‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 111 sur 658 · I. A la nageoire du dos. . . . 42rayons · texte numérisé non relu

I. A la nageoire du dos. . . . 42rayons

à chacune des pectorales. • • 17

à celle de l'anus. . . . . 18

à celle de la queue. . • . 2«

Lagipàmu H»

nemis avec un glaive pointu et tranchant de plus de deux mètres, ils mettent en fuite, ou combattent avec avantage, les jeunes et les petits cétacées, dont les tégumens sont aisément traversés par leur arme osseuse, qu'ils poussent avec violence, qu'ils précipitent avec rapidité, et dont ils accroissent la puissance de toute celle de leur masse et de leur vitesse. On a écrit que dans les mers dont les côtes sont peu- . plées d'énormes crocodiles, ils sav oient se placer avec agilité au-dessous de ces animaux cuirassés, et leur percer le ventre avec adresse à l'endroit où les écailles sont le moins épaisses et le moins fortement at tachées. On pourroit même , à la rigueur, croire, avec Pline, que lorsque leur ardeur est exaltée, que leur instinct est troublé , ou qu'ils sont le jouet de vagues furieuses qui les roulent et les lancent, ils se jettent avec tant de force contre les bords des embarcations, que leur arme se brise, et que la pointe de leur glaive pénètre dans l'épaisseur du bord , et y demeure attachée, comme on y a vu quelquefois également implantés des fragmensde l'aime dentelée du squale scie , ou de la dure défense du narval.

Malgré cette vitesse , cette vigueur, cette adresse, cette agilité, ces armes, ce pouvoir, l'espadon se contente souvent, ainsi que nous venons de le dire, d'une nourriturc . purement végétale. Il n'a pas de grandes dents incisives fii laniaires; et les rapports de l'abondance et de la nature de ses sucs digestifs avec la longueur et la forme de son canal intestinal sont tels qu'il préfçre fréquemment aux poissons qu'il pourroit saisir, des algues et d'autres plantes marines : aussi sa chair est-elle assez communément bonne à manger, et même très-agréable au goût ; aussi, lorsque la présence d'un ennemi dangereux ne le contraint pas à faire usage de sa puissance , a-t-il des habitudes assez douces. On ne le rencontre presque jamais seul : lorsqu'il voyage, c'est quelquefois avec un compagnon , et presque toujours avec une compagne ; et cette association par paires prouve d'autant plus que les espadons sontsusceptibles d'affection les uns pour les autres, qu'on ne doit pas supposer qu'ils sont réunis pour atteindre la même proie ou éviter le même ennemi , ainsi qu'on peut le croire de l'assemblage désordonné d'un trèsgrand nombre d'animaux. Un sentiment différent de la faim ou de la crainte peut seul, en produisant une sorte de choix»

LE 3UPH1ÀS ESPADON.

faire naître et conserver cet arrangement deux à deux; et de plus leur sensibilité ioil être considérée ' comme assez vive, puisque la femelle ne donne pas le jour à ies petits tout formés, que par conséquent 1 n'y a pas d'accouplement dans cette* espèce , que cette même femelle ne va déposer ses œufs vers les rivages de l'Océan que lors de la fin du printemps ou au commencement de l'été, et que cependant le mâle suit fidèlement sa compagne dans toutes les saisons de l'année.

La sa\eur agréable et la qualité trèsnourrissante de la chair de l'espadon font que dans plusieurs contrées on le pèche avec soin. Souvent la recherche qu'on fait de cet animal est d'autant plus infructueuse, qu'avec son lougsabie il déchire et met en m Ile pièces les filets par le moyen desquels on a voulu le saisjr. Mais d'autres fois, et dans certains temps de l'année, des insectes aquatiques s'attachent à sa peau audessous de ses nagcoiies pectorales, ou dans d'autres endroits d'où il ne peut les faire tomber , malgré tous ses efforts ; et quoiqu'il se frotte contre les algues, le sable ou les rochers , ils se cramponnent avec obstination , et le font souffrir si vivement, qu'agité, furieux, en délire comme le lion et les autres grands animaux terrestres sur lesquels se précipite la mouche du cléseit, il va au devant du plus grand des dangers , se jett%au milieu (les filets, s'élance : ur le rh âge , ou s'élèv e au-dessus de la surface de l'eau , et retombe jusque dans les barques des pécheurs.

LE XIPHIAS ÉPÉE.

La description de cette espèce n'a encoie été publiée par aucun naturaliste. Nous n'avons vu de ce poisson que la partie antérieure de la tète : mais comme c'est dans cette portion du corps que sont placés- les caractères distinctifs des xiphias, nous avons pu rapporter l'épée à ce genre; et comme d'ailleurs cette même partie antérieure ne nous a pas seulement présenté les formes particulières à la famille dont nous nous occupons, mais nous a montré de plus des traits remarquables et tres-différens de ceux de l'espadon , nous avons dû séparer de ce: le dernière espèce l'animal auquel avoit appartenu cette portion, et nous avons donné le nom &*épée a ce xiphias encore inconnu.

Voici les grandes différences qui distin-

guent l'épée de l'espadon, et qui suffiraient seules pour empêcher de les réunir, quand bien même le, corps et la queue de I épée seroient entièrement semblables a la queue et au corps de l'espadon.

Bans ee dernier animal, la prolongation est plate : elle est convexe dans l'épée.

L'arme de l'espadon est aiguë* sur ses bords comme un sabre à deux tranchans : ■celle de l'épée est trés-arrondie le long de ses côtés , et par conséquent n'est point propre à tailler ou couper.

La lame de l'espadon est très-mince : la défense de l'épée est presque aussi épaisse, ou, ce qui est ici la même chose, presque aussi haute que large.

On voit trois sillons longitudinaux sur la face supérieure du sabre de l'espadon , et un sillon également longitudinal sur la face inférieuie de ce même sabre : on n'aperçoit de sillon sur aucune des surfaces de la prolongation osseuse de l'épée.

Une extension de l'o>s frontal , pointue et triangulaire , s'avance au milieu des os maxillaires supérieurs de l'espadon , jusqu'au-delà de sa mâchoire inférieure; une extension analogue n'est presque pas sensible dans l'épée.

Une seconde extension pointue et trian- 'gulaire, appartenant aux osintermaxillaues, se prolonge dans l'espadon sur la face inférieure de l'arme, mais ne vapasjusqu'audessus du bout de la mâchoiie inférieure : dans l'épée, elle dépasse de beaucoup cette dernière extrémité.

La peau qui couvre la lame de l'espadon est légèrement chagrinée : celle qui revêt la défense de l'épée présente des grains bien plus gros; et sous les os maxillaires, à l'endroit qui répond à la mâchoire inférieure, les tubercules de celte peau se changent, pour ainsi dire, en petites dents recourbées vers le gosier.

Voilà donc sept différences qui ne permettent pas de rapportera la même espèce l'espadon et l'épée. 11 peut d'ailleurs résulter de cette diversité dans la forme des armes, une variété assez grande dans les habitudes , une espèce ayant reçu un glaive qui tranche et coupe, et l'autre espèce une épée qui perce et déchire.

Au reste, la portion de la tête d'un xiphias épée, qui nous a montré la conformation que nous venons d'exposer , fait partie de la. collection du Muséum d'histoire naturelle.

»»WV\V» <**»%»» wwww» w» w» w*v»*ww\<

Page 1