à une poule, pour peu qu'en redressant ses plumes elle fit mine de résister. Garçon, faites-le monter. l'hôtesse.

C'est un joueur, dites-vous? je ne veux refuser l'entrée de ma maison à aucun honnête homme ; il vaut mieux jouer que de se fâcher; mais je n'aime pas le tapage. Voyez-vous , quand il est question de tapageurs, je ne me possède plus; t&tez un peu, messieurs; voyez comme je tremble.

DOKOTHÉE.

Oui, par ma foi, l'hôtesse.

l'hôtesse.

N'est-ce pas? ohl je tremble comme une feuille. Je ne peux pas souffrir les tapageurs.

Enirenl PISTOLET, BARDOLPHE et LE PAGE.

pistolet.

Dieu vous garde, sir John I

FALSTAFF

Soyez le bien venu, Pistolet, mon enseigne. Pistolet, je bois à vous cette coupe de vin d'Espagne. Faites-moi raison en buvant à noire hô tesse.

C'est donc elle qui me fera raison

Je vous avertis qu'elle est à l'épreuve du pis tolet; vous ne l'entamerez pas.

LHOTESSE.

Je me moque de vos raisons etde vos épreuves; je ne boirai par complaisance pour personne; je ne veux boire qu'autant que cela me fera du bien.

PISTOLET

A VOUS donc , mademoiselle Dorothée ; c'est vous que j'attaque.

DOROTHÉE

Tu m'attaques, moi I je te méprise, misérable ! Va-t'en, pauvre hère, mauvais filou qui n'as point de chemise sur le dos! va-t'en, âne rogneux! c'est pour ton maître que je suis faite.

PISTOLET

Je vous connais, mademoiselle Dorothée.

DOROTHÉE

Va-t'en , coupeur de bourses ! va-t'en, grossier manant! par ce vin que voiIâ, je t'enfonce mon couteau entre les mâchoires, si tu fais le méchant avec moi; va-t'en, pilier de cabaret! rosse cfllanqués! — Depuis quand, monsieur, je vous prie? — Eh quoi: deux aiguillettes* sur l'épaule? voilà quelque chose de frais!

PISTOLET

Je vais, pour la peine, déchirer ta fraise on mille morceaux.

En voilà assez, Pistolet ; je ne voudrais pas vous voir vous oublier ici; quittez notre compagnie. Pistolet.

l'hôtesse.

Non, capitaine Pistolet; que ce ne soit pas ici, mon bon capitaine.

DOKOTHÉE.

Lui, capitaine! Abominable et maudit filou, n'as-tu pas de honte de l'entendre appeler capitaine? Si les capitaines pensaient comme moi, ils te chasseraient à coups de plat de sabre, pour avoir usurpé leur litre avant de l'avoir gagné. Toi, capitaine! un gueux comme toi! et pourquoi? pour avoir, dans un mauvais lieu, déchiré la fraise d'une catin 1 Lui, capitaine! qu'il aille se faire pendre, le coquin! Il vit de pruneaux moisis et de galette desséchée! Lui, capitaine! Des scélérats comme lui rendraient le mol capitaine aussi odieux que le mot posséder, qui était un mot excellent avant qu'il fût mal appliqué : que les capitaines y prennent garde!

BARDOLPHE.

Allons, sors, mon cher enseigne.

FAI.ST.VFF.

Un mot, mademoiselle Dorothée.

PISTOLET

Que je sorte? non, non! Écoute, caporal Bar-

Inii

(iVu/« du traducteur.)

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

dolphe; — il faut que je la mette en pièces; il faut que je me venge d'elle.

LE PAGE

Je t'en prie, va -l'en.

PISTOLET

Je la verrai plutôt mille fois il:iirnée, — dans le lac maudit de Pluton, dan'» l'abaue infernal, avec l'Erèbe et toutes les toriun s de l'enfer. Retirez ligne et hameçons, vous dis-je ; à bas, canaille 1 à bas, traîtres I navons-nous pas une Hirène* ici?

l'hôtesse.

Mon bon capitaine Pistolet , tenez-vous tranquille ! il est tard; je vous en prie, n'aggravez pas votre colère.

