‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 215 sur 658 · SUR LA NATURE DES POISSONS · texte numérisé non relu

SUR LA NATURE DES POISSONS

C'est on beau spectacle que celai de l'intelligence humaine, disposant des forces de la Nature, les divisant, les réunissant, les combinant , les dirigeant à son gré , et , par l'usage habile que l'expérience et l'observation lui en ont appris, modifiant les substances, transformant les êtres, et rivalisant , pour ainsi dire , avec la puissance Créatrice.

L'amour-propre, l'intérêt, le sentiment et la raison applaudissent surtout a ce noble spectacle , lorsqu'il nous montre le génie de l'homme exerçant son empire , nonseulement sur la matière brute qui ne lui résiste que par sa masse , ou ne lui oppose que ce pouvoir des affinités qu'il lui suffit ue connoître pour le maîtriser, mais encore sur la matière organisée et vive , sur les corps animés, sur les êtres sensibles, sur les propriétés des espèces , sur ces attributs intérieurs, ces facultés secrètes, ces qualités profondes qu'il domine, sans même parvenir à dévoiler leur essence.

De quelques êtres organisés et vivans que l'on veuille dessiner l'image , on voit presque toujours sur quelques-uns de leurs traits l'empreinte de fart de l'homme.

Sans doute l'histoire de son industrie n'est pas celle de la Nature : mais comment ne pas en écrire quelques pages, lorsque le récit de ses procédés nous montre jusqu'à quel point la Nature peut être contrainte à agir sur elle-même, et que cette puissance admirable de l'homme s'applique à des objets d'une haute importance pour le bonheur public et pour la félicité privée?

Parmi ces objets si dignes de l'attention de l'économe privé et de l'économe public, comptons, avec tes sages de l'antiquité, on,

pour mieux dire, avec ceux de tous les siècles qui ont le plus réuni l'amour de l'humanité à la connoissance des productions de la Nature , la possession des poissons les plus analogues aux besoins de l'homme.

Deux grands moyens peuvent procurer ces poissons que l'on a toujours recherchés, mais auxquels , dans certains siècles et dans certaines contrées, on a attaché un si grand prix*

Le premier de ces moyens, résultat remarquable du perfectionnement de la navigation, multipliant chaque jour le nombre des marins audacieux, et accroissant les progrès de l'admirable industrie sans laquelle il n'auroit pas existé, obtiendra toujours les plus grands encouragemens des chefs des nations éclairées : il consiste dans-ces grandes pêches auxquelles des hommes entreprenans et expérimentés vont se livrer sur des mers lointaines et orageuses.

Mais l'usage de ce moyen , limité par les vents, les courans et les Trimas, et troublé fréquemment par les innombrables accidensde l'atmosphère et des mers, exige sans cesse une association constante , prévoyante et puissante , une réunion difficile dttnstrumens variés, une sorte •d'alliance entre un grand nombre d'hommes que l'on ne peut rencontrer que très-rarement et rapprocher qu'avec peine. 11 ne donne à nos ateliers qu'une partie des produits que l'on pourrait retirer des animaux poursuivis dans ces pèches éloignées et fameuses, et ne procure pour la nourriture de l'homme que des préparations peu substantielles, peu agréables , ou peu salubres.

Le second moyen convient à tous les temps, a tous les lieux r à tous le* lion*

à&4 * " EFFETS

mes. Il ne demande que peu de précautions, que peu d'efforts, que peurd'instans, que peu de dépenses. 11 ne cominaride aucune absence du séjour que l'on affectionne, aucune interruption de ses habitudes, aucune suspension de te* araires-; il te contre avec rapparjêh|c^ û\&i amasémeift va-^ rié , d'une distraction agréable , d'un jeu plutôt que d'un travail ; et cette apparence n'est pas trompeuse. U doit plaire à tous les âge* ; il 'ml £eut être 6tran* ger à aucune condition. Il se compose des soins par lesquels on parvient aisément à transporter dans les eaux que l'on veut rendre Fertiles les poissons que nos goûts où' nos besoins réclament, à les y acclimater, à les y conserver, à les y multiplier, à les y améliorer.

Noua M'altérons des grandes pêches dons un- discours particulier.

