‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 112 sur 658 · L'awarhique · texte numérisé non relu

L'awarhique

KABRAK.

CAftACTKftES.

, Quatre os maxillaires à \ chaque mâchoire; les i dénis osseuses et très- \ dures.

f Huit dents cartilagineuses } et très-aiguës à la partie

antérieure de chaq ^ mâchoire.

baque

BSF&CK.

S L'ANAMUQUE PAMTHBB1N.

CAftACTIIIS*

,' Les lèvres doubles f la uai geoire de la queue un < peu lancéolée ; des ta- | clies rondes et brunes \ sur le corps et 1 a queue.

L'ANARHIQUE LOUP ■.

Ci poisson peut figurer avec avantage à côté du xiphias , et par sa force , et par sa grandeur. 11 panient quelquefois , au moins dans les mers très- profondes , jusqu'à la longueur de cinq mètres; et s'il n'est point armé d'uu glaive comme l'espadon et J'épée , s'il ne paroît pas se mouvoir au milieu des ondes avec autant d'agilité que ces derniers animaux , il a reçu des dents redoutables , et par leur nombre , et par leur forme, et par leur dureté; il présente même clas moyens plus puissans de destruction que le xiphias , et il nage avec assez de vitesse pour atteindre facilement sa proie. Son organisation intérieure lui donne d'ailleurs une très -grande voracité. Féroce comme les squales, terrible pour la plupart des habitons des mers, vrai loup de l'océan, il porte le ravage parmi le plus grand nombre de poissons, comme la béte sauvage dont il a reçu le nom , parmi les troupeaux sans défense ; et bien loin d'offrir ces marques d'une affection douce, cette durée dans rattachement , ces traits d'une sorte de sociabilité , que nous avons vus dans le xiphias , il montre , par l'usage constant qu'il fait de ses armes, tous les signes de la cruauté , et justifie le nom de ravisseur qui lui a été donné dans presque toutes les contrées et par divers observateurs. Son corps

l. Sta-wof/, en Angleterre.

et sa queue sont allongés et comprimés : aussi nage t-il en serpentant comme les trichiures, ou plutôt comme les murènes et le plus grand nombre de poissons de l'ordre que nous examinons ; et c'est vraisemblablement parce que les diverses ondulations de son corps et de sa queue lui permettent quelquefois, et pendant quelques momens, de ramper comme l'anguille, et de s'avancer le long des rivages , qu'il a été appelé .grimpeur par quelques naturalistes. Sa peau . est forte , épaisse , gluante , ainsi que celle de l'anguille; ce qui lui donne la facilité de s'échapper comme cette murène, lorsqu'on veut le saisir ; et les petites écailles dont ce tégument est revêtu sont attachées à cette peau visqueuse, ou cachées sous l'épidémie, de manière qu'on ne peut pas aisément les distinguer.

La tête vons est ( front un pc très-grand mais forte puissantes, de la tête de deux os lides, réu boutant m ces double haut qu'en propres à vergentes peu, pari

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positiou, à celles du loup et de plusieurs autres quadrupèdes carnassiers. On voil d'ailleurs cinq rangs de dents molaires supérieures, plus ou moins irrégu Hères , plus ou moins convexes, et trois rangs de molaires inférieures semblables. La langue est courte , lisse , et un peu arrondie à son extrémité. Les yeux sont o\ aies.

11 résulte donc de l'ensemble de toutes ces formes que présente la tète de l'anarhique loup, que, lorsque la gueule est ouverte, cette même tête a beaucoup de rapports avec celle de quelques quadrupèdes ; et particulièrement de plusieurs phoques , et voilà donc cet anarhique rapproché des mammifères carnassiers, non seulement par ses habitudes, mais encore par la nature de ses armes et par ses organes extérieurs les plus remarquables.

