‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 217 sur 658 · S*TOT · texte numérisé non relu

S*TOT

on des titiércs, «testas de corps organisés qui puissent, en se décomposant, produire des émanations pestilentielles, en les entraînant par de reau courante que Ton introdoit dans ces étangs, et par de l'eau trèspore et très-rapide que l'on conduit dans ces riTiérespour en renouveler le fluide , de la même manière que l'on renouvelle celui des temples, des salles de spectacle et d'autres grands édifiées par les couram d'air âne Ton y dirige , et enfin en brisant pensnt l'hiver les glaces qui se forment sur la surface des étangs et des rivières , et qui retiendroient les gaz pernicieux dans l'habitation des poissons.

Il paroft que lorsque la chaleur est très- . grande , elle agit sur les poissons indépendamment des fermentations , des décompositions et des exhalaisons qu'elle peut faire naître. Elle influe directement sur ces animaux, surtout lorsqu'ils sont renfermés dans des réservoirs qui ne contiennent qu'un petit volume d'eau. Elle parvient aiOrs jusqu'au fond du réservoir, qu'elle pénétre, ainsi que les. parois; et, réfléchie ensuite par ce fond et ces parois trés-échauffés , elle attaque de toutes parts les poissons, qui se trouvent dès-lors placés comme dans un foyer, et elle leur nuit au point de leur donner des maladies graves. C'est ainsi ou'on a vu des anguilles, mises pendant l'été dans des bassins trop peu étendus , gagner une maladie qu'elles se comniuniquoient , et qui se mahifestoit par des taches blanches. On dit qu'on les a guéries par le moyen du sel , et de la plante nommée stratioïdes aloïdes. Mais , quoi qu'il en soit , il vaut mieux empêcher cette ma-

i«je. j ** éservant les poissons

eur, en pratiquant ;s endroits profonds r un abri contre les nr, en plantant sur des arbres toulTus raibre salutaire, «-rare que tous les as nuisibles, parce ignés possible de la >mmune et par conlle des forces et des que les eaux trop ires donnent la mort s qui sont trop froiiit aussi périr, ou du moins les soumettent à diverses incommodités, et particulièrement les rendent aveugles. Nous trouvons à ce sujet, dans les Mémoires de V Académie des Science*

pour 1748, des observations curieuses, il général Montalembert , faites sur des brochets; et le comte d'Achard en adressa d'analogues à Bu (Ton, en 1779, dans une lettre , dont mon illustre ami m'a reùis dans le temps un extrait : < Dans une terre » que j'ai en Normandie , dit le comte d'A- » chard , il existe une fontaine abondante

• dans les plus grandes sécheresses. Je sois •parvenu, au moyen de canaux de tenu » cuite, à amener l'eau de cette source » dans trois bassins que j'ai dans mon par-j

• terre. Ces bassins sont murés et pavés à) » chaux et à sable ; mais on n'y a mis l'eau » qu'après qu'ils ont été parfaitement secs. » Après les y avoir bien nettoyés et fait » écouler la première eau , oh y a laissé séjourner celle qui y est venue depuis, et

• qui coule continuellement. Dans les deux » premiers bassins , j'ai mis des carpes de » la plus grande beauté, avec des tanches; » dans le troisième, des poissons de la Chine » (des cyprins dorés) ; tout cela existe depuis trois ans. Aujourd'hui les carpes,

• précieuses par leur beauté et leur gran- » deur vraiment prodigieuse, sont attaquées

• d'une maladie cruelle et dont elles meu-

• rent journellement. Elles se couvrent peu »à peu d'un limon, surtout le corps, et » surtout sur les yeux , où il y a en sus une » espèce de taie blanche qui se forme peu à

• peu, comme le limon, jusqu'à l'épaisseur

• de deux ou trois lignes. Elles perdent

• d'abord un œil, puis l'autre, et ensuite

• crèvent Les tanches et les poissons

» chinois ne sont pas attaqués de cette ma-

• ladie. Est-elle particulière aux carpes? » quel en est le remède ? d'où cela peut-il » venir? de la vivacité de l'eau , etc. »

Cette dernière conjecture nous paroit très-fondée; et ce que nous venons de dire devra faire trouver aisément le moyen de garantir ces poissons de cette cécité que lo mort suit souvent.

Ces poissons sont aussi quelquefois menacés de périr, parce qu'un de leurs organes les plus essentiels est attaqué. Lpj branchies, par lesquelles ils respirent . <? que composent des membranes si délicates et des vaisseaux sanguins si nombreux et déliés , peuvent être déchirées Pf,des,°' sectes ou des vers aquatiques qui s J f; chent , et dont ils ne peuvent pas se débarrasser. Peut-être, après avoir bien reconn l'espèce de ces vers où de ces inscc^' parviendra -t- on à trouver un moyen d e empêcher la multiplication dans les ctang et clans plusieurs autres habitations desp<w

ÛE L'ART DE L'HOMfcfc »UR LES n>iSSOX8.

sons que Ton voudra préserve* de ce fléau.

Les poissons , étant presque tons revêtus d'écaillés durcset placées en partie les unes .au - dessus, des autres , ou couverts d'une peau épaisse et -visqueuse, ne sont sensibles que dans une très -petite étendue de leur surface. Mais lorsque quelque insecte , ou quelque Ter, s'acharne contre la portion de cette surface qui n'est pas défendue , et qu'il s'y place et s'y accroche de manière que le poisson ne peut , en se frottant contre des végétaux , des pierres , du sable , ou de la vase ^ l'écraser , ou le détacher et le faire tomber, la grandeur, tt force , l'agilité , les dents du poisson , ne sont plus qu'un secours inutile. En vain il s'agite , se secoue , se contourne , va , revient , s'échappe, s'enfuit avec la rapidité de réclair; ilporle toujours avec lui l'ennemi attaché à ses organes ; tous ses efforts sont impuissans ; et le ver ou l'insecte est pour lui au milieu des flots ce que la mouche dû désert est dans les sables brûlâhs de l'Afrique , non seulement pour la timide gazelle, mais encore pour le tigre sanguinaire et le fier lion , qu'elle perce , toilrmente et poursuit de son dard acéré , malgré leurs bonds violens , leurs mouvemens impétueux et leur rugissement terrible.