Occupons-nous dans celui-ci de cet en-, semble de soins qui: nous rappelle ceux que. les Xénophon, les Oppien, les \ auou, les( Q#H}e., les. Columêlle, les Àusone, se plaisoieat à proposer aux doux peuples le», p|ua illustres de l'antiquité, que la sagesse 4e lçwrs. préceptes , le charme de leur "éloquence , la beauté de leur poésie et l'autorifcé, (Je. leur renommée inspiroient avec tant de, facilité; aux Cirées et aux Romains, et quj qtqjcut en três-grand honneur chez ce* vainqueurs de l'Asie, et de l'Europe, que la gloire avoit couronnés de tant de lauriers.

Ir*homme. d'état doit les encourager, ; comme une seconde agriculture : l'homme, cjes.çhamps doit les adopter, comme nue*, nouvelle source de richesses et de plaisirs.

En rendant en effet les eaux phis productives que la lene , en répandant les^emenc.es d'une abondante et utile récolte, dans tous les lacs, dans les rivières , dans les ruisseaux, dans tous les endroits que la plus foible source arrose , ou qui conser-, vent sur leur surface le produit des rosées, et des pluies, ces soins que nous allons tacher d'in4iquer n'augmenteroient-ils pas.

beaucoup cette surface fertile et nourricière du globe, de laquelle nous tirons nos véritables trésors? et l'accroissement que nous devrons à ces procédés simples et peu nombreux ne sera-t-il.pas d'autant plus considéraWe , que* ces eaux dans lesquelles on portera, entre tiendra et multipliera le , mouvement e t la, vie > offriront une profondfiÇï^tarfjWig^and^jquçla couche sèchç.

fécondée par la charrue, et à laquelle

nous confions les graines des végétaux préeieujçf

~Êt âhaë ces momens de loisir, lorsque l'ami de la Nature et des champs portera ses espérances, ses souvenirs, ses douces rêverie*, sa, mélancolie mérne-, sur les riv|bs de| lacs , des ruisseaux Ou des fontaines , et que , mollement étendu sur une herbe fleurie , à l'ombre d'arbres élevés et touffus, il goûtera cette sorte d'extase, eeite quiétude touchante , cette volupté du repos, cet abandon de toute idée trop forte, cette absence de toute affection trop vive , dont le charme est si grand pour une ame ISeTïsible , n'éprouvera-t-il pas une jouissance d'autant plus douce qu'il aura sous ses yeux , au lieu d'une onde stérile , déserte, inanimée ., des eaux vivifiées, pour iunsi dire, et embellies par la légèreté de» formes, la vivacité des couleurs, la variété des jeux , la rapidité des évolutions ?

Voyons donc comment on peut transporter, acclimater, multiplier, perfectionner les poissons ; ou , ce qui est la même chose,, montrons comment l'art modifie leur nar turc.

Tâchons d'éclairer la route élevée du physiologiste par les lumières de l'expérience, et de diriger l'expérience par les v.uesdu physiologiste.

Disons d'abord comment on transporte les poissons d'une eau dans une autre.

De toutes les saisons, la plus .favorable au transport de ces animaux est, l'hiver, a. moinç.que la, froid ne soit trés-rigourcsux, Le printemps et l'automne le sont beaucoup moins que la saison des frimas ; mais il faut toujours les préférer à l'été. ,La chaleur auroit bientôt fait périr des , individus accoutumésà une température assez douce; e£ d'ailleurs ils ne résisteroient pas à l'influence funeste des. orages qui régnent si fréquemment pendant l'été.

C'est en effet un beau sujet d'observation PQuj? le physicien, que l'action de l'éleetricité de l'atmosphère sur les habitans, d(}a eaux ; action à laquelle ils sont soumis non seulement lorsqu'on les force à changer de séjour, mais encore lorsqu'ils vivent indépeudans dans de larges fleuves, ou dans des lacs immenses, dont la profondeur ne peut . les dérober à la puissance de ce feu, électrique.

Il ne faut exposer au danger du transport que des poissons assez forts pour résister à. la fatigue, a la contrainte, ei.aux autres^* inconvéniens de leur voyage. A PPJ$hj£~*' animaux scroïênt eûcoS*elfob*iM*4**"4'*

DE L'ART DE L'HOMME SCJIl LES POISSONS.

le ph» convenable pour le* Caire, passer d'une eau dans une autre, est celui de trois ou quatre ans.

Ou ue remplira pas entièrement d'eau les tonneaux dans lesquels on les renfermera. Sans cette précaution, les poissons, montant avec rapidité vers la surface de l'eau, blesseroient leur tète contre la partie supérieure du vaisseau dans lequel ils seront placés. Ces tonneaux devront d'ailleurs présenter un asseï grand espace.