Au reste, comment le loup ne seroit-il pas compris parmi les dévastateurs de l'océan ? 11 montre ces dents terribles avec lesquelles une proie est si facilement saisie , retenue, déchirée ou écrasée : et de plus , ses intestins étant très-courts, ne doit-il pas avoir des sucs digestifs d'une grande activité , et qui , par l'action qu'ils exercent sur ce canal intestinal, ainsi que sur son estomac, dans les morne ns où ils ne contiennent pas une nourriture copieuse, lui font éprouver vivement le tourment de la faim , et le forcent â poursuivre avec ardeur, et souvent à immoler avec une sorte de rage , de nombreuses victimes? Quelques dents de moins, ou'plulôt quelques décimètres de • plus dans la longueur du canal intestinal ,* auroient rendu ses habitudes assez douces. Mais les animaux n'ont pas , comme l'homme, cette raison céleste, cette intelligence supérieure qui rappelle, embrasse ou prévoit tous les inslans et tous les lieux , qui combat avçc succès la puissance de la Nature par la force du génie , et, compensant le moral par le physique, et le physique par le moral , accroît ou diminue à son gré l'influence dé l'habitude, et donne à la valonté l'indépendance et l'empire.

L'anarhique loup, condamné donc, par .«a conformation et par la qualité de ses habitudes, à rechercher presque sans cesse un nouvel aliment, est non-seulement féroce, mais trés-vorace : il se jette goulûment sur ce qui peut apaiser ses appétits violens. Il dévore non - seulement des poissons, mais des crabes et des coquillages; il les avale même avec tant de précipitation , que souvent de gros fragmens de dépouilles d'animaux tertacées et des coauilles entières.

parviennent jusque dans son estomac, quoi* qu'il eût pu les concasser et les broyer avec ses nombreuses molaires. Ces coquilles entières et ces fragmens ne sont cependant pas digérés ou dissous par ses sucs d gestifs quelque actives que soient ces humeurs pendant le peu de séjour qu'ils lontoans un canal intestnial très-court , et dont le loup est pressé de les chasser, pour les remplacer par des substances nou\ elles, propres à apaiser sa faim sans cesse renaissante. D'ailleurs l'estomac de cet anarhi<rn» n'a pas la force nécessaire pour les réduire, par la trituration , en très-petites parties : mais ce poisson s'en débarrasse presque toujours avec beaucoup (le facilité, parce que l'ouverture de son anus est très-considérable et susceptib e d'une assez grande extension.

C'est dans l'océan septenti ional que se trouve le loup. On ne le voit ordinairement en Europe qu'à des latitudes un peu élevées; on l'a reconnu à Botany -Bay sur la côte orientale de la Nouvelle - Hollande : mais il se tient communément, pendant une grande partie de l'année, à des distances considérables de toute terre ei dans les profondeurs des mers; il ne se montre pas pendant l'hiver près des rivages septentrionaux de l'F.urope et de l'Amérique, et c'est a la fin du printemps que sa femelle dépose ordinairement ses œufs sur les plantes marines qui croissent auprès des côtes.

11 s'élance avec impétuosité; et, malgré celte rapidité au moins momentanée ; plusieurs naturalistes ont écrit que sa natation paroi t lente quand on la compare à celle des xiphîàs : sa force est néanmoins très grande, et ses dimensions sont favorables à des mouveinens rapides. Ne pourrait -ori pas dite que les muscles de sa tête, qui serre, déchire ou écrase avec tant de facilité, sont beaucoup plus énergiques que ceux de sa queue, tandis que, dans les xiphîas. les muscles de la queue sont plus puissans que ceux de la tête., armée sans doute d'un glaive redoutable, mais dénuée de dénis, et qui ne concasse ni ne brise? Nous devons d'autant plus le présumer, que la natation, dont les vrais principes accélérateurs sont dans la queue, n'est ordinairement soumise à aucune cause retardatrice trèsmarquée, qui ne réside dans une partie antérieure de l'animal trop pesante ou trop étendue en avant. N'avons-nous pas vu que la prolongation dé la tête des xiphias égale en 1 ngueur le tiers de l'ensemble du poisson ? et de quel pouvoir ne doivent pas être doué? îcs muscles caudaux de ces auimauit

L'ANÀRHIQUE LOUP.

pour leur imprimer , malgré la résistance de leur partie antérieure , la vitesse dont on les voit jouir ?

