‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 28 sur 658 · I. Discouru sur U sfcture des poissons · texte numérisé non relu

I. Discouru sur U sfcture des poissons

ESTURGEON. n

se trouve non-seulement dans la mer Caspienne , mais encore dans le lac Oka eo Sibérie , doit être rapporté a l'esturgeon , comme une simple variété, ainsi nue l'a soupçonné le professeur Gmelin '. 11 a en effet les plus grands rapports avec ce dernier poisson, il en représente les principaux caractères, et il ne narott en différer que par les attributs des jeunes animaux , une taille moins allongée , et une chair plus agréable au goût.

L'ACIPENSÉRE HÏJSO ».

Le buso n'est pas aussi répandu dans les différentes mers tempérées de l'Europe et de l'Asie que l'esturgeon. On ne Je trouve guère que dans la Caspienne et dans la mer Noire ; et on ne le voit communément remonter que dans le Wolga , le Danube , et les autres grands fleuves qui portent leurs eaux dans ces deux mers. Mais les légions que cette espèce y forme sont bien plus nombreuses que celles de l'esturgeon, et elle est bien plus féconde que ce dernier acipensére. Elle parvient d'ailleurs à des dimensions plus considérables : il y a des husos de plus de vingt-quatre pieds (huit métrés^) de longueur ; et l'on en pèche qui pèsent jusqu'à deux mille huit cents livres (plus de cent quarante myriagrammes). Il a cependant dans sa conformation de trèsgrands rapports avec l'esturgeon ; il n'en diffère d'une manière remarquable que dans les proportions de son museau et dans la forme de ses lèvres. Le museau de cet animal est, en effet, plus court que le grand diamètre de l'ouverture de sa bouche, et ses lèvres ne sont pas divisées de manière à présenter chaeune deux lobes.

Le nombre de pièces que l'on voit dans les cinq rangées de grandes plaques disposées longitudinalement sur son corps, est très-sujet à varier ; à mesure que l'animal vieillit, plusieurs de ces boucliers tombent sans être remplacés par d'autres : lors môme que le buso est arrivé à un âge très-avancé, il est quelquefois entièrement dénué de ces plaques très-dures ; et voilà pourquoi Ar-

l. S. G. Gmelin, J>. p. 238.

a. Cojae, 'la ns quelques parties de l'Italie; colpesce, dans d'autres parties de l'Italie ; lut* en, dans quelques contrées d'Allemagne ; collano , barbota, morona, par quelques Grecs modernes; bclluge, hvllouga) bcllnga, dons plusieui* pavsduNord; exos, par plusieurs auteurs latins.

L'ACIPENSÈRE HUSO,

tedi, et d'autres naturalistes, ont cru devoir distinguer cette espèce par le défaut de boucliers.

Il est le plus souvent d'un bleu presque noir sur le dos, et d'un jaune clair sur le ▼entre.

C'est avec les œufs que les femelles de cette espèce pondent en très-grande quantité, au commencement du retour des chaleurs , que les habitans des rives des mers TVoire et Caspienne , et des grandes rivières qui s'y jettent , composent ces préparations connues sous le nom de caviar, et plus ou moins estimées , suivant que. les œufs , qui en sont la base , ont été plus ou moins bien choisis, nettoyés, maniés, pressés, mêlés avec du sel ou d'autres ingrédiens. Au reste , Ton se représentera aisément le grand nombre de ces œufs, lorsqu'on saura que le poids des deux ovaires égale presque le tiers du poids total de l'animal, et que ces ovaires ont pesé jusqu'à huit cents livres clans un huso femelle qui en pesoit deux mille huit cents.

