NEUVIÈME GENRE
LES ACIPENSÈRES.
Vouverture de la bouche, située dans la partie inférieure de la tête, rétractile, et sans dents; des barbillons au-devant de la bouche; le corps allongé, et garni de vluMeur* rangs de plaques dures. .
PREMIER SOUS-GENRE
Les lèvres fendues.
ESPÈCE
L'àcipensèhe esturgeon.
CARACTERES
Quatre barbillons plus près ou aussi près de l'extrémité du museau que de 'ouverture de la bouche.
/Qua o.
SECOND SOUS-GENRE
Les lèvres non fendues.
ESPECES
L'acipensère ncsô.
, L'acipensère
STRELET.
CARACTBRBS.
Le museau à peu près de la longueur du grand diamètre de l'ouverture de bouche.
yLeit \ loi \ mi ( la
/ Le musea \ fois plu ] diamèt V de la h
f Le museau trois ou quatre >1 us long que le grand liamètre de l'ouvertur* i bouche.
L'ACIPENSÈRE ESTUR- GEON «.
L'on doit compter les acipensères parmi les plus grands poissons. Quelques-uns de ces animaux parviennent, en effet, à une longueur de plus de vingt-cinq pieds ( près de neuf mètres). Mais s'ils atteignent aux dimensions du plus grand nombre de squales, avec lesquels leur conformation exté-
I. Estourgeon, dans plusieurs déparlemens méridionaux, stùrium et civac, dans d'autres ; porcelleto, adello, adano-, adeno , attihts, et sturione, en Italie; the sturgeon, en Angleterre ; stentj en flamand ; store, en Dancmarck ; stor, en Suède.
espèces.
A. L'acipensère étoile.
caractères.
/Le museau un peu recourbé, élargi vers son extrémité, et cinq Ou six fois S lus long que le grand iamètre de l'ouverture de la bouche.
rieure leur donne d'ailleurs beaucoup de rapports ; s'ils voguent, au milieu des ondes, leurs égaux en grandeur, ils sont bien éloignés de partager leur puissance. Ayant reçu une chair plus délicate et des muscles moins fermes, ils ont été réduits à une force bien moindre ; et leur bouche , plus petite , ne présente que des cartilages plus ou moins endurcis , au lieu d'être armée de plusieurs rangs de dents aiguës, longues et menaçantes. Aussi ne sont-ils le plus souvent dangereux que pour les poisssons mal défendus par leur taille ou par leur conformation ; et , comme ils se nourrissent assez souvent de vers, ils ont même des appétits peu violens, des habitudes douces , et des inclinations paisibles. Extrêmement féconds , ils sont répandus dans tontes les
I/ÀCIPENSERJ5 ESTURGEON.
tttra et dans presque tons les grands fleuves qui arrosent la surface du globe, comme autant d'agens pacifiques d'une Nature créatrice et conservatrice, au lieu d'être, comme les squales, les redoutables ministres de la destruction. Et comment l'absence seule des dents meurtrières dont la gueule des squales est hérissée nedéterminereit-elle pas cette grande différence F Que Ton arrache ses armes à l'espèce la plus féroce , et bientôt la nécessité aura amorti celte ardeur terrible qui la dévoroit ; obligée de renoncer à une proie qu'elle ne pourra plus vaincre, forcée d'avoir recours à de nouvelles allures, condamnée à des précautions qu'elle n'avoit pas connues, contrainte de chercher des asiles qui lui étoient inutiles, imprégnée de nouveaux sucs, nourrie de nouvelles substances, elle sera , au bout d'un petit nombre de générations, assez profondément modifiée dans toute son organisation , pour n'offrir plus que de la foùSlesse dans ses appétits, delà réserve dans ses habitudes , et même de la timidité dans son caractère.
Parmi les différentes espèces de ces adpenséres , qui attirent l'attention du philosophe, non-seulement par leurs formes, leurs dimensions , leurs affections, et leurs manières de vivre, mais encore par la nourriture saine, agréable , variée et abondante qu'elles fournissent à l'homme , ainsi que par les matières utiles dont elles enrichissent les arts, la mieux connue et la plus anciennement observée est celle de l'esturgeon, qui se trouve dans presque toutes les contrées de l'ancien continent. Elle ressemhie aux squales, comme les autres poissons de sa famille , par l'allongement de son corps, la forme de la nageoire caudale qui est divisée en deux lobes inégaux , et celle du museau , dont l'extrémité , plus ou moins prolongée en avant, est aussi plus ou moins arrondie.
L'ouverture de la bouche est placée , comme dans le plus grand nombre de squales, au-dessous de ce museau avancé. Des cartilages assez durs garnissent les deux mâchoires et tiennent lieu de dents : la lèvre supérieure est , ainsi que l'inférieure , divisée au moins en deux lobes ; et l'animal peut les avancer l'une et l'autre , ou les retirer à volonté.
