MAQUEREAU
manière à former avec ces filets une tessuvf de près de mille brasses (deux mille cinq cents mètres) de longueur, Les temps orageux sont très-souvent ceux pendant lesquels on prend avec le plus de facilité les scombres maquereaux , qui , agités par la tempête, s'approchent beaucoup de la surface de la mer, et se jettent dans les filets tendus à une très-petite profondeur; mais lorsque le ciel est serein et que l*Qçéan est calme, il faut les chercher entre deux eaux, el la pêche en estbeaucoup moins heureuse.
C'est parmi les rochers que les femelles aiment à déposer leurs œufs; et comme chacun de ces individus en renferme plusieurs centaines de mille , il n'est pas surprenant que les maquereaux forment des légions très- nombreuses. Lorsqu'on en prend une trop grande quantité pour la consommation des pays voisins du lieu de la pêche , on prépare ceux que l'on veut conserver long- temps et envoyer à dç grandes distances, en les vidant, en les mettant dans du sel , et en les entassant ensuite, comme des harengs, dans des barils.
La chair des maquereaux étant grasse et fondante, les anciens l'exprimoient , pour ainsi dire , de manière à former unç sorte de substance liquide ou de préparation particulière , à laquelle on donnoit le nom de garum. Pline dit combien ce g arum étoit recherché non-seulement comme un assaisonnement agréable de plusieurs mets, mais encore comme un remède efficace poutre plusieurs maladies. On obtenoit du garum, dans le temps de Bellon et dans plusieurs endroits voisins des côtes de la Méditerranée, en se servant des intestins des maquereaux j et on en faisoit une grande consommation à Constantinople ainsi qu'à Rome , où ceu* qui en vendoient étoient nommés piscigarôles.
C'est par une suite de cette nature de leur chair grasse et huileuse que les maquereaux sont comptés parmi les poissons qui jouissent le plus de la faculté de répandre de la lumière dans les ténèbres1. Ils luisent dans l'obscurité , lors même qu'ils sont tirés de l'eau depuis très-peu de temps ; et on lit dans les Transactions philosophi- , ques de Londres (année 1666, page 416), qu'un cuisinier , en remuant de l'eau dans laquelle il avoit fait cuire quelques-uns de ces scombres, vit que ces poissons rayonnoient vivement, et que l'eau devenoittrès-
1. Voyez la parti» du Discours prdlinanaif £J£- * lative à la phosphorescence des poissons.
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liiwiiwriitf ■ On aperoevok une lueur phospfrorique partout où on laissoit tomber des gouttes de cette eau, après l'a>oir agitée. Des en fans s'amusèrent a transporter de ces gouttes qui resseinbloient à autaut de petits disques lumineux. On observa encore le lendemain que, lorsqu'on iinprimoit à l'eau un mouvement circulaire rapide, elle jetoit une lumière comparable à la clarté de la jjine ; Cette lumière égaloit l'éclat de la flamme, loi'sque la vitesse du mouvement de l'eau é loi l trés-accélérée ; et des jets lumilieu* trè&brillans sortoient alors du gosier et do plusieurs autres parties des maquereaux.
Mais, avant de terminer cet article, mon- Irons avec précision les formes du poisson dont nous venons d'indiquer les principales habitudes.
En général , le maquereau a la tête allongée, l'ouverture de la bouebe asses grande ; la langue lisse, pointue, et un peu libre dans ses mouvemens ; le palais garni dans son contour de dents petites, aiguës, et semblables à celles dont les deux mâchoires sont hérissées; la mâchoire inférieure un peu plus longue que Ja supérieure; la nuque large; l'ouverture des branchies étendue , un opercule compose de trois pièces ; le tronc comprimé ; la ligne latérale voisine du dos , dont elle suit la courbure ; l'anus plus rapproché de la tête que de la queue ; les nageoires petites, et celle de la queue fourchue.
Telles sont les formes principales du scombre dont nous écrivons l'histoire : ses couleurs ne sont pas tout-à-fait aussi constantes1.
Le plus fréquemment, lorsqu'on voit ce poisson nager eutre deux eaux, et présen-r ter au travers de la couche fluide qui le vernit, pour ainsi dire , toutes les nuances qu'il peut devoir à la rapidité de ses mouvemens et à la prompte et entière circulation des liquides qu'il recèle, il paroi t d'une couleur de soufre , ou plutôt ou le croiroit plus ou moins doré sur le dos : mais lorsqu'il est hors de l'eau, sa parlio supérieure n'offre qu'une couleur uoirûlrc ondulée de bleu; de grandes taches transversales, et d'une nuance bleuâtre sujette ix varier, s'étendent de chaque côté du corps et de la