Mais ce n'est pas assez pour l'intelligence humaine de conserver ce que la pfaturé produit : que , rivale de cette puissance admirable , elle ajoute à la fédoridité ordinaire dès espèces ; qu'elle multiplie les ouvrages de ia Nature;

On a remarqué que , dans presque toutes les espèces de poissons, le nombre des mâles étoit plus grand et même quelquefois double de celui des femelles; et comme cependant ttn seul mâle peut fronder des millions d'oeufs, et par conséquent le produit de la ponte de plusieurs femelles , il est évident qUe l'en favorisera beaucoup la multiplication des individus , si l'on a le soin , lorsqu'on péchera , de ne garder due les mâles, et de rendre à l'eau les femelles. On distinguera facilement , dans plusieurs espèces, les femelles des mâles, sans risquer de les blesser , où de nuire à la reproduction, et sans chercher, par exemple, dans le temps voisin du frai , à faire sortir de leur corps quelques œufs plus ou moins avancés. En effet , dans ces espèces , les femelles sont plus grandes que les mâles ; et d'ailleurs elles offrent dans les proportions de leurs parties, dans la disposition de leurs couleurs, ou dans la nuance de leurs teintes, des signes distinctifs qu'il faudra

tâcher dé bien connaître, et que nous ne négligerons jamais d'indiquer eti écrivant l'histoire de ces espèces particulières.

Lorsqu'on né voudra pas rendre à leur séjour natal toutes les femelles que l'on péchera , on préférera de conserver pour la reproduction les plus longues et les plus grosses, comme pondant une plus grande quantité d'œufs.

De plu rieuses n toure les de filets g nent les! d'œufs, e hors de c fréquens i

Que Pc les frigan tiques voi les poisso

Que r< viviers dil œufs, et 1 que l'on i mées d'aï renferme ticulier.

Kfo* EFFET*

'longueur y un demi - mètre de largeur , et seize centimètres de hauteur.

A un bout ce cette longue caisse , on pratique un trou carré, que Ton ferme avec un treillis de fer , dont les fils sont éloignés les uns des autres de cinq ou six millimétrés.

On ménage un trou à peu près semblable dans la planche du bout opposé , et vers le fond de la caisse.

Et enfin on en perce un troisième dans le couvercle de la caisse ; et on le garnit , ainsi que le second , d'un treillis pareil à celui du premier.

Ces trous servent et à soumettre les fœtus ou les jeunes poissons à l'influence des rayons du soleil , et à les préserver de gros insectes et de campagnols aquatiques , qui maixgeroient et les œufs et lespoissons éclos.

Un petit tuyau fait entrer l'eau d'un ruisseau ou d'une source par le premier treillis; et cette eau courante s'échappe par la seconde ouverture.

On couvre tout le fond de la caisse d'un gravier bien lavé de la hauteur de deux ou trois centimètres, et on étend sur ce gravier de petits cailloux bien serrés , de dimensions semblables à celles d'une noisette, et parmi lesquels on place d'autres cailloux de Ja grosseu • d'une noix.

A l'époque du frai de l'espèce dont on veut multiplier les individus, on se procure un mâle et une femelle de cette espèce , et , par exemple , de celle du saumon.

On prend un vase bien net, dans lequel on met deux ou trois litres d'eau bien claire. On lient le saumon femelle dans une* situalion verticale, et la tête en haut au-dessus du vase. Si les œufs sont déjà bien développés , ou bien mars , ils coulent d'euxmêmes; sinon on facilite leur chute en frotlaut le ventre de la femelle doucement de haut en bas, et avec la paume delà main.

Dans plusieurs espèces de poissons , on peut voir un organe particulier que nous avons remarqué avec soin, qui n'a été observé que par un petit nombre de naturalistes, dont très-peu de zoologues onteonnu le véritable usage , et que le savant Bloch ii nommé nombril. Cet organe est une sorte d'appendice d'une forme allongée et un peu conique, et dont la place la plus ordinaire «?st auprès et au-delà de l'anus. Cet appendice , creux et percé par les deux bouts , communique avec les réservoirs de la laite dans les mâles, et les ovaires dans les femelles. Ce petit tuyau est le conduit par lequel les œufs sortent et la liqueur séminale s'échappe : nous le nommons en con-

séquence appendice génital. L'urine du poisson sort aussi par cet appendice; ce qui donne à cet organe une analogie de pins avec les parties sexuelles et extérieures des mammifères. 11 ne peut pas servir à distinguer les sexes, puisqu'il appartient au mâle aussi bien qu'à la femelle : mais sa présence ou son absence , et ensuite ses proportions et sa figure particulière, peuvent être employées avec beaucoup d'avantage pour établir une ligne de démarcation exacte cl constante entre des espèces voisines, ainsi que nous le montrerons dans la suite de l'histoire que nous écrivons.

C'est par cet appendice génital que, dans la méthode de reproduction , en quelque sorte artificielle, que nous décrivons, le* femelles qui sont pourvues de cet organe extérieur laissent couler leurs œufs.

Lorsque les œufs sont tombés dans l'eau, on prend le mâle, on le tient verticalement au - dessus de ces œufs ; et pour peu que cela soit nécessaire , on aide par un léger frottement Pépanchement de la liqueur prolifique , dont on peut arrêter l'écoulement au moment où l'eau est devenue blanchâtre par son mélange avec cette liqueur spermatique.

Il est des espèces de poissons, et notamment de cyprins, comme lenase, le roethens , dans lesquelles on peut choisir' avec facilité un mâle pour la fécondation des œufs que l'on a obtenus. Dans ces espèces, les mâles, surtout lorsqu'ils sont jeunes, présentent des taches , de petites protubérances, ou d'autres signes extérieurs qui annoncent qu'ils sont déjà surchargés d'une laite abondante.