Ce n'est cependant pas uniquement avec les œufs du huso que l'on fait le caviar ; ceux des autres acipenséres servent à composer cette préparation. Outre les œufs noirs de ces cartilagineux, on pourroit même employer dans la fabrication du caviar, selon M. Guldenstaedt , les œufs jaunes d'autres grands poissons, comme du brochet, du sandat, de la carpe, de la brème , et d'autres cyprins appelés en russe yaze, beresna, ou jeregh, etvirezou, dont la pêche est très-abondante dans le bas des fleuves de la Russie méridionale , l'Oural , le Wolga , le Terek , le Don et le Dnieper. Mais ce n'est pas seulement pour ses œufs que le huso est recherché ; sa chair est très -nourrissante, très -saine et trèsagréable au goût. Aussi est-il peu de poissons qui aient autant exercé l'industrie et animé le commerce des habitans des côtes maritimes Ou des bords des grands fleuves, que l'acipensére dont nous nous occupons. On emploie , pour le prendre , divers procédés qu'il est bon d'indiquer, et qui ont été décrits très en détail par d'habiles observateurs. Le célèbre naturaliste de Russie , le professeur Pallas , nous a particulièrement fait connoître la manière dont on pêche le huso dans le Wolga et dans le Jaick , qui ont leurs embouchures dans la mer Caspienne. Lorsque le temps pendant lequel les acipenséres remontent de la mer dans les rivières est arrivé, on construit, dans certains endroits du Wolga ou du

Jaîck, une digue composée de pieux, et qui ne laisse aucun intervalle assez grand pour laisser passer le huso. Cette digue forme , vers son milieu , un angle opposé au courant, et par conséquent elle présente un angle rentrant au poisson qui remonte le fleuve , et qui , cherchant une issue au travers de l'obstacle qui l'arrête, est déterminé à s'avancer vers le sommet de cet angle. A ce sommet est une ouverture qui conduit dans une espèce de Chambre ou d'enceinte formée avec des filets sur la fin de l'hiver, et avec des claies d'osier pendant l'été. Au-dessus de l'ouverture est une sorte d'échafaud sur lequel des pécheurs s'établissent. Le fond de la chambre est , comme l'enceinte , d'osier ou de filet, suivant les saisons, et peut être levé facilement à la hauteur de la surface de l'eau. Le huso s'engage dans la chambre par l'ouverture que lui offre la digue ; mais à peine y est-il entré , que les pêcheurs placés sur l'échafaud laissent tomber une porte qui lui interdit le retour vers la mer. On lève alors le fond mobile de la chambre , et l'on se saisit facilement du poisson. Pendant le jour, les acipenséres qui pénètrent dans la grande enceinte avertissent les pêcheurs de leur présence par le mouvement qu'ils sont forcés de communiquer à de» cordes suspendues à de petits corps flottans ; et pendant la nuit ils agitent nécessairement d'autres cordes disposées dans la chambre , et les tirent assez pour faire tomber derrière eux la fermeture dont nous venons de parler. Non-seulement ils sont pris par la chute de cette porte, mais encore cette fermeture, en s'enfonçant, fait sonner une cloche qui avertit et peut éveiller le pêcheur resté en sentinelle sur l'échafaud.

Le voyageur Gmelin, qui a parcouru différentes contrées de la Russie , a décrit d'une manière très-animée l'espèce de pêche solennelle quia lieu de temps en temps, et au commencement de l'hiver, pour prendre les husos retirés vers cette saison dans les cavernes et les creux des rivages voisins d'Astracan. On réunit un grand nombre de pêcheurs; on rassemble plusieurs petits bâtimens ; on se prépare comme pour une opération militaire importante et bien ordonnée; on s'approche avec concert, et par des manœuvres régulières, des asiles dans lesquels les husos sont crfchés ; on interdit avec sévérité le bruit le plus foible non-seulement aux pêcheurs, mais encore à tous ceux qui peuvent naviguer auprès

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L'ACIPLINSÉRE HUSO.

de la flotte ; on observe le plus profond silence; et tout d'un coup, poussant de grands cris, que les échos grossissent et multiplient, on agite, on trouble , on effraie à vivement les husos , qu'ils se précipitent en tumulte hors de leurs cavernes , et vont tomber dans les filets de toute espèce tendus ou préparés pour les recevoir.