PISTOLET

En voilà une bonne, par exemple! Eh quoi ! des chevaux de somme, des rosses de l'Asie, qui ne pourraient faire trente milles par jour, oseront se comparer aux Césars, aux Cannibals** et aux Grecs de Troie? Non, qu'ils soient plutôt damnés avec le roi Cerbère , et que le tonnerre gronde dans le firmament. Nous laisserons-nous marcher sur les pieds par des mazettes?

l'hôtesse.

En vérité, capitaiue, ce sont là de bien vilains propos.

BARDOLPHE.

Va-t'en , mon cher enseigne ; cela va devenir du sérieux.

PISTOLET

Que les hommes meurent comme des chiens ! semez les écus comme des épingles! IN'avons-nous pas ici une Hirènéî

l'hôtesse.

Sur ma parole, capitaine, nous n'en avons point ici. Merci de ma vie ! est-ce que vous croyez que j'en ferais mystère! Au nom du ciel, restez tranquille.

PISTOLET

Tiens, mange et rep»is-toi, l.clle Callipolis "• !

Allons, donnez-moi du vin. Si fortuna me tormoiia.siieratomecotnenia"". — Est-ce qu'une bordée nous fait peur? non, que le diable fasse feu. Donnez-moi du vin. — (Â son épée qu'il pose à ICI le.) Et toi, macbérie, reste là. En demeureronsnous là ! est-ce que les et cœiera ne sont rien î

FALSÏAFF.

pistolet, à votre place je resterais tranquille.

pistolet.

Cher chevalier, je vous baise le poing. Eh bien! quoi I nous avons vu les sept étoiles.

DOROTHÉE

Jetez-le en bas de l'escalier. Je ne puis endurer ia vue d'un pareil drôle.

■ lixpresslond'argul.sigDiCanl femme publiiiut. (ISoU: du Iradmleur.)

•• Pour Annibal. {Note du traducteur.) '" C'est la parodie d'un vers lird d'une vieille tragédie intitulée la Balnille d'Alcazar. {Note du Iradiiclmir.) **** Si ia fortune me tourmente, Que l'espoir me contente.

{Note du traducteur.)

PISTOLET

Qu'on me jette en bas de l'escalier 1 est-ce qu'il n'y a plus de bidets?

FALSTAFF

Bardolphe, jette-le en bas de l'escalier comme un paquet de linge sale ; qu'il ne réplique pas, ou nous le mettions à la raison.

bardolphe, à Pistolet.

Allons, descends.

PISTOLET, ramassant son épée.

Eh quoi? faudra-t-il en venir aux incisions? tirerons-nous du sang? — allons.

Que le trépas me :

Oui, des blessu Vont débrouiller les nœuds d

I deslii

i filandières.

-{A son ipie.) Allons, viens, Atropos.

l'hôtesse.

En voilà-t-il du galimatias I

FALSTAFF

Page, donne-moi ma rapière.

DOROTHÉE

Je t'en prie, Jack, je t'en prie, ne dégaine pai.

FALSTAFF

Descends, te dis-je.

Jl met l'épé

lin et pousse Pistolet vers la porte.

l'hôtesse.

Voilà un beau vacarme! je renoncerai à tenir maison plutôtque de me voirencore au milieu de ces transes et de ces frayeurs! Oh! il y aura du sang répandu, j'en suis certaine. — Hélas I hélas! remettez vos épées dans le fourreau.

Pistolet et Bardolphe sortent.

DOROTHÉE

Je t'en prie, Jack, calme-toi ; le drôle est parti. Ah ! vaillant petit srélérat que tu es I l'hôtesse, à Falstaff.

N'étes-vous pas blessé dans l'aine? il m'a semblé le voir vous porter un grand coup dans le

Rentre BARDOLPHE.

I,'as-tu mis A la porte ?

ItARDOLPHE

Oui, certes. Le coquin est ivre; vous l'aveis blessé à l'épaule.

PALIAFF.

Un manant comme lui I oser me braver I DOROTHÉE, à Falstaff.

