‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 4 sur 96 · ARIANE ET BACCHUS · texte numérisé non relu

ARIANE ET BACCHUS

Des nuits Tinégale courrîère S'éloigne et pâlit à nos yeux ; Chaque astre au bout de sa carrière Semble se perdre dans les cieux.

Des bords habités par le More Déjà les heures de retour Ouvrent lentement à l'Aurore Les portes du palais du jour. Quelle fraîcheur! Tair qu'on respire Est le souffle délicieux De la volupté qui soupire Au sein du plus jeune des dieux.

Déjà la colombe amoureuse Vole du chêne sur l'ormeau ; L'Amour cent fois la rend heureuse Sans quitter le même rameau.

Triton sur la mer aplanie Promène sa conque d'azur ; Et la nature rajeunie Exhale l'ambre le plus pur.

Au bruit des faunes qui se jouent Sur le bord tranquille des eaux ,

BEtms. »

Les chastes naïades dénouent

Leurs cheveux tressés de roseaux.

Dieux! qu'une pudeur ingénue

Donne de lustre a la beauté !

L'embarras de paroître nue

Fait l'attrait de la nudité.

Le flambeau du jour se rallume ,

Le bruit renaît dans les hameaux ,

Et l'on entend gémir l'enclume

Sous les coups fréquents des marteaux :

Le règne du travail commence.

Monté sur le trône des airs

Eclaire ton empire immense ,

Soleil ; annonce l'abondance

Et les plaisirs à Funivers.

Vengeur d'Ariane éplorée ,

Vainqueur de l'Inde et des Titans ,

De sa douleur imniodérée

Calme les transports éclatants.

Qu'elle abandonne le rivage

Où tout lui retrace l'image

D'un amant qu'elle appelle en vain.

Plaisirs cachés sous cet ombrage ,

Aimables enfants du matin,

Ris , enjoûment , jeux , badinage ,

Annoncez votre souverain.

Thésée a laissé sans défense

Un coeur qu'il blessa de ses traits :

Dieu du vin , punissez l'ofFense ,

Et consolez par vos bienfiiits

L'amotir trahi par rinconstance.

Que le dépit d'intelligence S'unisse aux plus tendres désirs; Que le flambeau de la vengeance Soit allumé par les plaisirs.

Dieux ! le succès sluit l'espérance ; Aux yeux de son charmant vain^enV, La jeune Ariane confose Eprouve une douce langueur.

Ingrat Thésée , elle t'accuse Du feu qui s'allume en son cœur.

Déjà ses yemx baignés de larmes Demandent vengeance à Bacchus :

Des yeux en pleurs ont trop de charmes Pour craindre l'affront d'un reftis.

Aux pieds de sa fbible maîtresse , Bacchus , enivré de tendresse Se jette avec emportement Sur le trait charmant qui le blesse.

Abandonnée au sentiment , L'amante avec moins de fbiblesse Résiste encore à son amant.

Cette rigueur involontaire Le consume d'un nouveau feu ; L'effbrt qu'elle (ait pour se taire Augmente le prix de l'aveu.

Elle voudroit briser encore Le trait dont son cœur est atteint :

Un baiser du dieu qu'elle adore Rougit l'albâtre de son teint.

ao LE MATIN.

C'est vainement qu'elle en murmure , Son rouge a trahi ses désirs , Rouge charmant que la nature Pétrit par la main des plaisirs.

Quel triste élève de la Grèce Pourroit , en voyant sa beauté , Préférer les lis de Lucrèce Et les pâleurs de la sagesse , Aux roses de la volupté?

C'en est ⁢ les gazons renaissent, Les fleurs s'élèvent alentour; Emules du dieu de l'amour, Les zéphyrs en l'air se caressent ; Et les nuages qui s'abaissent S'opposent aux rayons du jour.

LE MIDI. Il

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ALPHÉE ET ARÉTHUSK.

Ce grand astre dont la lumière Enflamme la voûte des cieux Semble , au milieu de sa carrière , Suspendre son cours glorieux.

Fier d'être le flambeau du monde , Il contemple du haut des airs L'olympe , la terre et les mers , Remplis de sa clarté féconde; Et jusques au fond des enfers Il fait rentrer la nuit profonde Qui lui disputoit l'univers.

Toute la nature en silence Attend que le dieu de Délos De son char lumineux s'élance Dans l'humide séjour des flots.

Tandis que des géants horribles , Qu'un bras immortel enchaina , Embrasent de leurs feux terribles Les monts de Vésuve et d'Etna , Lassés de leurs fardeaux énormes , Les Gyclopes à demi-nus Reposent leurs tètes difformes

Sur leurs travaux interrompus.

Le dieu de Flnde et de la tonne ,

Couronné de feuillages verts ,

Jouit des dons que les hivers

Offrent en tribut à l'automne.

Déjà le Champagne glacé

Dans le verre éclate et bouillonne ;

Déjà Silène terrassé

Au dieu des songes 3*abandoune ;

Bacchus s'enivre , Amour l'ordonne ;

Et dans le vin qu'ils ont versé

Bacchus voit tomber sa couronne >

Amour son flambeau renversé.

Au fond d'une grotte profonde

Aréthuse fiiit les chaleurs ;

Le doux sommeil , au bruit de l'onde ,

Vole sur un tapis de fleurs.

