A M. DUCLOS
Douna naissance aux infidèles.
Il fut défendu de charmer :
Les plaisirs devinrent des crimes :
L'amour se traita par maximes ; L'esprit enseigna Fart d'aimer.
On donna le nom de victoire Au seul triomphe du bonheur ; Et l'amant) surnommé vainqueur, Céda le plaisir pour la gloire :
L'amour ne fut plus dans le cœur Dès qu'on écrivit son histoire.
Ainsi le vieil âge changea.
La vertu fiiisoit la noblesse :
Le second âge l'échangea Contre un vernis de politesse.
Pour moi , je crois qu'il dérogea.
Tel fut le siècle de Thésée , Du fils d' Alcmène , et de Jason :
Dès le moment la trahison Fut pour toujours autorisée.
Mais ce siècle peu raffiné N'avoit pas encor vu paroi tre Un être insolent et borné Que l'on appelle petit-maltre.
Le premier fet de l'univers Fut le fils du roi de Pergame :
Cet insensé passa les mers Pour aller séduire une femme.
L'amour moins que la vanité Le rendit amant de la belle ;
2g4 ÉPITRE VIII.
Car, sans le bruit de sa beauté ;
11 n'eût point soupiré pour elle.
Un autre se fat contenté
De trahir T hospitalité
En possédant cette infidèle ;
Mais le rival de Ménélas ,
Plutôt que de vouloir la rendre ,
Fit armer deux cent mille bras ,
Et réduire sa ville en cendre :
Et Paris est le fondateur
De cette ville singulière
Que nous voyons digne héritière
Du nom de son premier auteur.
Peuple ingrat, perfide et frivole ,
Faut-il que d'un sexe charmant '
Tu sois le tyran et l'idole !
Faut-il que ton orgueil immole
Le devoir et le isentîmentî
Quoi ! cette maîtresse adorée ,
Qui sacrifie a ton bonheur
Sa beauté , sa vie , et Thonnèur,
Par toi sans cesse déchirée ,
Va donc mourir désespérée
Du don qu'elle fit de son coeur !
On peut sans crime être volage ,
C'est la faute de nos désirs : ,
Mais à l'objet de nos soupirs
Le cœur doit toujours son hommage.
Quel est l'ingrat ou le sauvage
Qui peut oublier les plaisirs?
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