0 aimable petit vaurien! Hélas I mon pauvre petit babouin, comme te voilà tout eu sueur! Viens, laisse-moi t'essuycr la figure; — avance, mon petit I Ah I vaurien, que je t'aime ! tu es aussi vail-

HENRI rv.

lant qu'Hector de Troie; tu vaux cinq AgamemnoD, et dix lois mieux que les neuf héros. Ab ! petit coquin !

FALSTAFF

Un mauvais drôle I je veux le beroer dans une couverture.

DOROTHÉE

Fais si tu l'oses: et moi, je te ballotterai entre deux draps.

Entreni DES MUSICIENS.

LE PAGK.

Monsieur, la musique est arrivée.

FALSTAFF

Qu'elle joue. — Jouez, messieurs. — Assiedstoi sur mes genoux, Dorothée. Un misérable fanfaron 1 le coquin m'a écbappé comme du vif-argent.

DOROTBËK.

Et toi, tu t'es mis à sa poursuite comme une cathédrale. O mon gentil petit marsouin, quand cesseras-tu donc de te battre le jour et de te fendre In nuit? quand donc commenceras-tu à préparer Ion vieil individu pour l'autre monde?

EiUrenl, sansltre aperçus de Fahtaff et de Dorothée, LE PRINCE HENRI et POINS, diguisés en garçons de taverne.

FALSTAFF

Paix, ma bonne Dorothée! ne parle pas comme une tète de mort; ne me fais pas ressouvenir de ma 6d.

DOROTBEE.

Dis-moi, mon petit, quelle espèce d'homme est le prince?

FALSTAFF

C'est un jeune homme assez bon diable, mais assez pauvre d'intelligence. Il aurait fait un bon (lannetier et eût été fort expert â couper le pain.

DOr.OTHEE.

Un dit que Poins a de l'esprit.

FALSTAFF

Lui de l'esprit! un vrai babouin I son esprit est aussi épais que la moutarde de Tewksbury ; il n'y a pas en lui plus d'intelligence que dans un maillet.

DOROTBÈE.

Pourquoi le prince en est-il donc si fort enti- <lié7

Parce qu'ils ont les jambes de la même dimension, parce qu'il joue fort bien au petit palet, qu'il mange de l'anguille de mer et du fenouil, qu'il avale des buuls de chandelle comme un verre de liqueur, joue aveu les eolans au cheval fondu, saute à pied6 joints par-dessus des tabourets, jure avec grâce, porte des bottes bien

collantes comme sur une jambe qui sert d'enseigne, et ne fait point naître de querelles en rapportant ce qu'il sait de secrètes histoires ; en6n parce qu'il possède, dans le domaine des gambades, beaucoup d'autres facultés qui témoignent u i!n pauvre esprit et d'un corps agile; et voilà ce qui fait que le prince l'admet aup-'és de lui; car ils se valent l'un l'autre au point que si on les pesait, un cheveu mis dans l'un des plateaux de la balance suffirait pour la faire pencher.

LE PRINCE BENKI , à PoitlS .

Si nous lui coupions les oreilles? qu'en dis-luî

POISS.

Battons-le sous les yeux de sa catin.

LE PRIKCE HEMRl.

Regarde-la chaiouiller la tête de ce vieux paillard comme celle d'un perroquet.

POINS

N'est-il pas étrange que le désir survive si longtemps à la faculté d'agir?

FALSTAFF

Embrasse-moi, Dorothée.

Saturne et Vénus entrent cette année en conjonction : qu'en dit l'almanach!

FALSTAFF

Tu me donnes des baisers flatteurs.

DOROTHÉE

Non, vraiment; c'est en toute sincérité que je te baise.

FALSTAFF

Je suis vieux, je suis vieux.

DOROTHÉE

Je te préfère à ;ous ces jeunes freluquets.

FALSTAFF

De quelle étoffe veux-tu avoir un manteau? Je reçois de l'argent jeudi : tu auras un bonnet demain. Allons, chante-nous quelque chanson gaillarde : il se fait lard: nous irons nous coucher. Tu m'oublieras quand je serai parti.

DOROTHEE.