Entre cette ouverture de la bouche et le bout du museau, on voit quatre filamens déliés rangés sur une ligne transversale, aussi éloignés de cette ouverture que de l'extrémité de la tête . et mime quelque-
fois plus rapprochés de Cette dernière partie que de la première. Ces barbillons, très-menus, très-mobiles, et un peu semblables à de petits vers, attirent souvent de petits poissons imprudens jusqu'auprès de la gueule de l'esturgeon, qui avoit caché presque toute sa tête au milieu des plantes marines ou fluviatiles.
Au-devant des yeux sont les narines , dont l'intérieur présente une organisation un peu différente de celle que nous avons vu dans le siège de l'odorat des raies et des squales, mais qui offre une assez grande étendue de surface pour donner à l'animal un grand nombre de sensations plus ou moins vives. Dix-neuf membranes doubles s'y élèvent en forme de petits feuillets, et aboutissent à un centre commun, comme autant de rayons.
L'ouverture des branchies est fermée de chaque côté par un opercule , dont la surface supérieure montre an grand nombre de stries plus ou moins droites, et réunies presque toutes dans un point commun et à peu prés central.
Des stries disposées de même et plus ou moins .saillantes paroissent le plus souvent sur les plaques dures que Ton voit former plusieurs rangées sur le corps de l'esturgeon. Ces plaques rayonnées et osseuses, que l'on a nommées de petits boucliers , sont convexes par-dessus, concaves pardessous , un peu arrondies dans leur contour, relevées dans leur centre, et terminées, dans cette partie exhaussée , par une pointe recourbée et tournée vers la queue. Elles forment cinq rangs longitudinaux qui partent de la tête, et qui s'étendent jusqu'auprès de la nageoire de la queue , excepté celui du milieu , qui se termine à la nageoire dorsale. Cette rangée du milieu est placée sur la partie la plus élevée du dos , et composée des plus grandes piéees ; les deux rangées les plus voisines sont situées un pou sur les côtés de l'esturgeon , et les deux les plus extérieures bordent d'un bout à l'autre le dessous du corps de ce cartilagineux. Ces cinq séries de petits boucliers sont assez élevées pour faire .paroi tre l'ensemble de l'animal comme une sorte de prisme à cinq faces, et par conséquent à cinq arêtes.
Le nombre de ces plaques varie dans chaque rang ; il est quelquefois de onze ou douze dans la rangée du dos, et il n'est pas rare de voir la plus grande de ces pièces avec un diamètre de quatre ou cinq pouces,, sur des esturgeons, déjà parvenus à la
L'ACIPENSEkE ESTURGEON.
longueur de dix ou onze pieds. L'épaisseur des boucliers répondant à leur volume , et leur dureté étant très-grande, les cinq rangées qu'ils composent seroient donc une excellente défense pour l'esturgeon , et le rendroient un des mieux cuirassées des poissons, si ces rangées n'étoient pns séparées l'un de l'autre par de grands intervalles.
La nageoire dorsale commence par un rayon très-gros et très-fort, et est située plus loin de la tète que les nageoires veni traies; celle de l'anus est plus éloignée encore du museau ; et le lobe inférieur de la 'uageoire caudale est en forme de faux, plus long et surtout plus large que le supérieur.
L'esturgeon a une conformité déplus avec les raies, par deux trous garnis chacun d'une valvule mobile à volonté, et qui,
Ïtlacésdans le rectum , très-prés de l'anus, 'un à droite et l'autre à gauche , font communiquer cet intestin avec la cavité de l'abdomen. L'eau de la mer, ou celle des rivières, pénétre dans cette cavité par ces deux ouvertures ; elle s'y mêle avec celle que les vaisseaux sanguins y déposent, ou que d'autres parties du corps peuvent y laisser filtrer, et parvient ensuite jusque dans la vessie.
La couleur de l'esturgeon est bleuâtre , avec de petites taches brunes sur le dos , et noires sur la partie inférieure du corps. Sa grandeur est très-considérable , ainsi que nous l'avons déjà annoncé ; et lorsqu'il a atteint tout son développement , il a plus de dix-huit pieds , ou de six mètres , de longueur.
Cet énorme cartilagineux habite non-seulement dans l'Océan , mais encore dans la Méditerranée , dans la mer Rouge , dans le Ponl-Euxin , dans la mer Caspienne. Mais, au lieu de passer toute sa vie au milieu des eaux salées, comme les raies, les squales, les lophies, les balistes et les chimères, il recherche les eaux douces comme le pétromyzon lamproie , lorsque le printemps arrive , qu'une chaleur nouvelle se fait sentir jusqu'au milieu des ondes, y ranime le sentiment le plus actif, et que le besoin de pondre et de féconder ses œufs le presse et l'aiguillonne. Il s'engage alors dans presque tous les grands fleuves. Il remonte particulièrement dans le Wolga, le Tanals, le Danube, le Pô, la Garonne, la Loire, le Rhin , l'Elbe , l'Oder. On ne le voit même le plus souvent que dans les fleuves larges et profonds, soit qu'il y trouve avec plus
de facilité l'aliment qu'il préfère, soit qu'il obéisse dans ce choix à d'autres causes presque aussi énergiques, et que, par exemple, ayant une assez grande force ditns ses diverses parties, dans ses nageoires , et particulièrement dans sa queue, quoique celte puissance musculaire soit inférieure , ainsi que nous l'avons dit, à celle des squales, il se plaise à vaincre, en nageant, des cou ra ns rapides . des flots nombreux , des masses d'eau volumineuses, et ressente , comme tous les êtres , le besoin d'exercer de temps en temps, dans toute sa plénitude, le pouvoir qui lui a été départi. D'ailleurs l'esturgeon présente un grand volume : il lui faut donc une grande place pour se mouvoir sans obstacle et sans peine ; et cette place étendue et favorable , il ne la trouve que dans les fleuves qu'il préfère.
