‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 162 sur 658 · A la première nageoire dorsale · texte numérisé non relu

A la première nageoire dorsale

dn blennie belette. . . . S rayons*

a la seconde A3

Le tridactyle a été considéré jusqu'à présent comme un gode; il a surtout beaucoup de ressemblance avec le gade mustelle et le cimbre. 11 a, de même que ces derniers animaux, la première nageoire dorsale cachée presque en entier dans nue sorte de sillon longitudinal , et composée de rayons qui tous , excepté un , sont extrêmement courts et difficiles à distinguer les uns des autres. Mais chacune de ses nageoire jugulaires n'est soutenue que par trois rayons, et cela seul auroit dû nous engager à le rapporter aux blennies plutôt qu'aux gades. Les nageoires jugulaires ou thoracines, ayant été comparées, aussi bien que les abdominales, aux pieds de derrière des quadrupèdes , les rayons de ces organes de mouvement ont été assimilés à des doigts ; et c'est ce qui a déterminé à donner au blennie que nous examinons le nom spécifique de tridactyle, où à trois doigts. D'ailleurs, dans cet osseux, les trois rayons de chaque nageoire jugulaire ne sont pas réunis par une membrane à leur extrémité, et cette séparation vers un de leurs bouts les fait paroître encore plus analogues aux doigts des quadrupèdes.

La tête du tridactyle est un peu aplatie. Ses mâchoires sont garnies de dents recourbées : celle d'en bas présente un long barbillon au-dessous de son extrémité antérieure.

On voit au-dessus de chaque nageoire pectorale une rangée longitudinale de tubercules, qui sont, en quelque sorte, le commencement de la ligne latérale. Cette dernière ligne se fléchit très-prés de son origine, forme un angle obtus, descend obliquement, et se coude de nouveau pour tendre directement vers la nageoire de la queue J.

La couleur de la partie supérieure de l'animal est d'un brun foncé ; les plis des lèvres, et les bords de la membrane branchiale , sont d'un blanc très-éclatant.

a chacune des pectorales . . 17 rayons, à chacune des jugulaires . .2 à celle de la queue . . . , . 13 1. 5 rayons à la membrane des branchies du blennie tridactyle.

1 rajon très - allongé et plusieurs autr*» rayons très - courts à la première nageoire dorsale.

45 rayons à la seconde.

44 rayons a chacune des pectorales.

3 rayons a chacune des jugulaires.

20 rayons a celle de l'anus.

16 a celle de la qneue.

LE BLENNIE

Ce blennie habite dans les mers qui entourent la Grande-Bretagne ; le savant auteur de la Zoologie britannique l'a fait connoître aux naturalistes.

LE BLENNIE PHOLIS'.

Les blennies dont il nous reste à traiter forment le quatrième sous-genre de la famille que nous considérons : ils n'ont ni barbillons ni appendices sur la tête , et leur dos ne présente qu'une seule nageoire.

Le premie» de ces poissons dont nous allons parler est le pholis. Cet osseux a l'ouverture de la bouche grande, les lèvres épaisses, la mâchoire supérieure plus avancée que l'inférieure, et garnie, ainsi que cette dernière, de dents aiguës, fortes et serrées. Les ouvertures des narines sont

E lacées au bout d'un petit tube frangé. La irgue est lisse , le palais rude , l'œil grand, l'iris rougeàtre, la ligne latérale courbe, et l'anus plus proche de la gorge que de la nageoire caudale *.

La couleur du pholis est olivâtre , avec de petites taches, dont les unes unes sont blanches , et les autres d'une teinte foncée. Ce blennie vit dans l'Océan et dans la Méditerranée. 11 s'y tient auprès des rivages, souvent vers les embouchures des fleuves; il s'y plaît au milieu des algues ; il y nage avec agilité ; il dérobe aisément à ses ennemis son corps enduit d'une humeur ou bave très-abondante et très-visqueuse , qui lui a fait donner un de ses noms; et quoiqu'il n'ait que deux décimètres de longueur, il se débat avec courage contre ceux qui l'attaquent , les mord avec obstination , et défend de toutes ses forces une vie qu'il ne perd d'ailleurs que difficilement.