En vérité, tu vas me faire pleurer, si tu me parles comme cela. Tu verras s'il m'arrive une seule fois de me faire belle jusqu'à ton retour. — Va, sois tranquille.

FALSTAFF

François, du vin.

LE PRINCE HENRI et POINS, t'avançatit.

On y va, monsieur, on y va.

Ah! un bàlard du roi M — Et toi, n'es-tu pas Poins, son frère?

LE PRINCE HENRI

Eh bieni globe irinc(jiiiineiice, quelle \iemènestu là?

FALSTAFF

Une meilleure que toi ; je suis un homme comme il faut; tu n'es qu'un garçon de taverne, un tireur de vin.

Le do

.lul,i

SOD, que le comi«|Uc de celle set |<rubabilité. (Sole du traductei

ns quelque raiclicle pas i'im-

MAGASIN THEATRAL ÉTRANGER

LE PRINCE HENRI

C'est vrai, monsieur; et je viens vous tirer les oreilles.

l'hôtesse.

Ohl que le bon Dieu conserve votre chère altesse! Sur ma parole, soyez le bien venu à Londres. — Que le Seigneur bénisse votre aimable .Igurel 0 Jésus 1 étes-vous donc de retour du pays de Galles ?

F.VLSTAFF, s' appuyant sur Dorothée.

Bouffon mélange de folie et de majesté, j'en jure par cette cbair fragile et ce sang corrompu, tu es le bien venu.

DOROTHÉE

Que dis-tu, gros butor? je te méprise.

poiNS, au prince.

Mylord, il désarmera votre vengeance et tournera tout en plaisanterie, si vous ne battez pas le fer pendant qu'il est chaud.

LE PRINCE HENRI

Maudite mine à suif, avec quel mépris as-tu parlé de moi tout-à-l'heure, devant cette honnête, vertueuse et civile demoiselle?

l'hôtesse.

Dieu bénisse votre excellent cœur ! Elle est bien ce que vous dites, je vous assure.

FAISTAFF.

Tu m'as donc entendu?

LE PRINCE UENRI.

Oui ; et tu m'as reconnu comme le jour ofi tu te sauv.-iis à toutes jambes sur la route de Gadshill; tu savais que j'étais derrière toi, et tu n'as parlé qu'.i dessein de mettre ma patience à l'épreuve.

FAISTAFF.

Non, non, non; ce n'est pas cela : je ne savais pas que tu m'écoutais.

Tu seras donf forcé do m'avouer que tu m'as insulté de dessein prémédité ; et alors tu vas avoir affaire à moi.

FALSTAFF

H n'y a pas eu d'insulte, Henri, sur mon honneur, pas d'insulte.

LE PRINCE HENRI

Comment! Parler de moi avec mépris, m'appeler pannetier, coupeur de pain, et je ne sais quoi encore.

FALSTAFF

Il n'y a pas eu d'insulte, Henri.

POlNS.

Pas d'iusulte?

FALSTAFF

Pas le moins du monde, Edouard ; il n'y en a pas eu, honnête Edouard. .le l'ai déprécié devant les pécheurs, afin que les pécheurs ne songeassent pas à s'éprendre d'affection pour lui; — en cela, j'ai rempli le devoir d'un ami prudent et d'un sujet loyal, et ton père m'en doit des remerc!luens. Il n'y a pas eu d'insulle, Henri, — pas le moins du monde, Edouard, — point, mes enfans, point.

LE PRINCE HENRI

Ainsi, voilà que par couardise et par I&chetë pure, pour faire ta paix avec nous, tu calomnies cette vertueuse demoiselle. Est -elle du nombre des pécheurs? Ton hôtesse en est-elle î Le page en est-il? Et l'honnête Bardolphe, dont le nez brûle d'un vertueux zèle, est-il aussi du nombre des pécheurs?

POINS

Réponds, vieil ormeau décrépit; réponds.

FALSTAFF

Le démon a mis le grappin sans retour sur Bardolphe, et sa figure est la cuisine privée de Lucifer, dans laquelle il ne fait rôtir que des ivrognes. Quant au page, il a un bon ange à ses côtés ; mais chez lui, le diable est aussi le plus fort.

