A H. LE D. DE V
La fortune ingrate et trompeuse M'appelle y un trésor à la main :
L'ambition vaine et flatteuse De la cour m'ouvre le chemin.
Crois-tu que mon ame affamée D'un titre nuisible au repos , Aime a respirer la fumée De l'encens que bnilent les sots ?
Crois-tu qu'aveugle je confonde Le mérite et la dignité ,
SUR L'AMBITION. aSi
L'hommage servile du monde ,
Et le tribut de Téquîté?
Crois-tu que , censeur hypocrite
De la mollesse des mortels ,
Je veuille , indolent Sybarite ,
ATendormir au pied des autels !
Non ; tu connois trop ma droiture :
Coupable par fragilité ,
Mais ennemi de Timposture ,
Je ne joins pas Timplété
Aux fbiblesses de la nature.
Oui , les dieux m'ont assez donilé.
Eh ! que m'importe , si tu m'aimes ,
De charger de vains diadèmes
Mon front d'olives couronné?
Le ciel ne m'a point condamné
A trainer mes jours dans le faste ,
A languir dans un palais vaste. ^
Plus délicat qu'ambitieux ,
J'aime un bonheur doux et facile :
Le superflu m'est inutile ,
Et l'appareil m'est odieux.
J'aime les fruits délicieux
Dont nos espaliers se couronnent;
Voisins de la main et des yeux ,
Us s'offrent moins qu'ils ne se donnent.
Mais je n'irai pas affronter
Un peuple de dragons avides ,
Pour la gloire de disputer
Les pommes d'or des Hespérides.