‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 216 sur 658 · Voyez le Discourt tur k naUop <fef fmjrfn · texte numérisé non relu

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DE L'ART DE L'HOMME SUR LES POISSONS

répare pas, comme le sommeil journalier,, des organes usés par la fatigue, il maintient ces organes ; s'il ne donne pas de nouvelles forces ; il garantit de l'anéantissement i s U ne ranimç pas le .souffle de la vie , ift brise les traits de la mort Quelles que soient la cause , la force ou la «Jurée du sommeil, 'il est donc toujours un grand bienfait de la [Na ture ; et pendant qu'il charme les ennuis de l'être pensant et. sensible , non seulement if guérit où suspend les douleurs, mais i^prjyient et écarte les maux de Familial , qui , réduit à un instinct borné , %'çxistç- çrae gans le présent, ne rappelle wcun soutenir, çtne conçoit aucun espoir.

La qualité et l'abondance de la nourriture , ces grandes causes des migrations volontaires de tous les animaux, qui quittent leur pays ,' sont aussi les objets auxquels on, doit faire le. plus d'attention, lorsqu'on cnerche à conserver des animaux en vie dans un autre séjour que leur pays natal , ^t par conséquent lorsqu'on veut acclimater dés espèces de poisson.

L'aliment auquel le poisson que l'on vient de dépayser est le plus habitué , est celui qu'il faudra lui procurer ; il retrouvera sa m trie partout où il aura sa nourriture familière. Par le moyen d'herbes , de feuilles, (j'amas de végétaux, de fumiers 4è toute sorte , on donnera un aliment trésçpnyenal^le aux espèces qui se nourrissent de débris de corps organisés ; on cherchera, on rassemblera des larves et des \ers pour celles qui les préfèrent ; et lorsqu'on aura transporté des brochets ou d'autres poissons voraces, il faudra mettre dans les eaux qui le$aur,out çeçus, ceux dont ils aiment à faire leur praie , qui se plaisent dans les mêmes, habitations que ces animaux carnassiers, ojt qui sont peu recherchés par les pécheur*, comme des éperlans, des cyprins goujons., des cyprins, giJbèles, des cyprins bprdclières, etc.

On,trpuyera, en parcourant les dhTérens articles de cette histoire , un grand nombre d'espèce? remarquables par leur beauté , par Iguj: gpapejeur et par le goût exquis de „ leur cpaji;, qui manquent aux eaux douces d$ n^fre patrie, et qu'on pourroit aisément acçli^tcr, en franco, avec les précautions ou, par les moyens que nous venons q?ùid^quei;, ou en! employant <Jes procédés analogues 4 ççiix que nous venons 4e décrira, «t gu'qa Ké/^r^roit d'après la longueur du ti}aj©l, fa, n^uiçe 4fl voyage , le climat que les poissons auraient quitté , la saison que l'on auroit été obligé de çhoisr, et plusieurs

i , pour mieux dire , de grande caisse » îe l'on rend assez pesante pour qu'elle

autres circonstances. De ce nombre seraient, par exemple, le centropome sandat de la Prusse, l'hoiocentre postdes contrées septentrionales de l'Allemagne ; et on ne devroit même pas être effrayé par la grandeur de la distance , surtout lorsque le transport pourroit avoir lieu par mer, ou par des rivières, ou des canaux. On peut en effet , lorsqu'on navigue sur l'océan , sur des canaux ou sur des fleuves, attacher à l'arriére du bâtiment une sorte de ^ ou, que ]

soit presque entièrement plongée' dans l'eau , et dont les parois sont percées de manière que les poissons qui y sont renfermés reçoivent tout le fluide qui leur est nécessaire, et communiquent avec l'atmosphère de la manière la plus avantageuse, sans pouvoir s'échapper et sans avoir rien à craindre de la dent des squales ou des autres animaux aquatiques et féroces. Nous indiquons donc à la suite du post et du sandat, etentre plusieurs autres que les bornes de ce discours ne nous permettent pas de rappeler ici , l'osphronème goramy, déjà apporté de la Chine à l'île de France , le bodian aya des lacs du Brésil, et l'hoiocentre sogo des grandes Indes , de l'Afrique et des Antilles.

Quand on n'aura pas une eau courante à donnera ces poissons arrivés d'une terre étrangère , et principalement lorsque ces nouveaux hôtes auront vécu , jusqu'à leur migration , dans des fleuves ou des rivières, on compensera le renouvellement perpétuel du fluide environnant que le courant procure, par une grande étendue donnée à l'habitation. Ici , comme dans plusieurs autres phénomènes, un grand volume en repos tiendra lieu d'un petit volume en mouvement; et dans un espace de temps .déterminé, l'animal jouira de la même quantité de molécules de fluide, différentes de celles dont il aura déjà reçu l'influence.