LE PRINCE HENRI

Quant i ces dames?

FALSTAFF

L'une d'elles est déjà en enfer, et elle brûle, la pauvre créature 1 Quant à l'autre, — je lui dois de l'argent ; et si elle est damnée, c'est ce que j'ignore.

l'hôtesse.

Non, assurément.

FAISTAFF.

Non, je ne le crois pas; je pense que sur ce chapitre , tu es absoute. Mais il y a un autre grief contre toi , pour laisser chez toi manger de la viande, en désobéissance à la loi*; et je pense que tu rôtiras pour ce l'ait.

l'hôtesse.

Tous les aubergistes en font autant. Qu'est-ce qu'un ou deux gigots de mouton dans tout un carême?

LE PRINCE HENRI

Vous, Biademoisclle, —

DOROTHÉE

Que dit votre altesse?

FALSTAFF

Son altesse dit des choses contre lesquelles sa chair se révolte.

On (.'nteod frapper à hi porte.

L'HÔTESSE

Qui est-ce qui frappe si fort? François, va voir ce que c'est.

Entre PÉTO

LE PRINCE HENRI

Eh bien, Péto, quelles nouvelles?

PÉTO.

Le roi votre père est à Westminster** ; vingt

lois promulguées sous les règnes d'I'UisnheLli et de Jacques 1*'', pour enjoindre l'observance des jours maigres, faisaient défense aux aubergistes de servir de la viande pendant le carême ; c'est à ces lois que Falstafi'fait allusion. (JVo(e du traducteur.)

" C'est au palais de Westminster (pic se tenait la cour. (Nalc du traducteur.)

HENRI IV

courrieTS exténués sont arrivés du Nord ; et en venant ici j'ai rencontré une douzaine de capitaines, nu-tête, tout en nage, frappant à toutes les tavernes, et demandant partout sir John Falstaff.

LE PRINCE HENRI

Par le ciel, Poins, je m'en veux horriblement de perdre ainsi un temps précieux, alors que, pareil au vent du sud, l'orage de la guerre civile, obscurcissant l'horison de ses noires vapeurs, commence à éclater sur nos têtes nues et désarmées. Donne-moi mou épée et mon manteau ; Falstaff, adieu.

LePrimce Henri, Poins, Peto ethit.D0i9as. sortent.

FALSTAFF

Me voilà arrivé au morceau le plus friand de la nuit; et il faut partir sans y toucher. [On frappe à coups redoublés.) On frappe encore?

Rentre BARDOLPHE,

FALSTAFF, Continuant.

Eh bien, qu'y a-t-il7

BARDOLPHE.

Il faut vous rendre sur-le-champ à la cour ; il y a là-bas une douzaine de capitaines qui vous attendent à la porte.

FALSTAFF, au Page.

Petit, paie les musiciens. — Adieu, notre hb-

tesse. — Adieu, Dorothée. — Vous voyez, mes enfans, comme on court après les gens de mérite: l'homme inutile peut dormir, pendant que l'homme d'action est réclamé de toutes parts. Adieu mes enfans. — Si l'on ne me fail pas partir sur-lechamp, je vous reverrai avant mon départ.

DOROTHÉE

Je ne puis parler; — mon cœur est prêt à se briser. Va, mon cher petit Jack, aie bien soin de toi.

FALSTAFF

Adieu, adieu.

Falstaff, le Page et Bardolphe sortent.

l'hôtesse.

Va, porte-toi bien. Il y a vingt-neuf ans, vienne la récolte des pois, que je te connais ; mais je ne crois pas qu'un cœur plus honnête et plus sincère, — Allons, porte-toi bien.

BARDOLPHE, appelant du bas de l'escalier. Mademoiselle Bonbec...

l'b6tesse.

Qu'y a-t-il?

BARDOLPHE.

Dites à mademoiselle Bonbec de venir trouver mon maitre.

l'hôtesse.

Oh! courez, Dorothée; courez vite, ma bonne Dorothée.

Elles sortent.

FIN DU DEUXIEME ACTE

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