Blocb, qui a écrit dqs obse nations trésutilcs sur l'art d'élever les animaux dont nous noua occupons, demande qu'un tonneau destiné à transporter des poisson» du poids de cinquante kilogrammes (cent litres, on à peu près) contienne trois cent vingt litres Ott pintes d'eau.

11 est même nécessaire que vers la fin du printemps, ou au commencement de l'automne, c'est-à-dire, lorsque la chaleur est vive au moins pendant plusieurs heures du joui', celte quantité d'eau soit plus grande, et souvent double; et, quelle que soit la température de l'air, il faut qu'il y ait toujours une communication libre entre l'atmosphère et l'intérieur du tonneau, soit pour procurer aux poissons, suivant l'opinion de quelques physiciens, l'air qui peut leur être nécessaire , soit pour laisser échapper les miasmes malfaisans et les gaz funestes qui , ainsi que nous l'avons déjà dit dans cette histoire , se forment en abondance dans tous les endroits où les habitans des eaux sont réunis en très-grand nombre, même lorsque la chaleur n'est pas trésfbrte, et leur donnent la mort souvent dans un espace de temps extrêmement court.

Mais comme ces soupiraux si nécessaires aux poissons que l'on fait voyager pourvoient, s'ils étoient faits sans attention, laisser à l'eau des mouvemens trop libres et trop vialens qui la feroicnt jaillir, pousseroient les poissons les uns contre les autres, les froissoroient et les blesseroient mai tellement, il scia bon de suivre, à cet égard, les conseils de bioch, qui recommande de prévenir la trop grande agitation de i'eau par une couronne de paille ou de petites planches minces introduites dans le tsnneau ou en adaptant à l'orifice qu'on laisse ouvert un tuyau un peu long, terminé eu pointe , et percé vers le haut de plusieurs trous qui établissent une communication suffisante entre l'air extérieur et l'intérieur du vaisseau.

Tontes lea. fois que la distance le per-

mettra, on emploiera aussi de# feÇfe* de

somme tranquilles, ou. même des porterai attentifs, plutôt que. des voitures expoti&f à des cahots rudes et à des secousses bru* qnes et fréquentes.

On prendra encore d'aulne» précaniion* suivant les circonstances dans lesquelles oïse trouvera , et les espèces dont on. voudra porter des individus vivans à. un assez, g^and éJoigaeineut de leur premier séjour.

Si l'on veut, par exemple, conserver en vie , malgré un long trajet , des truites , des loches, ou d'autres poissons qui périssent facilement, et qui se plaisent au milieu d'une eau courante, on ehange souvent celle du tonneau dans lequel on les retienne, et On ne cesse de communiquera celle dans laquelle on les tient plongés un mouvement doux , mais sensible,, qui subsiste lors même que la voiture qui les porte s'arrête, et qui, bien inférieur à une agitation dangereuse, représente les courons naturels des rivières ou des ruisseaux.

Pour peu que l'on craigne les effets dû la chaleur, on voyagera la nuit; et l'on évitera avec le plus grand soin , en maniant les poissons, de les -presser» de les froisser, de les heurter.

On ne les laissera hors de l'eau que pendant le temps le plus court possible , surtout lorsqu'un soleil sans nuages pourront, en desséchant promptement leurs organes et particulièrement leurs branchies, les faire périr très-proniptement. Cependant, lorque le temps sera froid,, on pourra transporter des anguilles, des carpes, des. brèmes et d'autres poissons qui vivent assez long-temps hors de J'«w , sans employer ni tonneau ni voiture, en les enveloppant dans de la neige et dans des feuilles grandes, épaisses et fraîches, telles que celles du chou ou de la laitue. Un moyen presque semblable a réussi sur des brèmes que Ton a portées vivantes à plus de dix myriamètrpy (vingt lieues). On les avoit entourées c- . neige , et on avoit mis dans leur bouche un morceau de pain trempé dans de l'eaude-vie.

' C'est avee des précautions analogues que dés le seizième siècle on a répandu, clans* plusieurs contrées de l'Europe, des espèces} précieuses de poissons, dont on y étoitt privé. C'est en les employant, qu'il paraît que Masehal a introduit la carpe en Angleterre en 1514, que Pierre Oxe l'a donnée au Danemarck en 45S0; qu'à une époque plus rapprochée on a naturalisé lUttipenséfe strelet en Suède, ama qn'en Poméranic,

EFFET

et qu'on a peuplé de cyprin» dorés de la (Mie le» eaux non seulement de France, mais encore d'Angleterre, de Hollande et d'Allemagne.