Sans cette précaution, les poissons que l'on voudroil acclimater éprouveraient les mêmes accidens que ceux de nos contrées que l'on enlève auxpetitesrivières^et particulièrement à la partie de ces rivières la plus voisine de la source , et qu'on veut conserver dans des vaisseaux ou même dans des bassins très-étroits. On est obligé de renouveler très-souvent l'eau qui lès entoure ; sans cela les diverses émanations da leur corps , et l'eflipt nécessaire du rapproefoprnçnt d'une grande quantité desubstan* â7.

EFFETS

ces animales , -vicient Peau , la corrompent par la production de gaz que Ton voit s'élever en petites bulles , et la rendent si funeste pour eux, qu'ils périssent s'ils ne viennent pas à la surface chercher le voisinage de l'atmosphère, et respirer, pour ainsi dire , des couches de fluide plus pures.

Ces faits sont conformes à de belles expériences faites par mon confrère M. Sylvestre le fils, et & celles qui furent dans le temps communiquées à Buffon par une note que ce -grand naturaliste me remit quelques années après, et qui avoient été tentées sur des gades lotes , des cottes chabots , des cyprins goujons , et d'autres cyprins , tels que des gardons , des vérons et des vaudoises.

Les poissons que l'on veut acclimater sont plus exposés que les anciens habitans des eaux dans lesquelles on les a placés , non seulement aux altérations dont nous venons de parler, mais encore à toutes les maladies auxquelles leurs diverses tribus sont sujettes.

Ces maladies assaillent ces tribus aquatiques , même lorsque les individus sont encore renfermés dans l'oeuf. On a observé que des embryons de saumon, de truite et de beaucoup d'autres espèces, périssoient lorsque des substances grasses, onctueuses, et celles que l'on désigne par le* nom de saletés et d'ordures , s'attachoient à l'enveloppe qui les contenoit , et qu'une eau courante ne nettoyoit pas promptement cette membrane.

On suppléera facilement à cette eau courante par une attention soutenue et divers petits moyens que les circonstances suggéreront.

Lorsque les poissons sont vieux , ils éprouvent souvent une altération particulière qui se manifeste à la surface de l'animal : les canaux destinés à entretenir où renouveler les écailles s'obstruent ou se déforment , les organes qui filtrent la substance uourricière et réparatrice de ces lames s'oblitèrent ou se dérangent ; les écailles changent dans leurs dimensions; la matière qui les compose n'a plus les mêmes propriétés; elles ne sont plus ni aussi luisantes , ni aussi transparentes , ni aussi colorées ; elles sont clair-semées sur la peau de l'animal vieilli ; elles se détachent avec facilité ; elles ne sont pas remplacées par de nouvelles lames, ou elles cèdent la place , en tombant, à des excroissances difformes', produites par une matière écailleuse de mauvaise qualité , mélangée avec des élé-

mens hétérogènes , et mal élaborée dans des parties sans force , et dans des tuyaux qui ont perdu leur première figure. Cette altération est sans remède : il n'y a rien à opposer aux effets nécessaires d'un âge trèsavancé. Si dans les poissons , comme dans les autres animaux , l'art peut reculer l'époque de la décomposition des fluides , de l'affoiblissement des solides, de la diminution de la vitalité, il ne peut pas détruire l'influence de ces grands changemens, lorsqu'ils ont été opérés. S'il peut retarder la rapidité du cours de la vie , il ne peut pas la faire remonter sa source.

Mais les maux irréparables de la vieil* lesse ne sont pas à craindre pour les poissons que l'on cherche à acclimater : dans la plupart des espèces de ces animaux , ils ne se font sentir qu'après des siècles , et l'éducation des individus que l'on transporte d'un pays dans un autre est terminée long-temps avant la fin de ces nombreuses années.

Leurs habitudes sont d'autant plus modifiées , leur nature est d'autant plus changée , avant qu'ils approchent du terme de leur existence, qu'on a commencé d'agir sur eux pendant qu'ils étoient encore trèsjeunes.

C'est d'autres maladies que celles de la décrépitude qu'il faut chercher à préserver ou à guérir les poissons que l'on élève. E; maintenant nous agrandissons le sujet de nos pensées; et tout ce que nous allons dire doit s'appliquer non seulement aux poissons que l'on veut acclimater dans telle ou telle contrée , mais encore à tous ceux que la Nature fait naître sans le secours de Fart.

Ces maladies qui rendent les poissons languissans et les conduisent à la mort, proviennent quelquefois de la mauvaise qualité des plantes aquatiques ou des autres végétaux qui croissent prés des bords des fleuves ou des lacs , et dont les feuilles, les fleurs ou les fruits sont saisis par l'animal qui se dresse , pour ainsi dire , sur la rive, ou tombent dans l'eau , y flottent , et von? ensuite former au fond du lac ou de la rivière un sédiment de débris de corps organisés. Ces plantes peuvent être , dans certaines saisons de l'année , viciées au point de ne fournir qu'une substance malsaine , non seulement aux poissons qui en mangent , mais encore à ceux qui dévorent les petits animaux dont elles ont composé la nourriture. On prévient ou on arrête les suites funestes de la décomposition de ces végétaux en détruisant ces plantes auprès

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des riret de l'habitation des poissons, et en les remplaçant par des herbes ou des fruits choisis que Ton jette dans l'eau peuplée de ces animaux.

