A M. LE C. DE FOR€ALQUIER
Le spectacle de la nature ,
Qui renaît toujours h nos yeux ,
N'offre qu'une foible peinture
Aux regards des ambitieux :
Plus sa beauté se renouvelle ,
Plus nos yeux deviennent perçants ;
Les plaisirs nous donnent des sens
Qui rendent la terre plus belle.
Que les ambitieux mortels
Etendent leur gloire fëconde ;
Qu'à des hommages éternels
Ils condamnent la terre et l'onde :
L*amitié pour nous est le monde ,
Dans son temple sont nos autels.
Tout ici n'est que rêverie ; Je le sais : mais des vains honneurs Mon ame dès long-temps guérie Choisit de plus douces erreurs ; Mes biens , mes trésors , sont les fleurs , £t mes jardins une prairie.
J'aime mieux penser avec vous , Dont l'esprit facile et si doux S'étend , s'élève , et se marie A tous les temps , à tous les goûts.
Rempli du plus charmant délire , J'aime mieux jouir des appas De votre amitié qui m'inspire , Que de cadencer sur ma lyre Ces vers coulants et délicats Qu'il est si malaisé d'écrire ,
3oo ÉPITRE IX.
Et dont on fait si peu de cas.
Cependant ma mase s'engage A remplir vos heureux loisirs.
Qui sait au printemps de son âge Soufïrir les maux avec courage A bien des droits sur les plaisirs.
J'ai peine a retrouver les traces Des muses dont j'ai fui la cour; Loin de moi s'envole l'Amour :
Mais je vois près de vous les Grâces ; Elles m'instruiront a leur tour.