‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 147 sur 658 · LE GADE MERLAN · texte numérisé non relu

LE GADE MERLAN

dans ces mêmes endroits ; et la grande consommation qu'on en a faite Ta mis si souvent sous les yeux, et l'a fait examiner si fréquemment, qu'il a frappé l'imagination des personnes même les moins instruites, et que ses attributs, principalement sa couleur, sont devenus des sujets de proverbes vulgaires. Les nuances qu'il présente sont en effet très brillantes : presque tout son Corps resplendit de la blancheur de l'argent ; et l'éclat de cette couleur est relevé, au lieu d'être affoibli, par l'olivâtre qui régne quelquefois sur le dos, par la teinte noirâtre qui distingue les nageoires pectorales , ainsi que celle de la queue , et par une tache noire que l'on voit sur quelques individus, à l'origine de ces mêmes pectorales.

Tout le monde sait d'ailleurs que le corps du merlan est allongé , et revêtu d'é cailles petites, minces et arrondies; que ses nageoires dorsales sont au nombre de trois ; qu'il n'a pas de barbillons ; que sa mâchoire supérieure est plus avancée que l'inférieure. Il nous suffira d'ajouter, relativement à ses formes extérieures, que cette même mâchoire d'en haut est armée de plusieurs rangs de dents, dont les antérieures sont les plus longues ; qu'on n'en voit qu'une rangée à la mâchoire d'en bas, qui d'ailleurs montre de chaque côté neuf ou dix points ou très-petits enfoncemens ; que Ton aperçoit sur le palais deux os triangulaires, et auprès du gosier quatre os arrondis ou allongés, lesquels sont tous les six hérissés de petites dents ou aspénu tés ; et enfin que la ligne latérale est presque droite *.

Si nous jetons maintenant un coup d'oeil sur l'intérieur du merlan, nous verrons que ce poisson a cinquante-quatre vertèbres. Nous en avons compté cent seize dans l'anguille; mais aussi, quelque allongé que soit le merlan , il présente une forme bien éloignée de celle que montre le corps très-délié des murènes.

Le cœur a la figure d'un quadrilatère ,

t. A la membrane des branchies 7 rayons.

à la première dorsale. . . 46

à la seconde 18

à la troisième 19

k chacune des pectorales. . 20

à chacune des jugulaires. . 6

à la première de l'anus. . . 30 & la seconde. ... .20

è celle ât la queue. . , * . 31

avec des angles très-obtus. L'oreillette est grande, ainsi que l'aorte.

L'estomac est allongé, assez large, un peu recourbé vers le pylore, autour duquel un très -grand nombre d'appendices intestinaux, ou de petits cœcums, forment une sorte de couronne. Le canal intestinal proprement dit est presque de la longueur de l'animal; il se réfléchit vers le diaphragme, va de nouveau vers la queue, se recourbe du côté de l'œsophage , et tend ensuite directement vers l'anus, où il parvient trés-élargi.

Le foie , dont la couleur est blanchâtre, se divise en deux lobes principaux : le droit est court et étroit ; le second très-long et répandu dans une très-grande partie de, l'abdomen.

La vésicule du fiel communique par un canal avec le foie, et par un canal plus grand , avec le tube intestinal auprès des appendices.

Un viscère triangulaire et analogue à la rate est situé au-dessous de l'estomac.

Les reins, d'une couleur sanguinolente , et étendus le long de l'épine du dos, se déchargent dans une vessie urinaire double, voisine de l'anus, el que l'on a souvent trouvée remplie d'une eau claire.

La vessie natatoire est visqueuse , longue, simple, attachée à l'épine du dos. Le canal pneumatique , par lequel elle communique à l'extérieur, part de la partie la plus antérieure de cette vessie , et aboutit à l'œsophage.

Enfin on voit dans les femelles deux ovaires très-longs, et remplis, lors de la saison convenable, d'un très-grand nombre de petits œufs ordinairement jaunâtres.

