LE CHOIX B^ITNE PROFESSION
Us marchaient depuis quelques jours, et comme ils mar* chaient bien , ils n'étaient plus qu'à douze lieues d'Ispahan. Ils se reposaient un soir à rentrée d'une grotte, et causaient fort tranquillement ensemble, lorsqu'une question du vieux bouc fit naître une vive altercation entre la gazelle et ce grave personnage. « Avant d'arriver à Ispahan^ dit le vieux bouc , il ne serait peut-être pas absolument inutile , mon cher maître, de savoir ce que nous allons y faire? — Chercher fortune, répond fiardouc. — Chercher fortune ! rien de plus facile. Mais il me semble que ce mot est un peu vague, et qu'avant de chercher fortune , nous devons chercher à vivre. — Sans doute. -^ Or, on ne vit point sans un état. — Oui, tu as raison. Quel état prendrai-je ? -- Un état solide. » Brillant , interrompt la petite gazelle. — Oui, brillant, répète Bar^
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doue. Je veux être un homme de lettres. — Ah ! mon cher mattre ! dit le sage d'une voix lamentable, que ditesvous là? — Il a raison, interrompt la gazelle : avec un si beau génie !... — Hélas, le génie tout seul n'a jamais fait vivre son homme. — Avec une imagination si brillante!... — LMmagination ruine et n'enrichit pas. — Quoi ! tu veux qu'il renonce à la gloire ? — Fumée ! — Cette divinité lui sourit... — Pour le tromper. — Elle lui tend la
main — Une main vide. — Elle lui montre son
temple... — A Thôpital. » Ici la discussion devint plus animée. Le bouc et la gazelle, parcourant tous les états divers, et cherchant ce qui pouvait le mieux convenir à Bardouc, ne pouvaient s'entendre sur le plus ou moins de noblesse de telle ou telle profession.
Bardouc penchait un peu du côté de sa gazelle ; mais il était encore très-indécis , lorsqu'un vieillard à cheveux blancs, et enveloppé d'une longue robe plus blanche que la neige, sort tout d'un coup de la grotte. A cet aspect, le vieux bouc conseille tout bas à son maître de prendre ce vieillard pour arbitre du différend qui vient de s'élever entre eux.
Bardouc se lève, et saluant le vieillard avec respect, il lui dit : « Vous voyez , seigneur, un jeune homme que la nature a doué de quelques avantages. Je suis sans fortune, et vais à Ispahan, conduit par l'espérance de rendre mon sort plus heureux. Je suis fort embarrassé dans le choix d'un état, la sagesse et la bonté qui se montrent sur votre visage m'inspirent de la confiance. Dites-moi donc quelle est de toutes les occupations humaines celle qui est la plus noble, la plus sublime aux yeux du Prophète? Que votre bouche soit l'organe de la vérité. »
A ces mots , le vieillard sourit , prend Bardouc par la main , et le conduit dans le fond de sa grotte ; il ouvre une salle spacieuse, éclairée par un nombre infini de flambeaux attachés à la voûte et représentant des étoiles. La voûte est azurée et offre l'image du firmament. Au milieu de cette salle est un globe de forme aplatie qui tourne dans un