Le museau des husos , comme celui de plusieurs cartilagineux , et particulièrement d'un grand nombre de squales, est trèssensible à toute espèce d'attouchement. Le dessous de leur corps, qui n'est revêtu que d'une peau assez molle , et qui ne présente pas de boucliers , comme leur partie supérieure, jouit aussi d'une assez grande sensibilité ; et Marsigli nous apprend , dans son Histoire du Danube, que les pêcheurs de ce fleuve se sont servis de cette sensibilité du ventre et du museau des husos pour les prendre avec plus de facilité. En opposant à leur museau délicat des filets ou tout autre corps capable de le blesser, ils ont souvent forcé ces animaux à s'élancer sur le rivage ; et lorsque ces acipenséres ont été à sec et étendus sur la grève , ils ont pu les contraindre, par les divers attouchement qu'ils ont fait éprouver à leur ventre , à retourner leur longue masse , et à se prêter, . malgré leur excessive grandeur, à toutes les opérations nécessaires pour les saisir et' pour les attacher.

Lorsque les husos sont très-grands, on est, en effet, obligé de prendre des précautions contre les coups qu'ils peuvent donner avec leur queue : il faut avoir recours à ces précautions, lors même qu'ils sont hors de l'eau et gisans sur le sable ; et on -doit alors chercher d'autant plus à arrê-

flexions que l'animal veut imprimer à m queue, et à la vitesse avec laquelle il tend à les exécuter.

Cette chaîne de vertèbres cartilagineuses, qui régne depuis la tête jusqu'au bout de la queue, présente, comme dans les autres poissons du même genre, trois petits canaux , trois cavités longitudinales. La supérieure renferme la moelle épiniére , et la seconde contient une matière tenace , susceptible de se durcir par la cuisson, qui commence à la base du crâne, et que l'on retrouve encore auprès de la nageoire caudale

C'est au-dessous de cette épine dorsale qu'est située la vésicule aérienne, qui est simple et conique , qui a sa pointe tournée vers la queue, et qui sert à faire, sur les bords de la mer Caspienne et des fleuves qui y versent leurs eaux, cette colle de poisson si recherchée, que l'on distribue dans toute PEurope, et que l'on y vend à un prix considérable. Les diverses opérations que l'on emploie, dans cette partie de la Russie , pour la préparation de cette colle si estimée , se réduisent à plonger les vésicules aériennes dans l'eau, à les y séparer avec soin de leur peau extérieure et du sang dont elles peuvent être salies, à les couper en long, à les renfermer dans une toile, à les ramollir entre les mains, à les façonner en tablettes ou en espèces de petits cylindres recourbés, à les percer

Î>our les suspendre , et à les exposer, pour es faire sécher, à une chaleur modérée et plus douce que celle du soleil.

Cette colle , connue depuis long temps sous le nom d'icktyocolle , ou de colle de poisson, et qui a fait donner au huso le nom dHcktyocolle , a été souvent employée

ter- les mouvemens de cette queue très- « dans la médecine contre la dyssenterie, les

longue par les liens dont on l'entoure, que leur puissance musculaire, quoique inférieure à celle des squales, ne peut qu'être dangereuse dans des individus de plus de vingt pieds de long, et que les plaques dures et relevées qui revêtent l'extrémité postérieure du corps sont trop séparées les unes des autres pour en diminuer la mobilité, et ne pas ajouter par leur nature et par leur forme à la force du coup.

D'ailleurs la rapidité des mouvemens n'est point ralentie dans le huso , non plus que dans les autres acipenséres, par les vertèbres cartilagineuses qui composent l'épine dorsale, et dont la suite s'étend jusqu'à l'extrémité de la queue. Ces vertèbres se prêtent, par leur peu de dureté et par leur conformation , aux diverses in-

ulcéres de la gorge , ceux des poumons, et d'autres maladies. On s'en sert aussi beaucoup dans les arts, et particulièrement pour éclaircir les liqueurs et pour lustrer les étoffes. Mêlée avec une colle plus forte , elle peut réunir les morceaux séparés de la porcelaine et d'un verre cassé ; elle porte alors le nom de colle à verre et à •porcelaine; et on la nomme colle à bouche, lorsqu'on l'a préparée avec une substance agréable au goût et à l'odorat, laquelle permet d'en ramollir les fragmens dans la bouche , sans aucune espèce de dégoût.