On met dans la grande caisse les œufs fécondés ; on les y distribue de manière qu'ils soient toujours couverts par l'eau courante; on empêche que le mouvement de cette eau ne soit trop rapide , afin qu'il ne puisse pas entraîner les œufs. On écarte soigneusement avec des plumes, ou par tout autre moyen , les saletés qui pourroieut s'introduire dans la caisse ; et au bout d'un temps qui varie suivant les espèces, la température de l'eau , et la chaleur de l'atmosphère, on voit éclore les poissons que l'on désiroit.

Au reste , la sorte de fécondation artificielle opérée avec succès par M. Jacobi peut avoir lieu sans la présence de la femelle : il suffit de ramasser les œufs qu'elle dépose dans son séjour naturel ; il seroit même possible de connoître , à l'instant on on les recueijleroit , s'ils auroient été déjà

DE L'ART DE L'HOMME SUR LES POISSONS

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fécondés par le mâle , on s'ils n'auroient pas reçu sa liqueur prolifique. M. Jacobi assure en effet que , lorsqu'on obser? e avec un bon microscope des œufs de poisson arrosés de la liqueur séminale du mâle , on peut apercevoir très-distinctement dans ces œufs une petite ouverture qui ne paroissoit presque pas , ou éloit presque insensible avant la fécondation , et dont il rapporte l'extension à l'introduction dans J'œuf d'une portion du fluide de la laite.

Quoi qu'il en soit, on peut aussi, en suivant le procédé de M. Jacobi , se passer de la présence du mâle. On peut n'employer la liqueur prolifique que quelque temps après sa sortie du corps de l'animal, pourvu qu'un froid excessif ou une chaleur violente ne dessèchent pas promptement ce fluide vivifiant; et même la mort du mâle, pourvu qu'elle soit récente ,- n'empêche pas de se servir de sa laite pour la fécondation des œufs.

On a écrit que les digues par le moyen desquelles on retient les eaux des petites rivières diminuoient la multiplication des poissons dans les contrées arrosées par ces eaux. Gela n'est vrai cependant que pour ' les poissons qui ont besoin, à certaines époques, de remonter dans les eaux courantes jusqu'à une distance très-grande des lacs ou de la mer , et qui ne peuvent pas, comme les saumons, s'élancer facilement à de grandes hauteurs, et franchir l'obstacle que les digues opposent à leur voyage périodique. Les chaussées transversales doivent , au contraire, être très-favorables à la multiplication des poissons sédentaires, qui se plaisent dans des eaux peu agitées. Au-dessus de chaque digue , la rivière forme naturellement une sorte de vivier ou de grand réservoir , dont l'eau tranquille , quoique t suffisamment renouvelée , pourra donner . à un grand nombre d'individus d'espèces très-utiles le volume de fluide , l'abri, l'atiment et la température le plus convenables.

Quelle est, en effet , la pièce d'eau que l'ait ne puisse pas féconder et vivifier ?

On a vu quelquefois des poissons remarquables par leur grosseur vivre dans de petites mares. Nous avons déjà dit dans cet ouvrage * que M. de Septfontaines s'étoit assuré qu'une grande anguille avoit passé un tems assez long , sans perdre non seulement la vie, mais même une partie de sa graisse, dans une fosse qui ne contenoit pas

î . Article de 1 anguille.

une moitié de mètre cube d'eau; et il est des contrées où des cyprins, et particulièrement des carassins, réussissent assez bien dans de petits amas d'eau donnante, pour y donner une nourriture abondante aux habitans de la campagne.

On a bien senti les avantages de cette grande multiplication des poissons utiles dans presque, tous les pays où le progrés des lumières a mis l'économie publique en honneur, et où les gouvernemens, profitant avec soin de tous les secours des sciences perfectionnées , ont cherché à faire fleurir toutes les branches de l'industrie humaine. C'est principalement dans quelques Etats du nord de l'Europe , et notamment en Prusse et en Suéde , qu'on s'est attaché à augmenter le nombre des individus dans ces espèces précieuses ; et comme un gouvernement paternel ne néglige rien de ce qui peut accroître la subsistance du peuple dont le bonheur lui est confié, et que les soins en apparence les plus minutieux prennent un grand caractère dés le moment où ils sont dirigés vers l'utilité publique , on a porté en Suède l'attention pour l'accroissement du nombre des poissons jusqu'à ne pas sobncr les cloches pendant le temps du frai des cyprins brèmes, qui y sont trésrecherchés , parce qu'on avoit cru s'apercevoir que ces animaux , enrayés par le son de ces cloches, ne se livroient pas d'une manière convenable aux opérations nécessaires à la reproduction de leur espèce. Aussi y a-ton souvent recueilli de grands fruits de cette vigilance étendue aux plus petits détails , et , par exemple , en 1749 , a-t-on pris d'un seul coup de filet, dans un lac voisin de Nordkiœping, cinquante mille brèmes , qui pesoient plus de neuf mille kilogrammes.

Et comment n'auroit-on pas cherché, dans presque tous les temps et dans presque tous les pays civilisés , à multiplier des animaux si nécessaires aux jouissances du riche et aux besoins du pauvre , qu'il seroit plus aisé à l'homme de se passer de la classe entière des oiseaux , et d'une grande partie de celle des mammifères, que de la classe des poissons? *

En effet , il n'est , pour ainsi dire , aucune espèce de ces habitans des eaux douces ou salées , dont la chair ne soit une nourriture saine et très-souvent copieuse.

Délicate et savoureuse lorsqu'elle est fraîche, cette chair, recherchée avec tant de raison, devient, lorsqu'elle est transformée eu g arum, un assaisonnement piquant;

EFFJ5TS

fait les délices des tables somptueuses , même très -loin du rivage où le poisson a été péché , quand elle a été marinée; peut être transportée à de plus grandes distances , si on a eu le soin de l'imbiber d'une grande quantité de sel; se conserve pendant un temps très-long, après qu'elle a été sechéè , et , ainsi préparée , est la nourriture d'Un très-grand nombre d'hommes peu fortunés, qui ne soutiennent leur existence que par cet aliment abondant et très -peu cher.