Hais il est un procédé par le moyen duquel on parvient à son but arec bien plus

•de sûreté, de facilité et d'économie , quoique beaucoup plus lentement.

Il consiste à transporter le poisson , non

-pas développé et parvenu à une taille plus ou moins grande, mais encore dans Fêtât d'embryon et renfermé dans son œuf. Pour < réussir plus aisément , on prend les herbes ou les pienes sur lesquelles les femelles ont déposé leurs œufs, et les mâles leur laite, et on les porte dans un vase plein d'eau , jusqu'au lac , à l'étang, à la rivière , ou au bassin que l'on désire de peupler. On apprend facilement à distinguer les œufs fécondés, d'avec ceux qui n'ont pas été arrosés de la liqueur prolifique du mâle, et que l'on doit rejeter : les premiers paroissent toujours plus jaunes, plus clairs, plus diaphanes. On remarque cette différence dés le premier jour de leur fécondation , si l'on se sert d'une loupe ; et dès le troisième ou le quatrième jour on n'a plus besoin de cet instrument pour voir que ceux qui n'ont pas été fécondés par le mâle deviennent à chaque instant plus troubles, plus opaques, plus ternes : ils perdent tout leur éclat, s'altèrent, se décomposent; et dans cet état de demi-putréfaction , ils ont été comparés à de petits grains de grêle qui commencent à se fondre.

Pour pouvoir employer ce transport des œufs fécondés d'une eau dans une autre, il faudra s'attacher à connottre dans chaque pays le véritable temps de la ponte de chaque espèce ,~ et du passage des mâles au-

. dessus des œufs : et comme dans presque toutes les espèces de poissons on compte trois ou quatre époques du frai , les jeunes individus pondant leurs œufs plus tard que les femelles plus avancées en âge , et celles-ci plus tard que d'autres femelles plus âgées encore ; que ces époques sont ordinairement séparées par un intervalle de neuf ou dix jours , et que d'ailleurs il s'écoule toujours au moins près de neuf jours entre l'instant de la fécondation et celui où i fœtus brise sa coque et vient à la lu-

; miôre , on pourra chaque année , pendant un mois ou environ , chercher avec succès des œufs fécondés de l'espèce qu'on voudra introduire dans une eau qui ne l'aura pas encore nourrie.

Si le trajet est long, on change souvent

l'eau du vase dans lequel les œufs sont transportés. Cette précaution a paru nécessaire même dans les premiers jours de la ponte , où l'embryon contenu dans l'œuf ne peut être supposé respirer en aucune manière , puisque , dans ces premiers jours , non seulement le petit animal est renfermé dans ses enveloppes et dans la membrane qui entoure l'œuf, mais encore montre au microscope le cours de son sang, dirigé de manière à circuler sans passer par des branchies qui ne sont ni développées ni visibles. Elle ne sert donc dans ce premier temps ou'à préserver les œufs et les embryons de l'action dès gai ou miasmes qui se preduiroient dans une eau que l'on ne renouvel* leroit pas , et qui , pénétrant au travers de la membrane de l'œuf, agiroient d'une manière funeste sur les nerfs ou sur d'antres organes encore extrêmement délicats des jeunes poissons. La nécessité de ce changement d'eau est donc une nouvelle preuve de ce que nous avons dit dans ce Discours , et dans celui que nous avons publié sur la nature des poissons, au sujet du besoin que l'on a , pour conserver ces animaux en vie , d'entretenir une communication très-libre entre l'atmosphère et le fluide dans lequel ils sont plongés.

On favorise le développement de l'œuf et la sortie du fœtus en les plaçant après le transport dans un endroit éclairé par le soleil. On les hâte même par cette attention; et Bloch nous apprend, dans l'Introduction que nous avons déjà citée, qu'ayant fait quatre paquets d'herbes chargées d'œufs de la même espèce , ayant exposé le premier au soleil du midi , le second au soleil levant , le troisième au couchant , et ayant fait mettre le quatrième à l'abri du soleil , les œufs du premier paquet furent ouverts par le fœtus deux jours avant ceux du quatrième , et les œufs du second et du troisième un jour plus tôt que ceux du quatrième paquet, que la chaleur du soleil n'avoit pas pénétrés.

