‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 39 sur 96 · ÉPITRE VU · texte numérisé non relu

ÉPITRE VU

D'où la mollesse et le sommeil Vont descendre sur mes paupières.

Puiss^-je , après deu^ nuits entières , N'être encor qu au premier réveil , Et voir dans tout son appareil L'aurore entr ouvrant les barrières .

Du temple brillant du soleil!

Vous dont la main m'est toujours chère , Vous , mes amis dès le berceau , Si l'en&nt qui porte un flambeau Venoit m'annoncer que Glycère Favorise un amant nouveau , Mes dieux , déchirez son bandeau , Et repoussez le téméraire.

Mais si^ plus sensible a mes vœux, Il vous apprend que cette belle, Moins aimable encor que fidèle , Brûle pour moi des mêmes feux , Alors d'une oflfrande éternelle * Flattez cet enfant dangereux , Et qu'une fleur toute nouvelle Orne à l'instant ses beaux cheveux.

ÈPITRE VllI

A M. ODCLOS.

Tu sais que d'un peu dé bèlîse Le bon vieux temps est accus0 :

Mais, dans ce siècle plus rusé , J'ai grand regret à la franchise De Tâge d'or si méprisé ; J'ai grand regret à l'innocence 'De l'homme qui marchoit tout nu.

Lé plaisir, au front ingénu , Sans voile étoit sans indécence , Moins défini, mais mieux connu.

L'amour avoit plus de puissance Quand les bergers étoient des rois :

On ne vît pas souvent, je crois , Des patriarches petits-maîtres :

L'amour qu'on fait au pied des hêtres Ne sait pas vanter ses exploits.

Sans art , ainsi que sans mystère , On l'aimoit parce qu'on s'aimoit :

C'étoit le goût seul qui formoit La chaîne éternelle et légère Qui si librement retenoit Le berger près de sa bergère.

Sous un toit couvert de fougère

'igi ÉPITRE VIII.

Chacun sur le soir revenoît ;

Et le travail entretenoit

Du plaisir Fardeur passagère.

L'amour, complaisant h nos yeux ,

Entouré de traits et de flammes ,

N'étoit, du temps de nos aïeux,

Que le besoin délicieux

De rapprocher toutes les âmes.

Une fontaine , un vert gazon ,

Ombragés par un chêne antique ,

Voilà la petite maison

Où l'amour, en habit rustique ,

Venoit passer chaque saison.

Notre jargon métaphysique

N'étoit pas encore inventé.

Le sentiment qu'on alambique

N'a guère de solidité :

Par un seul mot l'amour s'explique;

L'art du cœur est la vérité.

Mais lorsque le feste des villes

Eut changé les mœurs des bergers ,

L'amour s'éloigna des vergers :

Ne trouvant que des cœurs serviles ,

L'intérêt, la soif des grandeurs,

Formèrent les nœuds des familles.

L'honneur, ce fier tyran des filles ,

Les força de rendre leurs cœurs.

LeS perfides et les cruelles

Virent le jour au même instant :

La loi d'être toigours constant

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