Lès œufs de ces mêmes babitans des eaux servent h faire ce caviar qui convient au goût de tant de nations; et les nageoires des espèces que l'on croiroit les moins propres à satisfaire un goût délicat sont regardées . à la Chine et dans d'autres centrées de l'A- ' sle comme un mets des plus exquis *.

Sur plusieurs rivages peu fertiles, on ne f>cut compléter la nourriture de plusieurs animaux utiles, et, par exemple, celle des Chiens du Kamtschatka que la nécessité force d'atteler à des traîneaux , ou des vaches de Norwége , destinées à fournir une grande quantité de lait , que par le moyen des* vertèbres et des arêtes de plusieurs espèces de poissons.

Avec les écailles des animaux dont nous nous occupons , on donne le brillant de la nacre au ciment destiné à couvrir les murs des palais les plus magnifiques , et on revêt des boules légères de verre , de l'éclat argentin des perles les plus belles de l'Orient. La peau des grandes espèces se métamorphose dans les ateliers en fortes lanières , en couvertures solides et presque imperméables à l'humidité , en garnitures agréables de bijoux donnés au luxe par le goût 2.

Les vessies natatoires et toutes les memlement es, en es arts 1 nomts.

iux as- \ prestances utiles es bos, en- , protristes

i sQuale * etc.

jours qui fufent avec tant M rapidité, et lai donnant tout le temps que peuvent exiger les soins nécessaires à sa subsistance et à celle de sa famille , elle tempère pour lui l'horreur de ces climat» ténébreux et gelés, et l'affranchit lui et ceux qui lui sont chers des horreurs plus grandes encore d'une extrême misère.

Que l'on ne soit donc pas étonné que Bellon, partageant l'opinion de plusieurs auteurs recommandables , tant anciens que modernes, ait écrit que la Propoutidc étoit plus unie par ses poissons , que des champs fertiles et de gras pâturages d'uue égale étendue ne pourroient l'être par leurs fourrages et par leurs moissons.

. Et douteroit-on maintenant de l'influence prodigieuse d'une immense multiplicatioiLdes poissons sur la population des empires ? On doit voir avec facilité corn ment celte merveilleuse multiplication soutient, par exemple , sur le territoire de la Chine , l'innombrable quantité d'habitans qui y sont , pour ainsi dire , entassés. Et si des temps présens on remonte aux temps anciens, on peut résoudre un grand problème historique; on explique comment l'antique Egypte nourrissoit la grande population sans laquelle les admirables et immenses monumens qui ont résisté au ravage de tant de siècles, et subsistent encore sur cette terre célèbre, n'auraient pas pu être élevés , et sans laquelle Sésostris n'auroit conquis ni les bords de l'Euphrate , du Tigre , de l'indus et du Gange, ni les rives du Pont-Euxin, ni les monts de la Thracei Nous connoissons l'étendue de l'Egypte : lorsque ses pyramides ont été construites , lorsque ses armées ont soumis une grande partie de l'Asie, elle étoii bornée presque autant qu'à présent par les déserts stériles qui la circonscrivent à l'orient et à l'occident ; et néanmoins nous apprenons de Diodore que dix-sept cents Egyptiens étoient nés le même jour que Sésostris: on doit donc admettre en Egypte, à l'époque de la naissance de ce conquérant fameux» au moins trente-quatre millions d'habitans. Mais quel grand nombre de poissons ne renfermoient pas alors et le fleuve et les canaux et les lacs d'une contrée-où l'art de multiplier ces animaux étoit un des principaux objets de la solicitude du gouvernement, et des soins de chaque famille ? Il est aisé de calculer que le seul lac Myris ou Mœris pouvoit nourrir plus de dix-huit cent mille millions de poissons de plus d'un demi -m être de longueur.

DB I/ÀRT DE L'HOMME SUR LES POISSON

ttfcpefMMt qnè l'homme ne se contente pas ûè transporter à son gré , d'acclimater, de conserver, de multiplier les poissons qu'A préfère ; que l'art prétende à de nouveaux succès; cju'il se livre à de nouveaux efforts ; qu'il tenté de remporter sur la Nature des victoires plus brillantes encore ; qu'il.perfectionnesoû ouvrage ; qu'il améliore les individus qu'il se sera soumis.

Oh sait depuis long-temps que des poissons de la même espèce ne donnent pas dans toutes les eaux une chair également

È délicate. Plusieurs observations prouvent que, par exemple, dans les mêmes rivières, leur chair est très-saine et très-bonne audessus des villes ou des torrens fangeux , et au contraire insalubre et très-mauvaise au-dessous de ces torrens vaseux ou des amas d'immondices, souvent inséparables des villes populeuses. Ces faits ont été remarqués par plusieurs auteurs, notamment par Rondelet. Qu'on profite de ces résultats ; qu'on recherche les qualités de l'eau les plus propres à donner un goût agréable ou des propriétés salutaires aux différentes espèces de poissons que Ton sera parvenu à multiplier ou à conserver.

Qu'on n'oublie pas qu'il est des moyens faciles et peu dispendieux d'engraisser promptement plusieurs poissons, et particulièrement plusieurs cyprins. On aug-

. mente en très-peu de temps leur graisse, en leur donnant souvent du pain de chenevis , ou des fèves et des pois bouillis , ou du fumier , et notamment de celui dé brebis. D'ailleurs une nourriture convenable et abondante développe les poissons avec rapidité, fait jouir beaucoup plus tôt du fruit des soins que l'on a pris de ces animaux , et leur donne la faculté de pondre et de féconder une très-grande quantité d'œufs pendant un très-grand nombre d'années.

