‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 42 sur 96 · A M. LE COMTE DE FORCALQUIER · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE FORCALQUIER

Vous voulez donc que je reprenne Un luth que j'avoîs démonté ; Qu'après avoir brisé ma chaîne] Je perde encor ma liberté !

De la nature enfant gâté , J'écrivois autrefois sans peine

ag6 ÉPITRE IX.

Des vers pleins de facilité ;

Ma muse avec rapidité

Voloit toujours , sans perdre haleine ,

Au temple de la volupté :

Mais j'ai laissé tarir ma veine

Dans le sein de l'oisiveté.

Les vers sont enfants de l'ivresse :

Si vous rimez , soyez heureux :

Il faut , pour peindre la tendresse , N'écrire des vers amoureux Que sous les yeux de sa maîtresse.

Aimez , si vous chantez l'amour.

Pourquoi les fiaiseurs de ballades , Qui jadis inondoient la cour De madrigaux , de chansons fades , Et qui méditoient nuit et jour Leurs impromptus et leurs boutades , Pourquoi tous ces auteurs glacés Au dernier rang sont-ils placés?

C'est que leur esprit vouloit peindre Ce que leur cœur ne sentoit pas :

Le tendre amour qu'ils osoîent feindre Me voloit jamais dans leurs bras.

Pour tracer sa brillante image , Toujours tendre et souvent volage , Aimez , changez avec ce dieu ; Volez où sa voix vous appelle :

Soyez galant comme Chaulieu , Et libertin comme Chapelle :

Surtout possédez l'heureux art

Page 1