Cependant les eaux dans lesquelles vivent les poissons peuvent être salées ou douces, troubles ou limpides^, chaudes ou froides, tranquilles ou agitées par des cou rans plus ou moins rapides. Elles doivent toujours présenter ces qualités combinées quatre à quatre , la même eau devant être nécessairement courante ou tranquille, froide ou chaude, claire ou limoneuse, douce ou salée. Mais ces huit modifications réunies quatre à quatre peuvent produire sci/C combinaisons î l'eau qui nourrit les

DE L'ART DE L'HOMME SUR LES POISSONS

poissons peut donc offrir seize manières d'être très-différentes l'une de l'autre , et très-faciles à distinguer. Nous en trouverions un nombre immense si nous voulions faire attention à toutes les nuances que chacune de ces modifications peut montrer, et à toutes les combinaisons qui peuvent résulter du mélange de tous ces degrés. Néanmoins ne tenons compte que des se'ue caractères bien distincts qui peuvent appartenir à l'eau; et voyons l'influence de la nature des différentes eaux sur la conservation des poissons que l'on veut acclimater. *

Il est évident que, si l'on jette les yeux aa hasard sur une des seize combinaisons que nous venons d'indiquer, on ne la verra pas séparée des quinze autres par un égal nombre de différences.

Que Ton dépose donc les poissons que l'on viendra de transporter, dans les eaux les plus analogues à celles dans lesquelles ils auront vécu : et lorsqu'on sera embarrassé pour trouver de ces eaux adaptées aux individus que l'on voudra conserver, que l'on préfère de les placer dans des lacs, où ils jouiront à leur volonté des eaux courantes qui s'y jettent ou en sortent , et des eaux paisibles qui y séjournent; où ils rencontreront des touffes de végétaux aquatiques et des rochers nus, des fonds de sable et des terrains vaseux ; où ils jouiront d'une température douce en s'enfonçant dans les endroits les plus profonds, et où ils pourront se réchauffer aux rayons du soleil, en s'élevant vers la surface.

Que l'on choisisse néanmoins les lacs dont les rives sont unies , plutôt que ceux dont les rivages sont très-hauts ; et si l'on est obligé de se servir de ces lacs àr bords trés-exhaussés , et où par conséquent les œufs déposés sur des fonds trop éloignés de l'atmosphère ne peuvent pas recevoir l'heureuse influence de la lumière et de la chaleur, qu'on supplée aux côtes basses et aux pentes douces, en faisant construire dans ces lacs et auprès de leurs bords des espèces de parcs ou de viviers en bois , qui présenteront des plans inclinés très-voisins de la surface de l'eau , et que l'on garnira , lans la saison convenable , de branches et Je rameaux sur lesquels les femelles puissent frotter leur ventre et se débarrasser de leurs œufs.

Aura-ton à sa disposition des eaux thermales assez abondantes pour remplir de fastes réservoirs, et y couler constamment IiActriDi» II,

en si grand volume , que dans toutes les saisons la chaleur y soit trés-sensible ; on en profitera pour acclimater des espèces étrangères , utiles par la bonté de leur chair, ou agréables aux yeux par la vivacité de leurs couleurs , la beauté de leurs formes et l'agilité de leurs mouvemens , et qui n'auront vécu jusqu'à ce moment que dans les contrées renfermées dans la zone torride ou très-voisines des tropiques.

Lorsque les poissons ne sont pas délicats , ils peuvent néanmoins supporter très-facilement le passage d'une eau à une eau trèsdifférente de la première. On l'a remarqué particulièrement sur l'anguille, et M. de Septfontaines, observateur trés-éclairé, que nous avons eu le plaisir de citer très-souvent dans nos ouvrages , nous a écrit , dans le temps , qu'il avoit fait transporter des anguilles d'une eau bourbeuse dans le vivier le plus limpide , d'une eau froide dans une eau tempérée, d'une eau tempérée dans une eau froide, d'un vivier très-limpide dans une eau limoneuse , etc. ; qu'il avoit fait supporter ces transmigrations à plus de trois cents individus ; qu'il les v avoit soumis dans différentes saisons ; qu'il n'en étoit pas mort la vingtième partie , et que ceux qui avoient péri n'avoient succombé qu'à la fatigue et à la gêne que leur avoit fait éprouver un séjour très-long dans des vaisseaux très-étroits.

On pourroit croire , au premier coup d'œil, qu'une des habitudes les plus difficiles à donner aux poissons seroit celle de vivre dans IVau douce après avoir vécu dans l'eau salée , ou celle de n'être entourés que d'eau salée après avoir été continuellement plongés dans de l'eau douce.