Oh a observé dans tous les temps que le retoos et un aliment très-copieux engraisfiûfent beaucoup les animaux. On s'est servi de ce moyen pour quelques poissons; et on l'a employé d'une manière remarquable pour les carpes : on les a suspendues liors de l'eau , de manière à leur interdire le plus foiblc mouvement des nageoires , et elles ont été enveloppées dans de la mousse épaisse qu'on a fréquemment arrosée. Par ce procédé» ces cyprins ont été non seulement réduits à un repos absolu, mais plongés perpétuellement dans une sorte d'humidité ou de fluide aqueux qui , parvenant très- divisé à leur surface, a été facilement pompé , absorbé , décom-

posé , combiné 9àri$ l'intérieur cle l'animal, assimilé à une substance, et métamorphosé par conséquent en nourriture très-abondante. Aussi ces carpes maintenues en l'air, mais retenues au milieu d'une mousse humectée presque continuellement, ont-elles bientôt acquis une graisse copieuse, et de plus un goût très-agréable.

Dés le temps de WiÙugbby , et même de celui de Gesner, on savoit que l'on pouvoit ouvrir le ventre à certains poissons , et surtout au brochet et à quelques autres ésoces, sans qu'ils en périssent, et môme sans qu'ils en parussent long-temps incommodés. Il suffît de séparer les muscles avec dextérité , de rapprocher les chairs et les tégumens avec adresse , et de les recoudre avec précaution , pour qu'ils puissent plus facilement se réunir. Cette facilité a donné l'idée d'employer, pour engraisser ces poissons , le même moyen dont on se sert pour donner un très-grand surcroît de graisse aux bœufs , aux moutons, aux chapons, aux poulardes, etc. On a essayé, avec beaucoup de succès, d'enlever aux femelles leurs ovaires, et aux mâles leuts laites. La soustraction de ces organes, faite avec habileté et avec beaucoup d'attention, n'a dérangé que pendant un temps très-court la santé des poissons qui l'ont éprouvée ; et toute la partie de leur substance qui se portait vers leurs laites ou vers leurs ovaires, et qui y donnoit naissance ou à des centaines de milliers d'œufs, ou à une quantité très- considérable de liqueur fécondante* ne trouvant plus d'organe particulier pour l'élaborer ni même pour la recevoir, a reflué vers les autres portions du corps , s'est Jetée principalement dans le tissu cellulaire, et y a produit une graisse non seulement d'un goût exquis, mais encore d'un volume extraordinaire.

Mais que l'on ait surtout recours, pour l'amélioration des poissons, à ce moyen dont on a ret* pour accroîtr< belles formes utiles, et q« physiologique:

du naturaliste ces que nous c'est par ce c venu à perfec l'âne et le che et principale!

prés de nous , les rivages de viéres et les h

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leur séjour, sont plus soumises à l'influence de la nourriture , du climat, de la saison , ou de la qualité des eaux, présentent des K*ces très-distinctes, et séparées Tune de iftmtre par leur grandeur, leur force, leurs propriétés ou la nature de leurs organes. Qu'on les croise; c'est-à-dire qu'on féconde les œufs de l'une avec la laite d'une autre.

Les individus qui proviennent du mélange de deux races, non seulement valent mieux que la race la moins bonne des deux qui ont concouru à les former, mais encore sont préférables à la meilleure de ces deux races qui se sont réunies. G 'est un fait très-remarquable , 1res -constaté, et dont on n'a donné jusqu'à présent aucune explication véritablement satisfaisante , parce qu'on ne l'avoit pas considéré dans la classe des poissons, dont l'acte de la génération est beaucoup plus soumis à l'examen dans quelques-unes de ces circonstances, que celui des mammifères et des oiseaux qui avoicnt été les objets de l'étude et de la recherche des zoologues.

Kapprodjpns donc ce qu'on peut dire de ce curieux phénomène.

Premièrement, une race qui se réunit à une seconde éprouve , relativement à l'influence qu'elle tend à exercer, une sorte de résistance que produisent les disparités et les disconvenances de ces deux races : cette résistance est cependant vaincue , parce qu'elle est trés-kmitée. Et l'on ne peut plus ignorer en physiologie qu'il n'en est pas des corps organisés et vivans comme de la matière brute et des substances mortes. Un obstacle tend les ressorts du corps organisé , de manière que son énergie vitale en est augmentée, au point que, lorsque cet obstacle est écarté, non seulement la puissance du corps vivant est égale à ce qu'elle étoit avant la résistance, mais même qu'elle est supérieure à la force dont elle jouissoit. Les disconvenances de deux races qui se rapprochent font donc naître un accroissement de vitalité , d'action et de développement , dans le produit de leur réunion.

Secondement, dans un mâle et une femelle d'une race , il n'y a que certaines portions analogues les unes aux autres qui agissent directement ou indirectement pour la reproduction de l'espèce. Lorsqu'une nouvelle race s'en approche , elle met en mouvement d'autres portions qui , a cause de leur repos antérieur, doivent produire déplus grands effets que les premières.

Troisièmement, les deux races méiétf

l'une avec l'autre ont entre elles des rapports desquels résulte un grand développement dans les fruits de leur union, parce que ce développement ne doit pas être considéré comme la somme de l'addition des qualités de l'une et de l'autre des deux races , mais comme 1* produit d'une multiplication , et ce qui est la même chosecomme l'effet d une sorte d'intussusception et de combinaison intime , au lieu d'une simple juxtaposition et d'une jonction superficielle.

C'est un fait semblable à celui qu'observent les chimistes, lorsque, par suite d'une pénétration plus ou moins grande, le poids de deux substances qu'ils ont combinées l'une avec l'autre est plus grand que la somme des poids de ces deux substances avant leur combinaison.

Le résultat du croisement de deux races n'est cependant pas nécessairement, et dans toutes les circonstances, le perfectionnement des espèces : il peut arriver et il arrive quelquefois que ce croisement les détériore au lieu de les améliorer. En effet, et indépendamment d'autre raison , chacun des deux individus qui se rapprochent dans l'acte de la génération peut être regardé comme imprimant la forme à l'être qui provient de leur union , ou comme fournissant la matière qui doit être façonnée, ou comme influant à la fois sur le fond et sur la forme : mais nous ne pouvons avoir aucune raison de supposer qu'après la réunion de deux races, il y ait nécessairement , entre la matière qui doit servir au développement et le moule dans lequel elle doit être figurée , plus de convenance qu'il n'y en avoit avant cette même réunion, dans les individus de chacune de ces deux . races considérées séparément.