Il n'aime pas seulement à, se cacher audessous des plantes marines , mais encore dans la vase ; il s*y enfonce comme dans un asile, ou s'y place comme dans une embuscade. Il se retire aussi très-souvent dans des trous de rocher, y pénétre fort

i . Baveuse , sur plusieurs côtes méridionales de France; galeetto, auprès de Livoume ; mulgramn>, bulcard, auprès des rivages de Cornouailles on Angleterre.

a. A la membrane des branchies 7 rayons, à la nageoire du dos ... . 28 à chacune des pectorales . . \!\ ' à chacune des jugulaires . . 2

à cette de l'anus 49

à celle de la qupr.e . . . , 40

GAPOIDE.

avant, et de là vient le "nom de pereepierre qu'on a donné à presque tous les blennies, mais qu'on lui a particulièrement appliqué. Il se nourrit de très-jeunes poissons, de très-petits crabes, ou d'œuft de leurs espèces ; il recherche aussi les animaux h coquille , et principalement les bivalves , sur lesquels la faim et sa grande hardiesse le portent quelquefois à se jeter sans précaution à l'instant où il voit leurs battans entr'ouverts : mais il peut devenir la victime de sa témérité, être saisi entre les deux battans refermés avec force sur lui ; et c'est ainsi que fut pris comme dans un piège un petit poisson que nous croyons devoir rapporter à l'espèce du blennie pholis , qui fut trouvé dans une huître au moment où l'on en écarta les deux valves, qui devoit y être renfermé depuis longtemps , puisque l'huître avoit été apportée à un très-grand nombre de myriamètres de la mer, et que découvrit ainsi , il y a plus de vingt ans , dans une sorte d'habitation trcs-exti aordinaire , mon compatriote et mon ancien ami M. Saint- Amans, professeur d'histoire naturelle dans l'école centrale du département de Lot-et-Garonne , connu depuis long-temps du public •par plusieurs ouvrages très-intéressans 4, afnsi que par d'utiles et courageux voyages dans les Hautes-Pyrénées,

LE BLENNIE BOSQUIEN*.

M. Bosc , l'un de nos plus savans et plus zélés naturalistes , qui vient de passer plusieurs années dans les Etats-Unis d'Amérique , où il a exercé les fonctions de consul de la République française , a découvert dans la Caroline ce blennie , auquel j'ai cru devoir donner une dénomination spécifique qui rappelât le nom de cet habile naturaliste. M. Bosc a bien voulu me communiquer la description et le dessin qu'il avoit faits de ce blennie : l'une m'a servi à faire cet article, j'ai fait graver l'autre avec soin ; et je m'empresse d'autant , plus de témoigner ici ma reconnoissance à mon ancien confrère pour cette bienveillante communication , que , peu de temps avant son retour en Europe, il m'a fait remettre tous les dessins et toutes les des-

i. Voyez le Journal de physique, du mois d'octobre 1778.

2. Blennius morsitans , capite cristâ nullâ , corpore alepidoto , viridi fusco , alboque variegato , pinnâ anali radiis apice recurvis. Habitat kk Gorôlnna. (Note communiquée pur L. Bosc. )

.ciiptioDS dont il s'éloit occupé dans l' Amérique septentrionale relativement aux quadrupèdes, ovipares , aux serpens et aux î poissons, en în'invitantà les publier dans ] l'Histoire naturelle dont cet article fait par- J lie. J'aurai une grande satisfaction à placer dans mon ouvrage les résultats des observations d'un naturaliste aussi éclairé et aussi exact que M. liosc.

Le blennie qu'il a décrit ressemble beaucoup au pholis dont nous venons de parler ; mais il en différé par plusieurs traits de sa conformation, et notamment par la proportion de ses mâchoires, dont l'inférieure est la plus longue , pendant que la supérieure du pholis est la plus avancée. D'ailleurs l'anus du pholis est plus prés de la ■gorge que de la nageoire caudale , et celui du bosquien est à une distance à peu prés égale de ces deux portions du corps de l'animal.

La tête du bosquien est, en quelque sorte , triangulaire ; le front blanchâtre et un peu aplati; l'œil petit; l'iris jaune; chaque mâchoire garnie de dents menues, très-nombreuses et trés-recourbées ; la membrane branchiale étendue et peu cachée par l'opercule ; le corps comprimé , dénué en apparence d'écaillés, gluant, d'une couleur verte foncée , variée de blanc , et relevée par des bandes brunes cependant peu marquées.

