‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 123 sur 658 · QUARANTE-QUATRIÈME GENRE · texte numérisé non relu

QUARANTE-QUATRIÈME GENRE

LES URANOSCOPES.

La tète déprimée, et plus grosse qu- le corps; les yeux sur la partie supérieure de la tête, et très-r approchés ; la mac h oire inférieure beaucoup plus avancée que la supérieure : l'ensemble formé par e corps et la queue, presque conique, et revêtu d'écaillés très-faciles à distinguer • chuque opercule branchial composé d'une seule pièce, et garni d'une membrane ciliée.

\. L'tRANOSCOPE RAT.

CAUCTÈûBS.

| Le dos dénué d'éVaiUeS r épineuses.

ESPÈCE

CABACTKâES.

2 . L'uh ANOSOOPE j Le dos garni d'écaillés e'piholttuyn. i neuses.

L'URANOSCOPE BAT-,

Les noms de callionyme et de trachine donnés à cet animal annoncent les ressemblances qu'il présente avec les vrais callionymes, et avec le genre dont nous nous occuperons après avoir, décrit celui des uranoscopes. Nous n'avons pas besoin d'indiquer ces similitudes; on les remarquera aisément. D'un autre côté , cette dénomination d' nranoscope (qui regarde le ciel) désigne le caractère frappant que montre le dessus de la tête du rat et des autres poissons du même genre. Leurs yeux sont , en effet, non-seulement trés-rapproebés l'un

I. Tetpecon , raspecon , sur les côtes de plusieurs département méridionaux de France ; mesoro, pesce prête, rasceusa bianca , bocca in capoj dans quelques contrées de l'Italie.

de l'autre , et placés sur la partie supérieure de la tète , mais tournés de manière que , lorsque l'animal est en repos, ses prunelles ' sont dirigées vers la surface des eaux ou le sommet des cieux.

La tête trés-aplalie , et beaucoup plus grosse que le corps , est d'ailleurs revêtue d'une substance osseuse et dure, qui forme comme une sorte de casque garni d'un trèsgrand nombre de petits tubercules , s'étend jusqu'aux opercules qui sont aussi très-durs et verruqueux, présente, à peu prés audessus de la nuque , deux ou plus de deux piquans renfermés quelquefois dans une peau membraneuse, et se termine sous la gorge par trois ou cinq autres piquans. Chaque opercule est aussi armé de pointes tournées vers la queue et engagées en partie dans une sorte de gaine très-molle.

L'ouverture de la bouche est située à

L'URANOSCOPE RAT.

l'extrémité de la partie supérieure de la tète , et ranimai ne peut la fermer qu'en .portant vers le haut le bout de sa mâchoire inférieure, qui est beaucoup plus longue que la mâchoire supérieure. La langue est épaisse, forte, courte, large, et hérissée de très-petites dents. De l'intérieur de la bouche et près du bout antérieur de la mâchoire inférieure , part une membrane , laquelle se rétrécit, s'arrondit et sort de la bouche en filament mobile et assez long.

Le tronc et la queue représentent ensemble une espèce de cône recouvert de petites écailles, et sur chaque côté duquel s'étend une ligne latérale qui commence aux environs de la nuque , s'approche des nageoires pectorales l, va directement en* suite jusqu'à la nageoire de la queue, et indique une série de pores destinés à laisser échapper cette humeur onctueuse si nécessaire aux poissons, et dont nous avons déjà eu tant d'occasions de parler.

Il y a deux nageoires sur le dos ; celles de la poitrine sont très-grandes, ainsi que la caudale. Des teintes jaunâtres distinguent ces nageoires pectorales; celle de l'anus est d'un noir éclatant : l'animal est d'ailleurs brun par-dessus, gris sur les côtés , et blanc par-dessous.

Le canal intestinal de l'uranoscope rat n'est pas très-long, puisqu'il n'est replié qu'une fois; mais la membrane qui forme les parois de son estomac est assez forte , et l'on compte auprès du pylore , depuis huit jusqu'à douze appendices ou petits caecums propres à prolonger le séjour des alimens dans l'intérieur du poisson , et par conséquent à faciliter la digestion.

Le rat habite particulièrement dans la Méditerranée. Il y vit le plus souvent au-

Îtrès des rivages vaseux ; il s'y cache sous es algues ; il s'y enfonce dans la fange ; et par une habitude semblable à celles que nous avons déjà observées dans plusieurs raies, dans la lophie baudroie, et dans quelques autres poissons, il se tient en embuscade dans le limon, ne laissant paroi tre qu'une petite partie de sa tête , mais étendant le filament mobile qui est attaché au bout de sa mâchoire inférieure , et attirant,

I. A la membrane des branchies. 5 rayons, à la première nageoire dorsale. 4 à la seconde . . . . . . 14

à chacune des pectorales. . . I7 a chacune des jugulaires. . • 6 a la nageoire de l'anus. . . .13

à celle de la queue, qui est rectiligne. ...,.,. lî

Lacfoinc. H.

par la ressemblance de cette sorte de barbillon avec un ver, de petits poissons qu'il dévore. C'est Rondelet qui a fait connoltre le premier cette manière dont l'uranoscope rat parvient à se saisir facilement de sa proie. Ce poisson ne peut se servir de ce moyen de pécher qu'en demeurant pendant très-long-temps immobile , et paroissant plongé dans un sommeil profond. Voilà pourquoi, apparemment, on a écrit qu'il dormoit plutôt pendant le jour que pendant la nuit, quoique, dans son organisation, rien n'indique une sensibilité aux rayons lumineux moins vive que celle des autres poissons, desquels on n'a pas dit que le temps de leur sommeil fût le plus souvent celui pendant lequel le soleil éclaire l'horizon '.

Il parvient jusqu'à la longueur de trois décimètres : sa chair est blanche , mais quelquefois dure, et de mauvaise odeur ; elle indique, par ces deux mauvaises qualités, les petits mollusques et les vers marins dont le rat aime à se nourrir, et les fonds vaseux qu'il préfère. Dés le temps des anciens naturalistes grecs et latins, on savoit que la vésicule du fiel de cet uranoscope est très-grande, et l'on croyoit que la liqueur qu'elle contient étoit très-propre à guérir les plaies et quelques maladies des yeux.

L'URANOSCOPE HOUT- TUYN.

Le nom que nous donnons à cet uranoscope est un témoignage de la reconnois* sance que les naturalistes doivent au savant Houttuyn , qui en a publié le premier la description.

On trouve ce poisson dans la mer qui baigne les fies du Japon. Il est , par ses couleurs , plus agréable à voir que l'uranoscope rat ; en effet , il est jaune dans sa partie supérieure, et blanc dans l'inférieure. Les nageoires jugulaires sont assez courtes2; des écailles épineuses sont rangées longitudinalement sur le dos de l'houttuyn.

1. Voyes, dans le Discours sur la nature des poissons , ce qui concerne le sommeil de ces animaux.

a. A la première nageoire dorsale. 4 rayons*

à chacune des jugulaires. . . B à celle de la queue. . . .S

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