‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 103 sur 658 · LA MURÈNE CONGRE · texte numérisé non relu

LA MURÈNE CONGRE

La congre a beaucoup de rapports avec l'anguille : mais il en diffère par les proportions de ses diverses parties ; par la plus grande longueur d?s petits appendices cylindriques placés sur le museau, et que l'on a nommé barbillons; par le diamètre de ses yeux, qui sont plus gros ; parla nuance noire que présente presque toujours le bord supérieur de sa nageoire dorsale ; par la place de cette nageoire, ordinairement plus rapprochée de la tète; par la manièie dont se montre aux yeux la ligne laléralc composée d'une longue série de points blancs; par sa couleur* qui sur sa partie supérieure est blanche , ou cendrée , ou noire, suivant les plages qu'il fréquente, qui sur sa partie inférieure est blanche, et qui d'ailleurs offre fréquemment des teintes vertes sur la tête, des teintes bleues sur le dos, et des teinies jaunes sous le corps ainsi que sous la queue; par ses dimensions supérieures à celles de l'anguille, puisqu'il n'est pas très- rare de lui voir de trente à quarante décimètres de longueur , avec une circonférence de près de cinq décimètres, et que , suivant Gesner, il peut parvenir à une longueur de pris de six mètres ; et enfin par la nature de son habitation , qu'il choisit presque toujours au milieu des eaux salées. On le trouve dans toute* les grandes mers de l'ancien et du nouveau continent; il est très-répandu surtout dans l'Océan d'Europe y sur les côtes d'Angleterre et de France , dans la Méditerranée , où il a été très-recherché des anciens, et dans la Propontide , où il l'a été dans des temps moins reculés. Ses œufs sont enveloppés d'une matière graisseuse très abondante.

11 est très- vorace ; et comme il est grand et fort , il peut se procurer aisément L'aliment qui lui est nécessaire.

La recherche à laquelle le besoin et la faim le réduisent est d'ailleurs d'autant moins pénible , qu'il vit presque toujoud auprès de l'embouchure des grands fleuves, où il se tient comme en embuscade pour faire sa proie et des poissons qui descen»

1. Anguille de mer; filât, auprès des côte* méridionale» de la France;' eongereH t en B*£ gle terre* bronco, dans ntnaièm* Co«U*J «e l'Italie.

dent des rivières dans la mer, e} de cenx -|iri remontent de la mer dans' les rivières, lsé JeVte avec vitesse sur ces animaux ; it lés empêche de s'échapper, en ^entortillant autour d'eux , comme un serpent autour de sa victime? il les renferme, pour ainsi dire , dans un filet, et c'est de là que lient le nom de filât (filet) qu'on lui à donné dans plusieurs dèparterhenspiérifJionaux de France. C'est, aussi de cette manière qu'il attaque et retient dans ses contours sinueux les pôujpès ou sépies , ainsi que les crabes qu'il .rencontre dépouillés de leur lèt. Mais s'A est dangereux pour un grand nombre cPhabïtans de la mer , il est exposé a beaucoup d'ennemis : l'homme le poursuit avec ardeur dans le pays où sa Chair est estimée ; les très grands poissons le dévorent; la langouste le combat avec avantage; et lés murénophis, qui sont les murènes des anciens , le pressent avec une force supérieure. En vain , lorsqu'il se défend contre ces derniers animaux , emploiet-il la faculté qu'il a reçue de s'attacher fortement avec sa queue7 qu'il replie : en vain opposet if par la' une plus grondé résistance à la murénophis qui veut l'en traîner: ses efforts sont bientôt surmontés ; et cette partie de son corps , dont il vou droit le plusse servir pour diminuer son infériorité dans une lutte trop inégale , est d'ailleurs dévorée, souvent dés là première approche, par là murénophis. On a pris souvent dés' congres ainsi mutilés, et portant l'empreinte dès dénis acérées de leur ennemie. Au reste, On assure que la queue du congre se reproduit quelquefois ; ce qui serait une nouvelle preuve de ce que nous avons dit de la vitalité des poissons Ans notre premier Discours.

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Redi a trouvé dans plusieurs parties fr l'intérieur des congres qu'il a disséqués, et, par exemple, sur la topique externe de l'estomac , le foie , les muscles du ventre , la tunique extérieure des ovaires, et entre les deux tuniques de la vessie urinaire, deshyd arides à vessie blanche . de la grosseur d'une plume dé coq , et de la longueur de Vingt-cinq à trente centimètres *.

Sur plusieurs côte* de l'Océan européen, on prend les congres par le moyen de plusieurs lignes longues chacune de cent trente ou cent quarante mètres, chargées, à une de leurs extrémités, d'un plomb assez pesant pour n'être pas soulevé par Faction de l'eau sur la ligne, et garnie de vingt-cinq ou trente piles ou cordes, au bout de chacune desquelles sont un haim ou un appât.

Lorsqu'on veut faire sécher des congres pour les envoyer à des distances assez grandes'des rivages sur lesquels on les pèche , on les ouvre par-dessous , depuis la tète jusque vers l'extrémité de la queue ; on fait des entailles dans les chairs trop épaissts ; on lés tient ouverts par le moyen d'un bâton qui va d'une extrémité à l'autre de l'animal ; on les suspend a Pair ; et lorsqu'ils sont bien secs , oh les rassemble ordinairement par paquets dont chacun pèse dix my« riagi atomes , ou environ.

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