Il y a donc dans l'éloignement des races l'une de l'autre , c'est-à-dire dans le nombre des différences qui les séparent , une limite en-deçà et au-delà de laquelle le croisement est par lui-même plus nuisible qu'avantageux. *

L'expérience seule peut faire connoître cette limite : maison sera toujours sûr d'éviter tous les inconvéniens qui peuvent résulter du croisement considéré en lui-même, si dans cette opération on n'emploie jamais que les meilleures races, et si, par exemple, en mêlant les races des poissons, on ne cesse de rechercher celles qui offrent le plus de propriétés utiles, soit pouroblcnj les çeufs que l'on voudra féconder, soitpoi ;

DE L'ART DE L'HOMME S Cil LfcS POISSONS.

se procurer la liqueur active par le moyen de laquelle on désirera de vivifier ces œufs.

Voilà à quoi se réduil ce que nous pouvons dire du croisement des races, après SYoir réuni dans notre pensée les vérités déjà publiées sur cette partie de la physiologie , les avoir dégagées de tout appareil scientifique, les avoir débarrassées de toute idée étrangère, les avoir comparées, et y avoir ajouté le résultat de quelques réflexions et de quelques observations nouvelles.

Considérons maintenant de plus haut es que peut l'homme pour l'amélioration des poissons. Tâchons de voir dans toute son étendue l'influence qu'il peut exercer sur ces animaux par l'emploi des quatre grands moyens dont on s'est servi , toutes les fois qu'il a voulu modifier la Nature vivante. Ces quatre moyens sipuissanssont, la nourriture abondante et convenable qu'il a donnée, l'abri qu'il a procuré, la contrainte qu'il a imposée , le choix qu'il a fait des mâles -et des femelles pour la propagation de l'espèce.

En réunissant ou en employant séparément ' voir,

manière bien plus profonde qu'on ne le croiroit au premier coup d'œil. En rapprochant un grand nombre de germes , il a resserré dans un espace assez étroit les œufs de ces animaux , pour que plusieurs de ces œufs se soient collés l'un à l'autre , comprimés, pénétrés > entièrement réunis, et, pour ainsi dire, identifiés ; et de cette introduction d'un œuf dans un autre , si je puis parler ainsi , il est résulté une confusion si grande de deux fœtus , que l'on a tu éclore des poissons monstrueux , dont ' les uns avoient deux têtes et deux avantcorps, pendant que d'autres présentaient deux têtes, deux corps et deux queues liés ensemble par le ventre ou par un côté qui appartenoit aux deux corps , et attachés même quelquefois par cet organe commun, de manière à représenter une croix.

Mais laissons ces écarts que la Nature , contrainte d'obéir à l'art de l'homme, peut présenter, comme lorsque , indépendante de cet art , elle n'est soumise qu'aux hasards des accidens : les produits de celle sorte d'accouplement extraordinaire ne constituent aucune amélioration ni de l'espèce, ni même ne l'individu ; ils ne se perpétuent p« par la génération ; ils n'ont en

général qu'une courte existence ; ils sont étrangers à notre sujet.

Examinons des effets bien différens de ces phénomènes, et par leur durée, et par leur esssence.

Voici tous les attributs des poissons que la domesticité a déjà pu changer :

Les couleurs : elles ont été variées et dans leurs nuances et dans leur distribution.

Les écailles : elles ont acquis ou perdu de leur épaisseur et de leur opacité ; leur figure a été altérée ; leur surface étendue ou rétrécie ; leur adhésion à la peau aflbiblie ou fortifiée ; leur nombre diminué ou augmenté.

Les dimensions générales : elles ont été agrandies ou rapetissé es.

Les proportions des principales parties de la tête, du corps ou de la queue : elles ont montré de nouveaux rapports.

La nageoire dorsale : elle a disparu.

La nageoire de la queue : elle a offert une nouvelle forme , et de plus elle a été ou doublée ou triplée , comme on a pu le voir, par exemple , en examinant les modifications que le cyprin doré a subies dans

ent ces quatre instrumens de son pou- les bassins d'Europe, et surtout dans ceux ir, l'homme a modifié les poissons d une de la Chine , où il est élevé avec soin de-

puis un grand nombre de siècles.

L'art a donc déjà remanié, pour ainsi dire , non seulement les tégumens des poissons , et même un des plus puissans instrumens de leur natation , mais encore presque tous leurs organes, puisqu'il en a changé les proportions ainsi que l'étendue*

C'est par ces grandes modifications qu'il a produit des variétés remarquables. A masure que l'influence a été forte, que l'impression a été vive , qu'elle a pénétré plus avant , le changement a été plus profond , et par conséquent plus durable. La nou* velle manière d'être , produite par l'empire de l'homme , a été assez intérieure , assez empreinte dans tous les organes qui concourent à la génération , assez liée avec toutes les forces qui contribuent à cet acte, pour qu'elle ait été transmise, au moins en grande partie , aux individus provenus de mâles et de femelles déjà modifiés. Les variétés sont devenues des races plus ou moins durables ; et lorsque , par la constance des soins de l'homme , elles auront acquis tous les caractères de la stabilité, c'est-à-dire, lorsque toutes les partiel de l'animal qui , par une suite de leur dépendait? jauiuijia , sauvant agir le» onef

EFFETS

sur les autres , auront reçu une modification proportionnelle, et que par conséquent il n'existera plus de cause intérieure qui tende à ramener les variétés vers leur état primitif, ces mêmes variétés, au moins si elles sont séparées, par d'assez grandes différences , de la souche dont elles auront été été détachées, constitueront de véritables espèces permanentes et distinctes.

C'est alors que l'homme aura réellement exercé une puissance rivale de celle de la Nature , et qu'il aura conquis l'usage d'un mode nouveau et bien important d'améliorer les poissons.

Mais il peut déjà avoir recours à ce moiera moins la [ui sera bien

ce que nous ir les races ; une autre; » à féconder idra dans ses que l'on a dû a voulu tenou d'une fei mâle d'une i a choisi les nammiféres , ose avec tant ufs!