Le merlan habite dans l'Océan qui baigne les côtes européennes. 11 se nourrit de vers, de mollusques, de crabes, de jeunes poissons. Il s'approche souvent des rivages, et voilà pourquoi on le prend pendant presque toute l'année : mais il abandonne particulièrement la haute mer, non-seulement lorsqu'il va se débarrasser du poids de ses œufs ou les féconder ; mais encore lorsqu'il est attiré vers la terre par une nourriture plus agréable et plus abondante, et lorsqu'il y cherche un asile - contre les gros animaux marins qui en font leur proie ; et comme ces diverses circonstances dépendent des saisons, il n'est pas surprenant que, suivant les pays, le temps de le pêcher avec succès soit plus ou moins avancé. On a préféré pour cet objet, sur certaines côtes de France, les mois de nivôse et de

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pluviôse ; et sur planeurs de celles d' Angleterre ou de Hollande, on a choisi les mois de l'été.

On le trouve très-gras lorsque les harengs ont déposé leurs œufs, et qu'il a pu en dévorer une grande quantité '. Mais, excepté dans le temps où il fraie lui-même, sa chair écailleuse est agréable au goût : elle n'a pas de qualité malfaisante ; et comme elle est molle, tendre et légère, on la digère avec facilité, et elle est un des alimens que Ton peut donner avec le moins d'inconvénient à Ceux qui éprouvent un grand besoin de manger, sans avoir cependant des sucs digestifs trés-puissans.

Daris quelques endroits de l'Angleterre et des environs d'Ostende , de Bruges et de Gand, on a fait sécher et saler des merlans après les avoir vidés ; et on les a rendus , par cette préparation , au moins suivant le témoignage de plusieurs observateurs, un mets très-délicat.

On a écrit qu'il y avoit des merlans hermaphrodites, On en a vu , en effet , dont l'intérieur préséntoit en même temps un ovaire rempli d'œufs , et un coips assez semblable , au premier coup d'oeil , à la laite des poissons mâles : mais cet aspect n'est qu'une fausse apparence ; l'on s'est assuré que celte prétendue laite n'étoit que le foie , qui est très-gros dans tous les merlans, et particulièrement dans ceux qui sont très-gras.

On prend quelquefois des merlans avec des filets, et notamment avec celui que l'on a nommé drége , et dont nous avons fait connoître la forme dans l'article de la trachine vive. Le plus souvent néanmoins on pêche le gade dont nous parlons avec une vingtaine de lignes, dont chacune, garnie de deux cents hameçons, est longue de plus de cent métrés, et qu'on laisse au fond de l'eau environ pendant trois heures.

Au reste , non seulement la qualité de la chair du merlan varie suivant les saisons et les parages qu'il fréquente, mais encore ses caractères extérieurs sont assez «fafférens, selon les eaux qu'il habite, pour qu'on ait compté dans cette espèce plusieurs variétés remarquables et constantes. Nous pouvons en donner un exemple , en rapportant une observation très- intéressantequi nous a été transmise au sujet des merlans que l'on trouve sur les côtes du dépar-

i . Lettre de M. Noël, àe Rouen , à M. Lacépède , du 11 btunaire an 7.

tentent de la Seine-Inférieure, par an naturaliste habile et très-zélé, M. Noël, de Rouen , que j'ai déjà eu occasion de citer dans cet ouvrage.

Cet ichtyologiste m'a écrit qu'on apercevoit une assez grande différence entre les merlans que l'on prend sur les fonds ^ oisiits d'Yport et des Dalles, prés de Fécanip, et ceux que l'on pêche depuis la pointe de d'AilIy jusqu'au Tréport et au-delà. Les merlans d'Yport et des Dalles sont plis couits; leui ventre est plus large, leur tête plus grosse , leur museau moins aigu; la ligne que décrit leur dos, légèremeat Courbée en dedans, au lieu d'être droite; la couleur des parties voisines du museau et de la nageoire de la queue, plus brunâtre ; la chair plus ferme, plus agréable et plus recherchée*.

MK Noël pense , avec raison , qu'on doit attribuer cette diversité dans les qualités de la chair, ainsi que dans les nuances et les formes extérieures, à la nature des fonds au-dessus desquels les merlans habitent, et par conséquent à celle des alimens qu'ils trouvent à leur portée. Auprès d'Yport et de Fécamp , les fonds sont presque tous de roche, tandis que ceux des eaux de d'Ailly, de Dieppe et du Tréport sont presque tous de vase ou de gravier. En général, M. Noël pense que le merlan est plus petit et plus délicat sur les bas-fonds très-voisins des rivages, que sur les bancs que l'on trouve à de grandes distances des côtes.»

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