SES VERS
Plus l'esprit a de liberté , Plus sa lumière est vive et pure :
Le travail a souvent gâté L'ouvrage heureux de la nature :
La négligence est la parure
Des Grâces et de la beauté.
Ce ruisseau , l'amour de Zéphire , Qui du voile des cîeux réfléchîssoît l'azur, Et de Flore autrefois embellissoit l'empire , Captif dans un bassin de marbre ou de porphyre ,
N'est plus ni si clair ni si pur.
Esclave de l'art qui l'enchaîne , Dans sa prison superbe il serpente avec peine : Libre autrefois , dans ses longues erreurs , Il embrassoit , il arrosoit la plaine , El donnoit, en fuyant, la vie à mille fleurs. Trop de culture épuise un champ fertile.
L'exactitude est inutile
Aux vers qu'enfante le loisir :
L'ouvrage a toujours l'air facile
Quand le travail est un plaisir, /irphé, laissons aux dieux l'honneur d'être admirables;
C'est assez pour nous d'être aimables.
L'art fut jadis moins inventé Pour éclairer, pour parer la beauté ,
Que pour rendre plus supportables Les traits choquants de la difformité.
N'enchaînez point votre muse charmante :
Prenez , si vous manquez dé feu ,
Le flambeau du dieu que je chante, Osez lui tout devoir, et feites-en l'aveu.
L'Amour, dont le nom épouvante ,
S'il blesse encor, blesse bien peu :
Sa chaîne n'est plus si pesante ,
Et sa victoire n'est qu un jeu.
Qu'il vous guide dans la carrière , Qu'il soit votre Apollon , qu'il soit votre censeur. Si j'étois l'Amour précepteur, Zirphé seroit mon écolière."