La nymphe combat, et succombe :

Déjà ses yeux moins animés

Languissent k demi-fermés ;

Elle s'endort, soi) urne tombe ,

Plus de voile pour ses appas ;

Tout est confondu par Morphée.

Volez , Amour ; volez , Alphée ;

Et vous , sommeil , ne fuyez pas.

Alphée approche , Alphée admire :

Quoi ! dit-il , serois-je vainqueur?

Elle dort, elle qui déchire

Un coeur soumis , un tendre cœur

Qu'elle méprise et qu'elle attire !

Elle dort ! O dieux , pardonnez Au transport naissant qui m'anime; Cruels , si vous le condamnez , Si j'en dois être la victime , Ne punissez qu'après le crime ; Servez mon ardeur, et tonnez.

Il dit : l'amour est soii excuse.

Déjà tous ses flots enflammés Ont couvert l'urne d' Aréthuse Des feux dont ils sont animés.

L'onde de la nymphe rebelle Résiste a leurs efibrts heureux ; En résistant elle se mêle Et se précipite avec eux.

Enfin, de cette urne charmante, En un instiint, mais pour toujours, Les flots de l'amant , de l'amante , Vont prendre et suivre un même cours.

Aréthuse sommeille encore ; Un dieu caché sous les roseaux Du feu que la naïade ignore Echauffe autour d'elle les eaux.

Elle s'éveille, elle soupire, Mais sans colère et sans douleur :

Peut-on se plaindre d'un malheur Qu'au fond de son coeur on désire?

DIANE ET EJVDYMION.

Le dieu qui bruloit les campagnes Se dérobe enfin a nos yeux ; Il fuit , et son char radieux Ne dore plus que les montagnes.

Déjà , par sa voix avertis , Ses coursiers vigoureux s'agitent ; Leurs crins se dressent, ils s'irritent, Et doublent leurs pas ralentis; Ils volent, et se précipitent Au fond du palais de Tliétis.

Le front couronné d'amarantes , Les nymphes sortent des forêts ; Un air plus doux, un vent plus frais, Raniment les roses mourantes ; Et, descendant du haut des monts , Les bergères plus vigilantes Rassemblent leurs brebis bêlantes Qui s'égaroient dans les vallons.

Voyez, dans ce bassin rustique, Un ruisseau fiiir et bouillonner ; Admirez ce palmier antique , Qui , né sur le bord aquatique ,

Se courbe pour le couronner.

Oui , ces gazons , cette onde pure , Cette ombre qui succède au jour, Cette fraîcheur et ce murmuré,^ Sont les pièges que la nature Nous tend en faveur de l'Amour.

Eloignez-vous , chaste immortelle , Fuyez l'aspect de ce beau lieu ; Sous ce palmier, un jeune dieu Ouvre les bras et vous appelle.

Que nos efibrts sont impuissants Quand la nature nous inspire !

Le cœur emporté par les sens S'attache a l'objet qui l'attire.

Pleine d'un amoureux délire , Diane approche du bassin :

Emporte , dit-elle a Zéphire , Ce voile étendu sur mon sein.

Il en reste un qu Amour déchire , Et l'immortelle est dans le bain.

Endymion, caché sous l'ombre Des myrtes semés alentour, Attend dans leur retraite sombre Le signal qu'a promis l'Amour.

Penché sur le bain de Diane , D'un œil curieux et profane Il perce l'humide élément :

A travers l'onde diaphane Il voit, mais il voit en amant, Naitre le doux saisissement

u6 LE SOIR.

Que la pudeur en vain .condamne

Quand on le doit an sentiment.

Poursuis dans Fonde la déesse ,

S'écrie Amour : que la tendresse

Change en plaisirs tous ses remoi'ds ;

Ménage si bien sa foiblesse ,

Qu'elle se livre à tes transports

Sans croire offenser la sagesse.

Il dit : Endymion s'élance

Aux genoux de la déité;

Surprise , elle fuit en silence

Le dieu dont il est agité.

Arrêtez, dit-il ; je voiis aime ;

Ce mot me rend digne de tous ;

A ce mot votre rang suprême

Doit se partager entre nous.

Je vous vois ^ je vois tous vos charmes ,

Je les compte par mes désirs ;

Mes yeux se remplissent de larmes

Que leur font verser les plaisirs.

O doux moments ! je vous ai vue ,

Je touche à l'immortalité ;

Je vous revois , vous êtes nue ,

J'ai part a la divinité.

Arrêtez. Diane confuse

En fuyant tombe dans ses bras ;

Il la retient : quel embarras !

La gloire veut qu'elle refuse ;

Le tendre amour ne le veut pas.

Laisse-moi, berger, lui dit-elle,

liR SOIR. u7

Tes transports me font trop souffrir ; Es-tu content ? je suis mortelle , L'Amour me permet de mourir.

Prends mon cHar , conduis-le toi-même ; Brille en ma place dans les airs , Amour ; laisse-moi ce que j'aime , Je t'abandonne l'univers.

Elle dit : les airs s'embellirent , Les bords des ruisseaux retentirent Du frémissement des zépHy rs ; L'écho répéta les soupirs ; Et les naïdes applaudirent Aux cris redoublés des plaisirs.

a8 LA NUIT.

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