Les nageoires sont d'une teinte obscure, et tachetées de brun. Les onze premiers rayons de celle du dos sont plus courts et plus émoussés que les autres. Ceux qui soutiennent la nageoire de l'anus se recourbent en arrière à Jeur extrémité : cette nageoire de l'anus et la dorsale touchent celle de la queue, qui est arrondie.

Le bosquien a près d'un décimètre de longueur totale ; sa hauteur est de vingtsept millimètres, et sa largeur est de neuf.

Cette espèce , suivant M. Bosc, est trèscommune dans la baie de Charlestown.

Lorsqu'on veut la saisir, elle se défend en mordant son ennemi, comme la murène anguille , ave'c laquelle elle a beaucoup de ressemblance ; et c'est cette. manère de chercher à sauver sa vie , que M. Bosc à indiquée par le nom distinctif de morsitatts qu'il lui a donné dans sa description latine, et que j'ai dû, malgré sa modestie , changer en une dénomination dictée par l'estime pour l'observateur de ce blennie '.

i. A la nageoire du dos. . . . 30 rayons, k chaenne clés pecjevale». . • 42

LE BLENNIE BOSQUIEN. 199

LE BLENNIE OVOVIVIPARE.

De tous les poissons dont les petits écbsent dans le ventre de la femelle , viennent tout formés à la lumière , et ont fait donner à leur mère le nom de vivipare, le blennie que nous allons décrire est l'espèce dans laquelle ce phénomène remarquable a pu être observé avec plus de soin et connu avec plus d'exactitude. Voilà pourquoi on lui a donné le nom distiuctif de vivipare , que nous n'avons pas cru cependant devoir lui conserver sans modification , de peur d'induire plusieurs de nos lecteurs en erreur, et que nous avons remplacé par celui d'ovovivipare , afin d'indiquer que s'il n'éclôt pas hors du ventre de la mère, s'il en sort tout formé , et déjà doué de presque tous ses attributs, il vient néanmoins d'un œuf, comme tous les poissons, et n'est pas véritablement vivipare, dans le sens où l'on emploie ce mot lorsqu'on parle de l'homme, des quadrupèdes à mamelles, et dçs cétacées *. Toilà pourquoi aussi nous allons entrer dans quelques détails relativement à la manière de venir au jour du blennie dont nous écrivons l'histoire, nonseulement pour bien exposer tout ce qui peut concerner cet animal curieux, mais encore pour jeter un nouveau jour sur les différens modes de reproduction de la classe entière des poissons.

Mais auparavant montrons les traits disti ne tifs et les formes principales de ce blennie2.

L'ouverture de sa bouche est petite, ainsi que sa tête ; les mâchoires , dont la supérieure est plusavancée que l'inférieure, sont garnies de petites dents, et couvertes par des; lèvres épaisses ; la langue est courte et lisse comme le palais; deux os petits et rudes sont placés auprès du gosier; les orifices des narines paroissent

à chacune des jugulaires. . . 2 rayons.

a ccHe de l'anus 4 S

h celle de la qneue .... 42

1. On peut consulter , à ce sujet , ce que nous avons écrit dans le Discours sur la nature (tes serpens , et dans le Discours sur la nature des poissons.

2. 7 rayons k la membrane de» branchies. 20 rayons à chacune des nageoires pectoral

2 rayons k chacune des jugulaire*.

4.1\% rayons à celles du dos, de la queue et de l'anus , considérées comme ne formant <j»'une seule nageoire.

LE BLENNIE OVOVIVIPARE,

chacun an bout d'un petit tube non frangé; le ventre est court ; l'ouverture de l'anus très-grande ; la ligne latérale, la nageoire de l'anus composée de plus de soixante rayons, et réunie à celle de la queue; et souvent cette dernière se confond aussi avec celle du dos.

Les écailles qui revêtent l'ovovivipare sont très-petites , ovales, blanches ou jaur nâtres , et bordées de noir ; du jaune régne sur la gorge et sur la nageoire de Fanus ; la nageoire dn dos est jaunâtre, avec dix ou douze taches noires.

