LA TRACH1NE OS1ECK
CABACTtBES.
[Les deux mâchoires également avancées.
LA TRACHINE VIVE •
GftT animal a été nommé dragon marin (tés le temps d" Aristote. Et comment n'au- *»it-ilpas, en effet, réveillé l'idée du dragon F Ses couleurs sont souvent brillantes et agréables à la vue ; il les anime par la vivacité de ses meuvemens ; il a de plus reçu Je pouvoir terrible de causer des blessures cruelles , par des armes , pour ainsi dire , Inévitables. Une beauté peu commune et une puissance dangereuse n'ont-eHet pas toujours été les attributs distinctifs des enchanteresses créées par l'antique mythologie, ainsi que des fées auxquelles une poésie plus moderne a voulu donner le jour? Ne doivent-elles pas, lorsqu'elles se trouvent réunies, rappeler le sinistre pouvoir de ces êtres extraordinaires , retracer l'image de leurs ministres , présenter surtout à l'imagination, amie du merveilleux, ce composé fantastique , mais imposant , de formes , de ' couleurs, d'armes , de qualités effrayantes et douées cependant d'un attrait invincible, qui servant, sous le noni de dragon , les complots ténébreux des magiciennes de
«. Pkmr, sur pfasieurj «Aies française» de 1 Océan} ntaignê , sur les ri vises de plusieurs départemens méridionaux de France; saccarailla blanc, auprès de Bayonne ; tragina, en Sicile; pisce ragno, dans plusieurs contrées de V\ia\'\e\fiirsingt en Danemarck zjjarsing, par les Danois et les Suédois; schwert Jisch , vietermah , dans plusieurs pays du nord de l'Europe ; weéver, par les Anglais ; ^oxeuva par les Grées modernes ; araneole g bordereau, et bois de roc, pendant la jeunesse de l'animal , *i snrguelqucs côtes méridionales de France*
tous les âges , an char desquelles ou l'a attaché , ne répand l'épouvante qu'avec l'admiration , séduit avant de donner la m rt , éblouit avant de consumer, enchante avant de détruire ?
Et afin que cette même imagination fol plus facilement entraînée au-delà de l'intervalle qui sépare le dragon de la Fable, de la vive de la Nature, n'a-t-on pas attribué à ce poisson un venm redoutable ? Né s'est-on pas plu à faire remarquer les brillantes couleurs de ses yeux , dans lesquels on a voulu voir resplendir, comme dans ceux du dragon poétique, tous les feux des pierres les plus précieuses?
Il en est cependant du dragon marm comme du dragon terrestre *. Son nom fameux se lie à d'immortels souvenirs : mais à peine Pa-t-on aperçu , que toute idée de grandeur s'évanouit; il ne lui reste plus que quelques rapports vagues avec la brillante chimère dont on lui a appliqué la .fastueuse dénomination ; et du volume gigantesque qu'on étoit porté à lui attribuer, il se trouve tout d'un coup réduit à de trôspetites dimensions. Ce dragon des mers, Ou , pour mieux dire , et pour évher toute cause d'erreur, la trachme vive ne parvient , en effet , très-souvent qu'à la longueur de trois ou quatre décimètres.
Sa tête est comprimée cl garnie dans plusieurs endroits de petites aspérités. Les yeux , rapprochés l'un de l'autre , ont la couleur et la vivacité de l'émerand* avec l'iris jaune tacheté de noir. L'ouverture de
i. Voyez l'.arljcle.rfu dragon dans notre His* toire naturelle des çuadritpèçUs ovipares
LA TRACHINE VIVE
1a bouche est assez grande , la langue pointue ; et la mâchoire inférieure, qui est plus avancée que la supérieure , est année , -aitiai que cette dernière , de dents trés-aiguês. Chaque opercule recouvre une large. ouverture branchiale, et se termine par une longue pointe tournée vers la queue. Le dos présente deux nageoires : les rayons de la première ne sont qu'au nombre de cinq ; mai» ils sont non articulés , tréspointus et très-forts. La peau qui revêt l'animal est couverte d'écaillés arrondies, petites et faiblement attachées : mais elle est si dure, qu'on peut écorcher une trachine vive presque aussi facilement qu'une murène anguille. Il en est de même de l'uraooscope rat ; et c'est une nouvelle ressemblance entre la vive et cet uranoscope.
Le dos du poisson est d'un jaune brun ; ses côtés et sa partie inférieure sont argentés et variés dans leurs nuances parles raies transversales ou obliques , brunâtres , et ' fréquemment dorées ; la première nageoire dorsale est presque toujours noire \
On trouve dans son intérieur et auprès du pylore, au moins huit appendices ou petits eœcums.
La vive habite non-seulement dans là Méditerranée , mais encore dans l'Océan.
Elle se tient presque toujours dans le sable , ne laissant paroître qu'une partie de sa tète ; et elle a tant de facilité à creuser sea petit asile dans le limon, que, lorsqu'on la prend et qu'on la laisse échapper , elle disparoît en un clin d'oeil, et s'enfonce dans h vase. Lorsque la vive est ainsi retirée dam le sable numide, elle n'en conserve pas moins la faculté de frapper autour d'elle avec force et promptitude par le moyen de sesaiguillons et particulièrement de ceux qui composent sa première nageoire dorsale. Aussi doit-on se garder de marcher nu-pieds sur le sable ou le limon au-dessous duquel on peut supposer des vives : leurs piquans font des blessures trèsdouloureuses* Mais malgré le danger de beaucoup souffrir, auquel on s'expose lorsqu'on veut prendre ces trachines, leur chair est d'un goût si délicat, que l'on va trés-»fréquemment a la pêche de ces pois-