Cependant on ne conservera pas longtemps cette opinion , si l'on considère qu'à la vérité l'eau salée , comme plus pesante % soutient davantage le poisson qui nage , et dès-lors lui donne , tout égal d'ailleurs , plus d'agilité et de vitesse dans ses mouvemens; mais que lorsqu'elle se décompose dans les branchies pour entretenir par son oxygène la circulation du sang , ou seulement dans le canal intestinal pour servir par son hydrogène à la nourriture de l'animal , le sel dont elle est imprégnée n'altère ni l'un ni l'autre produit de cette décomposition. L'oxygène et l'hydrogène retirés de l'eau salée , ou obtenus par Io moyen de l'eau douce, offrent les mômes propriétés, produisent les mémos effels. Si le poisson est plus gêné dans ses mouvemens au milieu d'un lac d'eau douce que

EFFETS

d*ns le afin de l'Qcéan , il tire de l'eau de (a mer et de celle du lac la même nourriture; et il peut, au milieu de l'eau douce, l'être privé que de cette sorte de modification qu'impriment la substance saline et peut-être une matière particulière bitumineuse on de toute autre nature , contenues dans l'eau de l'océan , et qui , l'environnant sans cesse lorsqu'il vit dans la mer, peuvent traverser ses tégumens , pénétrer sa masse , et s'identifier avec ses organes.

De plus , un très-grand nombre de poissons ne passent-ils pas la moitié de l'année dans les rives? et ces sent -Us pas nisation que bandonnent pu la mer ?

îs eaux, au entent presntrée qu'on imaux s'acment qu'on !3 très-diffé- Nature les même lorsdc indépenans des contes que leur issi grande , itatioQ aussi adaptée à leur organisation , une nourriture aussi abondante. Wous en avons un exemple

levai. Lors de

méridionale , ipéçe , amenés m continent, appérent dans nés du rivage rqués : ils s^y postérité sont ombreuses de nt répandus à es de la mer, e équinoxiale, îxtrémité auspent de vastes 1 de leurs at* irés qu'altérés

- ^ vivre, y sont

exposés à un froid assez rigoureux pour qu'ils soient souvent obligés de chercher leur nourriture sous la neige qu'ils écartent av,ec leurs pieds ; et néanmoins on ne peut guère disconvenir que le cheval ne soit originaire du climat brûlant de l'Arabie. ! Il n'y a qu« le» animaux nés dans les en-

virons des cercles polaires, qui ont dès leurs premières années supporté le poids des hivers les plus rigoureux , et dont la nature, modifiée par les frimas, non seulement dans eux , mais encore dans plusieurs des générations qui les ont précédés, est devenue, pour ainsi dire, analogue à.' tous les effets d'un froid extrême, qui nepa-7 roissent pas pouvoir résister à une température très-différente de celle à laquelle ils ont toujours été exposés. Il semble crue la raréfaction produite dans les solides et dans les liquides par une grande élévation dans la température, est pour les animaux uu changement bien plus dangereux que l'accroissement de ton , d'irritabilité et de force , que les solides peuvent recevoir de l'augmentation cju froid ; et voilà pourquoi on n'a pas encore pu parvenir à faire vivre pendant long-temps dans le climat tempéré de la France les rennes qu'on y avoit amenés des contrées boréales de l'Europe. On doit donc, tout égal d'ailleurs, essayer de transporter les poissons du midi dans les lacs ou les rivières du nord, plutôt que ceux des contrées septentrionales dans les eaux du midi. Lprs même que les rivières ou les lacs, dans lesquels on aura transporté les poissons méridionaux, seront situés de manière à avoir leur surface glacée pendant une partie plus ou moins longue de l'année, ces animaux pourront y vivre. lisse tiendront dans le fond de leurs habitations pendant que l'hiver régnera ; et si, dans cette retraite profonde, ils manquent d'une communication snffisamc avec 1 air de l'atmosphère , ou si la gelée , pénétrant trop avant , lçur lait sufor sop influence, descend jusqu'à eux et les saisit, ils tomberont dans cette torpeur p]us ou moins prolongée , qui conservera leur existence en en ralentissant les principaux ressorts *. Combien d'individus et 'même combien d'espèces cet engourdissement remarquable ne préserve -t -il pas de la destruction en concentrant la vie dans l'intérieur de l'animal, en l'éloignant de la surface où elle seroit trop fortement attaquée. en la renfermant, pour ainsi dire, dan* une enveloppe qui ne conserve de la vitalité que ce qu'il faut pour ne pas éprouver de grandes décompositions, et en la réduisant, en quelque sorte, à une circulation si lente et si limitée , qu'elle peut être indépendante des objets extérieurs 2 1 S'il ne

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