‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 66 sur 96 · SES VERS · texte numérisé non relu

SES VERS

Plus l'esprit a de liberté , Plus sa lumière est vive et pure :

Le travail a souvent gâté L'ouvrage heureux de la nature :

La négligence est la parure

Des Grâces et de la beauté.

Ce ruisseau , l'amour de Zéphire , Qui du voile des cîeux réfléchîssoît l'azur, Et de Flore autrefois embellissoit l'empire , Captif dans un bassin de marbre ou de porphyre ,

N'est plus ni si clair ni si pur.

Esclave de l'art qui l'enchaîne , Dans sa prison superbe il serpente avec peine : Libre autrefois , dans ses longues erreurs , Il embrassoit , il arrosoit la plaine , El donnoit, en fuyant, la vie à mille fleurs. Trop de culture épuise un champ fertile.

L'exactitude est inutile

Aux vers qu'enfante le loisir :

L'ouvrage a toujours l'air facile

Quand le travail est un plaisir, /irphé, laissons aux dieux l'honneur d'être admirables;

C'est assez pour nous d'être aimables.

L'art fut jadis moins inventé Pour éclairer, pour parer la beauté ,

Que pour rendre plus supportables Les traits choquants de la difformité.

N'enchaînez point votre muse charmante :

Prenez , si vous manquez dé feu ,

Le flambeau du dieu que je chante, Osez lui tout devoir, et feites-en l'aveu.

L'Amour, dont le nom épouvante ,

S'il blesse encor, blesse bien peu :

Sa chaîne n'est plus si pesante ,

Et sa victoire n'est qu un jeu.

Qu'il vous guide dans la carrière , Qu'il soit votre Apollon , qu'il soit votre censeur. Si j'étois l'Amour précepteur, Zirphé seroit mon écolière."

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