La chair de ce blennie est peu agréable au goût : aussi est-il très-peu recherché par les pêcheurs, quoiqu'il parvienne jusqu'à la longueur de cinq décimètres. Il • est en effet extrêmement imprégné de matières viqueuses; son corps est glissant comme celui des murènes ; et ces substances oléagineuses dont il est pénétré à l'intérieur ainsi qu'à l'extérieur sont si abondantes, qu'il montre, beaucoup plus qu'un grand nombre d'autres osseux, cette qualité phosphorique que l'on a remarquée dans les différentes portions des poissons morts et déjà altérés '. Ses arêtes luisent dans l'obscurité, tant qu'elles ne sont pas entièrement desséchées; et par une suite de cette même liqueur huileuse et phosphorescente, .lorsqu'on fait cuire son squelette , il devient verdàtre.

L'ovovivipare se nourrit particulièrement de jeunes crabes. Il habite dans l'Océan atlantique septentrional , et principalement auprès des côtes européennes.

Vers l'équinoxe du printemps, les œufs commencent à se développer dans les ovaires de la femelle : on peut les voir alors ramassés en pelotons, mais encore extrêmement petits, et d'une couleur blanchâtre. A la fin de floréal , ou au commencement de prairial, ils ont acquis un accroissement sensible , et présentent une couleur rouge. Lorsqu'il sont parvenus à la grosseur d'un grain de moutarde, ils s'amollissent, s'étendent , s'allongent ; et déjà l'on peut remarquer à leur bout supérieur deux points noirâtres qui indiquent la tête du fœtus , et sont les rudimens de ses yeux. Cette partie de l'embryon se dégage la première de la membrane ramollie qui compose l'œuf; bientôt le ventre sort aussi de l'enveloppe, revêtu d'une autre membrane blanche et assez transparente pour qu'on puisse apercevoir les intestins au travers de ce tégument ; enfin la queue , sembla-

ble à un fil délié et tortueux, n'est plus contenue dans l'œuf, dont le petit poisson se trouve dès-lors entièrement débarrassé.

Cependant l'ovaire s'étend pour se prêter au développement des fœtus ; il est , à l'époque que nous retraçons , rempli d'une liqueur épaisse , blanchâtre , un peu sanguinolente , insipide , et dont la substance présente des fibres nombreuses disposées autour des fœtus comme un léger duvet , et propres aies empêcher de se froisser mutuellement.

On a prétendu qu'indépendamment de ces fibres , on pouvoit reconnoître dans l'ovaire des filamens particuliers, qui , semblables à des cordons ombilicaux, partoient des tuniques de cet organe , s'étendoient jusqu'aux fœtus, et entroient dans leur corps pour y porter vraisemblablement , a-t-on dit , la nourriture nécessaire. On n'entend pas comment des embryons qui ont vécu pendant un ou deux mois entièrement renfermés dans un œuf, et sans aucune communication immédiate avec le corps de leur mère , sont soumis tout d'un coup , lprs de la seconde période de leur accroissement, à .une manière passive d'être nonrris, et à un mode de circulation du sang , qui n'ont encore été observés que dans les animaux à mamelles. Mais d'ailleurs les observations sur lesquelles on a voulu établir l'existence de ces conduits comparés à des cordons ombilicaux , n'ont pas été convenablement confirmées. Au reste , il suffiroit que les fœtus dont nous parlons eussent été , pendant les premiers mois de leur vie , contenus dans un véritable œuf, et libres de toute attache immédiate au corps de la femelle , pour que la grande différence que nous avons indiquée entre les véritables vivipares et ceux qui ne le sont pas *, subsistât toujours entre ces mêmes vivipares ou animaux à mamelles , et ceux des poissons qui paroissent le moins ovipares, et pour que la dénomination d'ovovivipare ne cessât pas de convenir au blennie que nous décrivons.

Et cependant ce qui achève de prouver que ces filamens prétendus nourriciers ont une destination bien différente de celle qu'on leur a attribuée, c'est qu'à mesure que les fœtus grossissent, la liqueur qui les environne s'épuise peu à peu, et , d'épaisse et de presque coagulée qu'elle étoit , devient limpide et du moins très-peu visqueuse, ses parties les plus grossières ayant

l. Discours iw la nature des poisson*, ^ i . Discours sur la nature de» poissons.

LE BLENME OVOVIVIPARE,

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