La plus terrible des maladies des poissons est celle qu'il faut rapporter aux miasmes produits dans le fluide qui les environne.

C'est à ces miasmes qu'il faut attribuer la mortalité qui régna parmi ces animaux dans les grands et nombreux étangs des environs de Bourg, chef-lieu du département de l'Ain, lors de l'hiver rigoureux de la fin de 1788 et du commencement de 1789, et dont l'estimable Varenne de Feuille donna une notice très-bien faite dans le Journal de Physique de novembre 1789.

Dés le 26 novembre 1788, suivant ce trèsbon observateur, la surface des étangs fut profondément gelée ; la glace ne fondit que vers la fin de janvier. Dans le moment du dégel, les rives des étangs furent couvertes d'une quantité prodigieuse de cadavres de poissons, rejetés par lès eaux. Parmi ces animaux morts, on compta beaucoup plus de carpes que de perches , de brochets et de tanches. Les étangs blancs, c'est-à-dire, ceux dont les eaux reposoient sur un sol dur, ferme et argileux , n'offrirent qu'un petit nombre de signes de cette mortalité; ceux qu'on ayoit récemment réparés et nettoyés montrèrent aussi sur leurs bords très-peu de victimes : mais presque tous les poissons renfermés dans des étangs vaseux, encombrés de joncs ou de roseaux , cl surchargés de débris de végétaux , périrent pendant la gelée. Ce qui prouve évidemment que la mort de ces derniers animaux n'a pas été l'effet du défaut de l'air de l'atmosphère, comme le pensèrent plusieurs physiciens, et qu'elle ne Xoit être rapportée qu'à la production de jaz délétères qui n'ont pas pu s'échapper m travers de la croûte de glace , c est jue la gelée a été aussi forte à la superficie les étangs blancs et des étangs nouvellement nettoyés , qu'à celle des étangs vaseux. L'air de l'atmosphère n'a pas pu pénétrer plus aisément dans les premiers que dans les derniers ; et cependant les poissons de ces étangs blancs ou récemment réparés ont vécu , parce que le fond de leur séjour, n'étant pas couvert de substances végétales , n'a pas pu produire les gaz funestes qui se sont développés dans les étangs vaseux. Et ce qui achève , d'un autre côté, de prouver l'opinion que nous exposons à ce sujet, et qui est importante

pour la physique des poissons, c'est que de* oiseaux de proie, des loups, des chiens et des cochons mangèrent les restes des animaux rejetés après le dégel sur les rivages des étangs remplis de joncs , sans éprouver les inconvéniens auxquels ils auroient été exposés s'ils s'étoient nourris d'animaux morts d'une maladie véritablement pestilentielle.

Ce sont encore ces gaz malfaisans que nous devons regarder comme la véritable origine d'une maladie épi zootique qui fit de grands ravages , en 1757, dans les environs de la forêt de Crécy. M. de Chaignebrun, qui a donné dans le temps un très-bon traité sur cette épizootie, rapporte qu'elle se manifesta sur tous les animaux ; qu'elle atteignit les chiens , les poules , et s'étendit jusqu'aux poissons de plusieurs étangs. I] nomme cette maladie fièvre épidémique contagieuse, inflammatoire, putride et gangreneuse. Un médecin d'un excellent esprit, dont les connoissances sont très- variées , et qui sera bientôt célèbre par des ouvrages importons , M. ChavassieU-Daudebert , lui donne , dans sa Nosologie cornparée , le nom de charbon symptomatique. Je pense que cette épizootie ne seroit pas parvenue jusqu'aux poissons, si elle n'avoit pas tiré son origine de gaz délétères. Je crois, avec Aristote, que les poissons revêtus d'écaillés, se nourrissant près* que toujours de substances lavées par de grands volumes d'eau , respirant par un organe particulier, se servant, pour cet acte de la respiration, de .^'oxygène de 4'eau bien plus fréquemment que de celui de l'air, et toujours environnés du fluide le plus propre à arrêter la plupart des contagions, ne peuvent pas recevoir de maladie pestilentielle des animaux qui vivent dans l'atmosphère. Mais les poissons des environs de Crécy n'ont pas été à l'abri de l'épizootie , au-dessous des couches d'eau qui les recouvroient , parce qu'en même temps que les marais voisins de la forêt exhaloient les miasmes qui donnoient la mort aux chiens, aux poules, et à d'autres espèces terrestres, le fond des étangs produisoit des gaz aussi funestes que ces miasmes. Il n'y a pas eu de communication de maladie ; mais deux causes analogues , agissant en même temps, l'une sous l'eau, et l'autre dans l'atmosphère, ont produit des effets sem. blablcs.

On peut prévenir presque toutes ces mortalités que causent des gaz destructeurs, en ne laissant pas , dans le fond des étangs

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