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mâles, et que leur position les invite, pour ainsi dire , à les arroser de leur fluide fécondant. Dans quelques circonstances , on pourroit les y contraindre , en quelque sorte, en détruisant autour de leur habitation ordinaire, et à une distance assez grande , les œufs de leurs propres femelles. Dans d'autres circonstances, on pourroit essayer de les faire arriver en grand nombre au-dessus de ces œufs étrangers que l'on voudroit les voir vivifie, r, en mêlant à ces œufs une substance composée , factice et odorante, que plusieurs tentatives feroient découvrir , et qui , agissant sur leur odorat comme les œufs de leur espèce , lés détermineroit aussi efficacement que ces derniers à se débarrasser de leur laite, et à la répandre adondamment.

Voudra-t-on se livrer à des essais plus hasardeux , et réunir deux espèces de poissons dont les époques du frai sont séparées par un intervalle de qu elques jours ? Que l'on garde des œufs de l'espèce qui fraie le plus tôt ; que l'on se souvienne qu'on peut les préserver du degré de décomposition qui s'opposeroit à leur fécondation , et qu'on les répande, avec les précautions •nécessaires, à la portée des mâles de la seconde espèce , lorsque ces derniers sont arrivés au terme de la maturité.

Au reste , les soins multipliés que Ton est obligé de se donner pour faire réussir ces unions que l'on pourroit nommer artificielles , expliquent pourquoi des réunions analogues sont très-peu fréquentes dans la Nature , et par conséquent pourquoi cette Nature, quelque puissante qu'elle soit, ne produit cependant que très- rarement des espèces nouvelles par le mélange des espèces anciennes. Cependant, depuis que l'on observe avec plus d'attention les poissons , on remarque, dans plusieurs genres de ces animaux , des individus qui , présentant des caractères de deux espèces différentes et plus ou moins voisines , paroissent appartenir à une race intermédiaire que l'on devra regarder comme une espèce métive et distincte, lorsqu'on l'aura vue se maintenir pendant un temps très - long avec toutes ses propriétés particulières , et du moins avec ses attributs essentiels. Nous avotfs commencé de recueillir des faits curieux au sujet de ces espèces, pour ainsi dire , mi-parlies , dans les lettres de plusieurs de nos savans correspondans, et notamment M. Noël , de Rouen. Ce dernier naturaliste pense, par exempje, qu$ 1<$ nqmbieuses esg'gcçg de laigs qjj sj ren^n:

DE L'ART DE L'HOMME SUU LES POISSONS

frent sur les rives françaises de la Manche, lors du temps de la fécondation des œufs , doivent, en se mêlant ensemble, avoir donné ou donner le jour à des espèces ou races nouvelles. Cette opinion de M. Noël rappelle celle des anciens au sujet des monstres de l'Afrique. . Ils croy oient que les grands mammifères de cette partie du mon* de qui habitent les environs des déserts, et que la chaleur et la soif dévorantes contraignent de se rassembler fréquemment en troupes très-nombreuses autour des amas d'eau gui résistent aux rayons ardens du soleil dans ces régions voisines des tropiques , doivent souvent s'accoupler les uns avec les autres , et que de leur union résultent des mulets féconds ou inféconds, qui, par le mélange extraordinaire de diverses formes remarquables et de diflerens attributs singuliers, méritent ce nom imposant de montires africains.

Cependant ne cessons pas de nous occuper de ces poissons mulets que l'art peut produire, ou que la Nature fait naître chaque jour par l'union de la carpe avec la'gi* belle , Ou par celle de plusieurs autres espèces, fans faire une réflexion importante relativement à la génération des animaux dont nous écrivons l'histoire, et même à celle (le presque tous les animaux.

Des auteurs d'une grande autorité ont écjit que, dans la reproduction des poissons , la femelle exerçoit une si grande influence , que le fœtus étoil entièrement formé dans l'œuf avant l'émission de la laite du mâle , et que la liqueur séminale dont l'œuf étoit arrosé , imbibé et pénétré ', ne de voit être considérée que comme une sorte de stimulus propre à donner le mouvement et la vie à l'embryon préexistant.

Cette opinion a été étendue et généralisée au point de devenir une théorie sur la génération des animaux , et même sur celle de l'homme. Mais l'existence des métis ne détruit-elle pas cette hypothèse? Ne doit-on pas voir que si la liqueur fécondante du mâle n'étoit qu'un fluide excitateur, n'influoit en rien sur la forme du fœtus , ne donnoit aucune partie à l'embryon, les œufs de la même femelle , de quelque laite qu'ils fussent arrosés, feroient toujours naître des individus semblables? le stimulus pourroit être plus ou moins actif; l'embryon seroit plus fort ou plus foible ; le fœtus éclôroit plus tôt ou puis tard; l'animal jouiroit d'une vitalité plus ou moins grande ; mais ses formes seroient toujours

les mêmes; le nombre de ses organes ne varieroit pas ; les dimensions pourroient être agrandies ou diminuées; mais les proportions, les attributs, les signes dislinclifs , ne montreroient aucun changement, aucune modification; aucun individu ne présenteroît en même temps et des traits du mâle et des traits de la femelle ; il ne pourroit, dans aucune circonstance, exister un véritable métis.

Quoi qu'il en soit , les espèces que l'homme produira , soit par l'influence qu*rl exercera sur les individus soumis à son empire , soit par les alliances qu'il établira entre des espèces voisines ou éloignées, seront un grand moyen de comparaison pour juger de celles que la Nature a pu ou pourra faire naître dans le cours des siècles. Les modifications que l'homme imprime serviront à déterminer celles que la Nature impose. La connoissance que l'on aura du point où aura commencé le développement des premières , cl de celui où il se sera arrêté, dévoilera l'origine et l'étendue des secondes. Les espèces artificielles seront la mesure des espèces naturelles. On sait, par exemple, que le cyprin doré de la Chine perd dans h domesticité , non seulement des traits de son espèce par l'altération de la forme de sa nageoire caudale , mais encore des signes distinclifs du groupe principal ou du genre auquel il appartient, puisque la nageoire du dos lui est ôtée par l'art, et même des caractères de la grande famille ou de l'ordre dans lequel il doit être compris , puisque la main de l'homme le prive de ses nageoires inférieures dont la position ou l'absence indiquent les ordres des poissons.

