‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 1 sur 96 · AVANT PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT PROPOS

Au moment où, par suite d'une impulsion toute nationale , la librairie françoise est constamment occupée de la reproduction des ouvrages de nos auteurs classiques ; quand le goût des bons livres , en se propageant dans les diverses classes de la société , semble devoir favoriser encore cette impulsion ; lorsque la noble émulation d'une jeunesse studieuse, avide de science, et qui promet de devenir Tlionneur de son siècle, lui fait désirer de connoltre les ouvrages des auteurs sur lesquels se fonde notre gloire littéraire ; alors , dis-je , il n'est plus possible de se borner a la réimpression des livres purement classiques. Toute notre littérature devient le domaine de la génération présente ; de la le succès mérité qu'ont obtenu les nouvelles éditions de Gresset, de La Fare, de Ghaulieu, de Bernard, etc*

L'auteur du poème charmant des Saisons ^ des Quatre parties du jour j et de tant de poésies délicieuses, ne leur estpoint inférieur; commeeux, Bernis est plein d'harmonie , d'abondance et de facilité ; ses vers se font toujours lire avec un nouveau plaisir ; on y trouve les préceptes de cette philosophie douce et aimable qui le caractérise, exprimés avec grâce et sans ostentation. Dans ses Réflexions sur les passions et sur les goûts ^ il rappelle La Bruyère avec

BCINIS. *

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Ghanoine et comte de Lyon le 18 juillet 1749? il paroissoit toi^ours peu s'occuper de sa fortune , et supportoit avec gaieté son état de médiocrité. Enfin, madame de Pompadour, a qui il avoit su plaire , lorsqu'elle n'étoît encore que madame d'ÉtîoUes, le présenta à Louis XV, lui fit donner un appartement aux Tuileries, et obtint pour lui une pension de i,5oo» livres surf la cassette du roi. Six mille livres de revenu étoient alors le terme de l'ambition de l'abbé de Bernis , mais , ne pouvant y parvenir, il résolut de Élire une grande fortune. Peu de personnes y réussirent comme lui; elle s'éleva assez raplde-r ment à 4oo,ooo livres de rente.

Nommé, en octobre 1761, ambassadeur a Venise , il y acquit une considération qui , plus tard , le fit choisir par le pape Benoit XIV pour médiateur entre lui et cette république. Au retour de son ambassade, il jouit à la cour d'une grande faveur, et fut nommé , en septembre 1755, ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire du roi en Espagne. Le premier mai 1756, il signa en cette qualité le traité de Versailles , et au mois d'octobre suivant, ilfut nommé ambassadeur près de leurs -majestés impériales.

Fait ministre d'état le 2 janvier 1767, et au mois de juin de la même année , secrétaire d'état et des commandements au département des aflfaires étrangères ; au comble du crédit et de la grandeur, il n'avoit plus rien à désirer; mais les affaires de la France venoient de prendre une autre face ; il se vit

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tout a conp Tobjet des plus graves et des plus injustes reproches. Il s*étoit opéré une révolution danslesystème politique de l'Europe ; la France et l'Autriche , jusque la ennemies , conclurent un traité offensif et défensif , qui fut suivi de la malheureuse guerre de sept ans, terminée par la paix honteuse de 1763.

Bemis venoit de recevoir le chapeau de cardinal (2 octobre 1759) lorsque, accablé des désastres de sa patrie, qu'il savoit bien qu'on lui attribuoit en partie, il remit le portefeuille des af&ires étrangères. Sa démission fut acceptée , et son exil prononcé. II le soutint avec dignité. En 17649 le roi le nomma archevêque d'Alby. Cinq ans plus tard j il fut envoyé k Rome avec le titre d'ambassadeur, titre auquel il réunit celui de protecteur des Eglises de France; il s'y fixa et y demeura jusqu'à sa mort, arrivée le 2 novembre 1794*

Le cardinal de Bernis porta k Rome la politesse et l'élégance de ses manières ; sa maison y étoit tenue avec une grande magnificence ; il y fàisoit l'accueil le plus gracieux aux étrangers , et particulièrement aux François. Les tantes de Louis XYI ayant quitté la France en 179 1 , ce prélat les reçut chez lui ; elles y restèrent tout le^ temps que dura leur séjour dans cette ville.

Dépouillé de ses abbayes et de son archevêché pour avoir refusé de prêter le serment exigé , il passa de l'opulence k un état voisin de l'indigence ; ce fut alors que , a la sollicitation du chevalier d' Azara , la cour d'Espagne lui assura une pension.

