A M. LE COMTE DE FORCALQUIER
Vous voulez donc que je reprenne Un luth que j'avoîs démonté ; Qu'après avoir brisé ma chaîne] Je perde encor ma liberté !
De la nature enfant gâté , J'écrivois autrefois sans peine
ag6 ÉPITRE IX.
Des vers pleins de facilité ;
Ma muse avec rapidité
Voloit toujours , sans perdre haleine ,
Au temple de la volupté :
Mais j'ai laissé tarir ma veine
Dans le sein de l'oisiveté.
Les vers sont enfants de l'ivresse :
Si vous rimez , soyez heureux :
Il faut , pour peindre la tendresse , N'écrire des vers amoureux Que sous les yeux de sa maîtresse.
Aimez , si vous chantez l'amour.
Pourquoi les fiaiseurs de ballades , Qui jadis inondoient la cour De madrigaux , de chansons fades , Et qui méditoient nuit et jour Leurs impromptus et leurs boutades , Pourquoi tous ces auteurs glacés Au dernier rang sont-ils placés?
C'est que leur esprit vouloit peindre Ce que leur cœur ne sentoit pas :
Le tendre amour qu'ils osoîent feindre Me voloit jamais dans leurs bras.
Pour tracer sa brillante image , Toujours tendre et souvent volage , Aimez , changez avec ce dieu ; Volez où sa voix vous appelle :
Soyez galant comme Chaulieu , Et libertin comme Chapelle :
Surtout possédez l'heureux art