A la vérité, l'action de l'homme n'a pas encore pénétré assez avant dans l'intérieur de ce cyprin doré pour y changer ces proportions générales de l'estomac , des intestins, du foie, des reins, des ovaires, etc., qui constituent véritablement la diversit •» des ordres, pendant que l'absence ou la position des nageoires inférieures n'esî qu'un signe extérieur qui , par ses relatio- « avec la forme et les dimensions des orr-' nés internes, annonce ces ordres sans c:i produire la diversité.

Mais que sont quelques milliers d'en nées, pendant lesquels les Chinois ont nv? nié, pour ainsi dire, leur cyprin doré, lorsqu'on les compare au lertips dont la Nature dispose ? C'est cette lenteur dans le travail, c'est cette série infinie d'actions succcssi$£S,^est cette accumulation per

EFFETS

pétuelle d'efforts dirigés dans le même sens, c'est cette constance et dans l'intensité et dans la tendance de la force , c'est cet emploi de tous les instans dans une durée non interrompue de milliers de siècles, qui, survivant à tous les obstacles qu'elle n'a pu ni dissoudre ni écarter, est le véritable principe de la puissance irrésistible de la Nature. En ce sens, la Nature est le temps, qui régne sans contrainte sur la matière qu'elle façonne et sur l'espace dans lequel elle distribue les ouvrages de ses mains immortelles.

Ce sera donc toujours bien au-delà de la limite du pouvoir de l'homme , qu'il faudra placer celle de la force victorieuse qui appartient à la Nature. Mais les juge mens que nous porterons de cette force d'après l'étendue de l'art n'en seront que plus fondés ; nous n'aurons que plus de raison de dire que les espèces artificielles , excellentes mesures des espèces .naturelles produites dans la suite des âges , sont aussi le mètre d'après lequel nous pourrons évaluer avec précision le nombre des espèces perdues , le nombre de celles qui ont disparu avec les siècles.

Deux grandes manières de considérer l'univers animé sont dignes de toute l'attention du véritable naturaliste.

D'un côté , on peut voir, dans les temps très-anciens, tous les animaux n'existant encore que dans quelques espèces primitives , qui, par des moyens analogues à ceux que l'art de l'homme peut employer, ont produit, par la force de la nature, des espèces secondaires, lesquelles par elles-mêmes , ou par leur union avec les primitives, ont fait naître des- espèces tertiaires, etc. Chaque degré de cet accroissement successif offrant un plus grand nombre d'objets que le degré précécent, les a montrés séparés les uns des autres par des intervalles plus petits, et distingués par des caractères moins sensibles ; et c'est ainsi que les produits animés de la création sont parvenus à cette multitude innombrable et à cette admirable variété qui étonnent et enchantent l'observateur.

D'un autre côté, on peut supposer que, dans les premiers âges , toutes le manières d'ôtre ont été employées par la Nature ; qu'elle a réalise toutes les formes , développé tous les organes , mis en jeu toutes les facultés, donné le jour* à tous les êtres vivons que l'imagination la plus bizarre peut concevoir ; que , dans ce nombre infini d'espèces, celles qui n'avaient reçu

que des moyens imparfaits de pourvoir à leur nourriture , à leur conservation , à leur reproduction , sont tombées successivement dans le néant ; et que tout s'est réduit enfin à ces espèces majeures, êtres mieux partagés , qui figurent encore sur le globe.

Quelque opinion qu'il faille préférer sur le point du départ de la Nature créatrice, sur celte multiplication croissante, ou sur cette réduction graduelle, l'état actuel des choses ne nous permet pas de ne pas considérer la Nature vivante comme se balançant entre les deux grandes limites que lui opposeroient à une extrémité un

Ïictit nombre d'espèces primitives, et à 'autre extrémité Pin Imité de toutes les espèces que l'on peut imaginer. Elle tend continuellement vers Tune ou vers l'autre de ces deux limites , sans pouvoir maintenant en approcher, parce qu'elle obéit à des causes qui agissent en sens contraire les unes des autres, et qui , tour à tour victorieuses et vaincues , ne cèdent , lors de quelques époques . que pour reparaître ensuite avec leur première supériorité.

Quel spectacle que celui de ces alternatives 1 quelle étude que celle de ces phénomènes ! quelle recherche que celle de ces causes ! quelle histoire que celle de ces époques f

Et pour les bien décrire , ou plutôt pour les connoitre dans toute leur étendue, il faut les contempler sous ies dùTérens points de vue que donnent trois suppositions, parmi lesquelles le naturaliste doit choisir, lorsqu'il examine l'état passé, présent et futur du globe sur lequel s'opère ce balancement merveilleux.

La température de la terre est-elle constante , comme on l'a cru pendant longtemps? ou la chaleur dont elle est pénétrée va-t- elle en croissant , ainsi que quelques physiciens l'ont pensé ? ou cette chaleur décroît-elle chaque jour, comme l'ont écrit de grands naturalistes et de grands géomètres, les Leihnilz, les Buffon, les Laplace?

Présentons la question sous un aspect plus direct. La Nature vivante est -elle toujours animée par la même température ? ou la chaleur , ce grand principe de son énergie , diminue - 1 - elle ou s'accroît-elle à mesure que les siècles augmentent?

Quels sujets sublimes pour la méditation du géologue et du zoologiste! quelle

DB L'ART DE L'HOMME SDR LES POISSONS 273

immensité d'objets! quelle noble fierté tant chaque événement à sa place , fera la rbornme devra ressentir, lorsque, après lès part et des temps écoulés et des temps qui avoir contemplés, son génie les verra sans s'avancent.' cuage» les peindra sans erreur, et, met-

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