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Ses neveux et petitsrneveux , aidés de la légation Françoise k Rome , ont &it exécuter un mausolée , où ils ont déposé le corps de leur oncle. Ce monument a été ensuite transporté en France , et placé dans la cathédrale de Nimes. Fait sur le modèle du Sarcophage d' A grippa , il est remarquable par sa noblesse et par sa simplicité.

Les poésies légères du cardinal de Remis avoient commencé la réputation de leur auteur ; elles le firent recevoir de F Académie firançoise , long-temps avant que la fortune l'eût comblé de ses feveurs ; il savoit qu'elles n'étoient pas en harmonie avec sa position comme prince de l'Église, et il aimoitpeu qu'on lui en parlât : c'est à ce sujet qu'il écrivoit k Voluire le 7 septembre 1763 : « Vous m'accablez d'autorités, mon cher confrère , pour me prouver qu'un cardinal ne doit pas rougir de montrer de l'esprit et des grâces ; mais , malgré les exemples des rois, et même du gendre du grand-seigneur, je ne me laisserai point aller a la tentation. Je crois que l'^étiquette du sacré collège est fort contraire k la poésie franc oise ; car il me semble que le cardinal du Perron et le cardinal de Richelieu ontfait de fort mauvais vers. Vous savez peut-être que le cardinal de Polignacn'y apasmieux réussi , et qu'il n'étoit poète que dans la langue de Virgile. Il seroît plaisant qu'il fût défendu auxprinces de l'Église de montrer du talent dans une autre langue que celle des Romains. En général , l'Eglise tient un rang médiocre sur le pâmasse françois ; quels vers que ceux de Fénélon ! Ainsi je prends le

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parti de madame de Montagu , je Tivrai quatre-vingtdouze ans; et, après ma mort , mes nevQux seront les maîtres de faire part au public des petits talents de ma jeunesse. En attendant, je verrai avec une tranquillité sans égale les libraires estropier mes ouvrages : il faut que Fenvie ronge toujours quelque chose; j'aime mieux qu'elle ronge mes vers que mes os. »

Sonpoëme de la Religion vengée , bien qu'inférieur a celui de Louis Racine , n'est cependant pas dépourvu de beaux vers , de pensées nobles et élevées : on lui a reproché d'être trop didactique, et de manquer quelquefois de mouvement. Ses autres poésies, pleines d'images et de "pensées fleuries ^ lui ont fait donner par Voltaire le surnom de Babet-la-bouquetihre. U paroi t que le cardinal entendoit très-bien cette plaisanterie , cardans une de ses lettres au philosophe de Femei , il lui dit : ce A l'égard des Saisons de Babetj on m'a dit qu'on les a furieusement estropiées ; car je ne les ai pas vueâ depuis plus de vingt

ans On a cru me perdre en prouvant que j'avois

fait des vers jusqu'à trente-deux ans : on ne m'a fait qu'honneur, et je voudrois encore en avoir le talent comme j'en ai conservé le goût. » Un peu plus tard , en janvier 1 764 ? Voltaire lui écrîvoit ; « Mes fluxions sur les yeux ont tellement augmenté que je suis devenu un petit Tirésias ou un petit Tobie. Le vieux de la montagne ne sera pas long-temps le vieux de la montagne ; mais , pour égayer la chose , je me suis mis à ÊEiire des contes et h les dicter. Il y en a un

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qu^on a imprimé k Paris , aussi mal que les Quatre Saisons. Je a*ai osé Fenvoyer à un prince de la sainte Eglise romaine . Je Taurois autrefois présenté à Babet, et je Taurois priée d'y jeter quelques-unes de ses fleurs »

Bernis excelloit dans le style épistolaire : ses lettres ne sont pas déplacées a côté de celles de Voltaire, avec qui il entretint une correspondance suivie depuis 1761 jusqu'en 1777 9 et auquel il donnoit des conseils que celui-ci suivoit souvent.

Nous avons réuni dans cette nouvelle édition les ouvrages en prose et en vers du cardinal de Bernis ; ils y sont classés dans un ordre plus méthodique. En consultant les diverses éditions qui en ont été données tant du vivant de Tauteur, que depuis sa mort, nous avons été a même de relever un assez grand nombre de fautes qui avoient échappé aux éditeurs qui nous ont précédé; nous avons recueilli des variantes dont quelques-unes ne sont pas sans importance : ce travail demandoit du temps et de la patience; nous y avons consacré Tun et Tautre; nous osons espérer que ce volume sera fevorablement accueilli des amateurs d'éditions soignées et correctes.

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