LES TARENTS DE CIRCONSTANCE , CONTE
« Le calife Haroun-al-Raschild , qui , comme vous le savez, était un grand promeneur, se promenait un soir dans les rues de Bagdad , avec son grand visir Giafar. Sa promenade était finie , et le calife se plaignait de n'avoir pas rencontré dans sa soirée une seule aventure.
ï» Voilà que, dans le même instant, il entend pleurer et gémir. Il s'avance du côté d'où partaient les plaintes et les sanglots , et voit , au clair de la lune, un bon jeune homme assis devant une petite boutique de cordonnier. Le calife dit à ce jeune homme : « Pourquoi pleures-tu? v Et le jeune homme lui répondit: « Que vous importe ma joie ou mes larmes , mes plaisirs ou mes peines.^ Quand vous serie^ le calife en personne , vous ne pourriez me donner ce qui me manque pour être heureux. »
» Le calife sourit, et dit: «Qu'en sais-tu.^ je suis peut-être plus puissant que tu ne crois ; je suis peut-être un envoyé ^u Prophète , qui viens pour te secourir et te consoler.
» — Ah ! si vous êtes un envoyé du Prophète, répond le jeune homme, c'est une autre affaire , et vous devez savoir ce que vous me demandez; vous devez savoir que je suis amoureux de la belle Agéli, qui est fille d'un pauvre cordonnier comme moi, et qu'on me la refuse parce qu^elle a un père , une mière, des frères , des oncles, des cousins , tandis que moi je n'ai rien de tout cela. Ils disent qu'ils ne peuvent donner leur fille à un inconnu, à un hoinine sans parents. £n effet, Seigneur, je sois venu
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au inonde je ne sais comment , je suis né je ne sais où , je suis fils de je ne sais qui. Le Prppliète a dû vous dire tout cela. Un pauvre cordonnier me trouva un beau soir à sa porte , où , sans doute , ma mère m'avait abandonné , il m'a fait élever, m^a montré son métier, et, en mourant, il m'a laissé son échoppe. Voilà six mois , sefgneur, que je cherche à découvrir quels sont les auteurs de mes jours, sans pouvoir en venir à bout ; et pourtant je dois avoir quelque part des frères, des oncles, ou pour le moins des cousins, puisque tout le monde en a. »
» La naïveté du bon Adib amuse beaucoup le calife, qui lui dit : « Des frères, des oncles? Il serait peut-être assez difficile de t^en procurer; mais pour des cousins, sois tranquille : je t'en procurerai à tous les degrés possibles. »
» Le jeune homme, bien content de cette promesse, suit le calife , qui le conduit dans son palais et le fait revêtir d'un riche costume.
» Quand tout cela est fait , le calife dit à Giafar : « Te voilà disgracié pour huit jours ; je t'exile dans une de tes belles terres, et toi, Adib , je te fais mon grand visir : tâche de remplir cette importante fonction avec intelligence et fidélité. — J*y ferai tout mon possible, répond Adib en se prosternant la face contre terre. Quand le g^uvre cordonnier, mon père adoptif, voulut m^apprendre à faire des souliers, je ne savais pas seulement enfiler une aiguille ; mais il me disait : « Courage , mon enfant ; avec un peu de bonne volonté et d'habitude, un homme apprend tous les métiers. »
» Dès le lendemain on sait à la cour la disgrâce de Giafar ; de tous côtés on l'accuse , de toutes les parties de l'empire des plaintes s'élèvent contre lui ; les courtisans , ceux à qui il avait fait un peu de mal , ceux surtout à qui il avait fait beaucoup de bien , viennent féliciter le calife de cet acte de justice.
M Le calife , en voyant la bassesse et la cupidité des hommes caloomier les vertus dont ils n'ont plus rien à