^e pourroit-on pas d'ailleurs ajouter que quaud bien même la nature, la forme , le volume et la position des muscles caudaux . leur donneraient à proportion la même force dans le loup et dans le xiphias, cet anarhiquc devrait s'avancer, tout égal d'ailleurs, avec moins de rapidité que ces derniers, parce que sa tête assez grosse, arrondie et relevée, doit fendre l'eau 'de la mer avec moins de facilité que le glaive mince et étroit des xiphias?

Quoi qu'il en soit de la force de la queue du loup, celle de sa tête est si considérable, et ses dents sont si puissantes, qu'on ne le pêche dans beaucoup d'endroits qu'avec des précautions particulières. Dans la mer d'Okoisk, auprès du Kamtschatka, vers le cinquante-troisième degré de latitude, on cherche à prendre le loup avec des seines ou (ilets faits de lanières de cuir, et par conséquent plus propres à résister à ses efforts. Dans ce même Kamtschatka, le célèbre \oyageur Steller a vu un individu de cette espèce que l'on vendit de pêcher, irrité de ses blessures et de sa captivité, saisir avec fureur et briser comme un verre une sorte de coutelas avec lequel on vouloit achever de le tuer, et mordre avec rage des bâtons et des morceaux de bois dont on.se servoit pour le frapper.

Au reste , on va avec d'autant plus de constance à la poursuite du loup, qu'il peut fournir une grande quantité d'aliment, et que sa chair, suivant Ascagne, est, dans certaines circonstances, aussi bonne que celle de l'anguille. Les habitans du Groenland le pèchent aussi pour sa peau, qui leur sert à faire des bourses et quelques autres ustensiles.

Le loup a été nommé crapaudine , parce qu'on a regardé comme provenant de cet animal , de petits corps fossiles, connus depuis long-temps sous le nom de bufonites ou de crapaudines. Ces bufonites ont reçu la dénomination qu'on leur a donnée dés les premiers momens où l'on s'en est occupé , à cause de l'origine qu'on leur a dès-lors attribuée. On a supposé que ces petits corps èioient des pierres sorties de la tête d'un crapaud , en latin bufo. Ils sont d'une forme plus ou moins convexes d'un côté, plane ou concave de l'autre , d'une figure quelquefois régulière et quelquefois irréguliére, et communément gris, ou bruns, ou roux, ou d'un rouge noirâtre. Par una

suite de la fausse opinion qu'on avoit adoptée sur leur nature,, on les a considéiés pendant quoique temps comme des pierres fines du second ordre ; mais lorsque l'histoire naturelle a eu fait de plus giauds progrés, on s'est bientôt aperçu que .ces pré tendues pierres fines n'éloient que des dents de poissons pétrifiées, et presque toujou.s des molaires. Les uns les ont regardé* s comme des dents d'anaihique, d'en très comme des dents du spare dorade , d'autres comme des dents de poissons osseux diflérens de la dorade et de l'anarhiquc. Ils ont tous eu raison, en ce sens qu'on doit rapporter ces fossiles à plusieurs espèces de poissons, très peu semblables l'une a l'autre ; et telle a été l'opinion de Wallérius. La plus grande partie de ces dents nous ont paru néamoins avoir appartenu à des dorades ou à des anarhiques. Au reste , il est très-aisé de séparer parmi ces fossiles les dents molaires du loup d'avec celles du spare dorade : les dernières ont une régularité et une convexité que l'on ne voit pas dans les premières. Mais pour être de quelque utilité aux géologues, et leur donner des bases certaines d'après lesquelles ils puissent lire sur les corps pétrifiés et fossiles quelques points de l'histoire des anciennes révolutions du globe , nous tâcherons de montrer, dans notre Discours sur les parties solides des poissons, les véritables caractères des dents d'un assez grand nombre d'espèces de ces animaux.

Le loup ' est d'un noir cendré par-dessus, et d'un blanc plus ou. moins pur pardessous ; ce qui lui donne un nouveau rapport extérieur avec plusieurs cétacées.

Mais peut-être ne doit-on regarder que comme une variété de cette espèce l'anarhique que l'on a désigné par le nom de strié, qui présente en effet des stries Jrrégulières, presque transversales et brunes, et qui a été péché auprès des rivages de la Grande-Bretagne.

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