Il grandit et engraisse dans ces rivières fortes et rapides , suivant qu'il y rencontre la tranquillité, la température et lesalimens qui lui conviennent le mieux; et il est de ces fleuves dans lesquels il est parvenu à un poids énorme , et jusqu'à celui de mille livres, ainsi que le rapporte Pline de quelques-uns de ceux que l'on voyoit de son temps dans le Po.
Lorsqu'il est encore dans la mef, on prés de l'embouchure des grandes rivières , il se nourrit de harengs, ou de maquereaux et de gades ; et lorsqu'il est engagé dans les fleuves, il attaque les saumons, qui les remontent à peu prés dans le même temps que lui, et qui ne peuvent lui opposer qu'une foible résistance. Gomme il arrive quelquefois dans les parties élevées des rivières considérables avant ces poissons, ou qu'il se mêle à leurs bandes, dont il cherche à faire sa proie , et qu'il parolt semblable à un géant au milieu de ces légions nombreuses, on l'a comparé à un chef, et on l'a nommé le conducteur des saumons.
Lorsque le fond des mers ou des rivières qu'il fréquente est très-limoneux, il préfère souvent les vers qui peuvent se trouver dans la vase dont le fond des eaux est recouvert, et" qu'il trouve avec d'autant plus de facilité au milieu de la terre grasse et ramollie, que le bout de son museau est dur et un peu pointu , et qu'il sait fort bien s'en servir pour fouiller dans le limon et dans les sables mous.*
Il dépose dans les fleuves une immense quantité d'œufs ; et sa chair y présente un degré de d^fca fesse très-rare , surtout dans les poissons cartilagineux. Ce goût fin et exquis est réuni dans l'esturgeon avec une
Dtyitiz
L'ACIPEPCSÊRE
wrte de compacité que Ton remarque dans sas muscles, et qui lea rapproche un peu des parties musculaires des autres cartilagineux t aussi sa chair a-t-elle été prise très» souvent pour celle d'un jeune veau, et a-til été de tous les temps très -recherché.
Non-seulement on le mange frais, mais, dans tous les pays où l'on .en prend un grand nombre, on emploie plusieurs sortes de préparations pour le conserver et pouvoir l'envoyer au loin. On le fait sécher, ou on le marine, ou on le sale. La laite du mâle est la po/tion de cet animal que l'on préfère à toutes les autres. Mais quelque prix qu'on attache aux diverses parties de l'esturgeon, et même à sa laite, les nations modernes qui en font la plus grande consommation et le paient le plus cher, n'ont pas pour les poissons en général un goût ausBi vif que plusieurs peuples anciens de l'Europe et de l'Asie, et particulièrement que les Romains enrichis des dépouilles du globe. N'étant pas d'ailleurs tombés encore dans ces inconcevables recherches du luxe, qui ont marqué les derniers degrés de l'asservissement des babitans de Rome , elles sont bien éloignées 4'avoir de la bonté et de la valeur de l'esturgeon une idée aussi extraordinaire que celle qu'on en avoit dans la capitale du monde , au milieu des temps de corruption qui ont précipité sa ruine. On n'a pas encore vu, dans nos temps modernes, des esturgeons portés en triomphe sur des tables fastueusement décorées , par des ministres couronnés de fleurs, et au son des instruirons , comme on l'a vu dans Rome avilie, esclave de ses empereurs, et expirant sous Je poids des richesses excessives des uns , de l'affreuse misère des autres , des vices ou des crimes de tous.
L'esturgeon peut être gardé hors de l'eau pendant plusieurs jours, sans cependant périr ; et l'une des causes de cette faculté qu'il a de se passer, pendant un temps assez long , d'un fluide aussi nécessaire que l'eau à la respiration des poissons, est la conformation de l'opercule qui ferme de chaque côté l'ouverture des branchies, et qui, étant bordé dans presque tout son contour d'une peau assez molle , peut s'appliquer plus facilement à la circonférence de l'ouverture , et la clore plus exactement *.
Nous pensons que l'acipensére décrit sous Je nom de tchypa par Guldenstaedt, et qui