Mais ce n'est pas seulement avec les vésicules aériennes du huso que l'on compose, près de la mer Caspienne, cette colle si utile, que l'on connoît dans plusieurs contrées russes , sous le nom d'«*-

L'ACIPENSEKE IIUSO.

blàt : on y emploie celles de tous les aci. penséres que Ton y pêche. On peut très-bien imiter en Europe les procédés des Russes pour la fabrication d'une matière qui forme une branche de commerce plus importante qu'on ne le croit; et je puis assurer que particulièrement en France l'on peut parvenir aisément a s'affranchir du paiement de sommes considérables, auquel nous nous sommes soumis envers l'industrie étrangère

four en recevoir cette colle si recherchée. 1 n'est ni dans nos étangs, ni dans nos rivières, ni dans nos mers, presque aucune espèce de poisson dont la vésicule aérienne, et toutes les parties minces et membraneuses, ne puissent fournir, après avoir été nettoyées, séparées de toute matière étrangère, lavées, divisées, ramollies, et séchéesavec soin, une colle aussi bonne, ou du moins presque aussi bonne , que celle qu'on nous apporte de la Russie méridionale. On Pa essayé avec succès; et je n'ai pas besoin de faire remarquer à quel bas prix et dans quelle quantité on aurait une préparation que l'on feroit avec des matières rejetées maintenant de toutes les poissonneries et de toutes les cuisines, et dont l'emploi ne diminuerait en rien la consommation des autres parties des poissons. On aurait donc le triple avantage d'avoir en plus grande abondance une matière nécessaire à plusieurs arts, de la payer moins cher, et de la fabriquer en France ; et on devrait surtout se presser de se la procurer, dans un moment où mon savant confrère, M. Rochon , membre de l'Institut national, a trouvé , et fait adopter pour la marine, le moyen ingénieux de remplacer le verre , dans un grand nombre de circonstances, par des toiles très-claires de fil de métal , enduites de colle de poisson.

La graisse du huso est presque autant employée que sa vessie aérienne par les habitans des contrées méridionales de la Russie. 'Elle est de très-bon goût lorsqu'elle est fraîche ; et l'on s'en sert alors à la place du beurre ou de l'huile. Elle peut d'autant plus remplacer cette dernière substance, que la graisse des poissons est toujours plus ou moins huileuse.

On découpe la peau des grands husos, de manière à pouvoir la substituer au cuir de plusieurs animaux ; et celle des jeunes, bien sèche, et bien débarrassée de toutes les matières qui pourraient en augmenter Pépeisseuret en altérer la transparence, tient heu de vitre dans une partie de la Ruarieet de la Tartam.

La<hair, les œufs, la vessie à air, la graisse, la peau, tout est donc utile à l'homme dans cette féconde et grande espèce d'acipensere *. Il n'est donc pas sur- { Menant que, dans les contrées où elle est e plus répandue, elle porte différens noms. Partout où les animaux ont été très-observés et trés-recberchès, ils ont reçu différentes appellations; chaque observateur, chaque artiste, chaque ouvrier, les ont vus sous une face particulière , et tant de rapports différens ont dû nécessairement introduire une grande variété dans les signes de ces rapports, et par conséquent dans les désignations du sujet de ces diverses relations.

Gomme les husos vivent à des latitudes éloignées de la ligne, et qu'Us habitent des pays exposés à des froids rigoureux, ils cherchent à se soustraire pendant l'hiver à une température trop peu convenable * leur nature, en se renfermant plusieurseusemble dans de grandes cavités des rivages. Ib remontent même quelquefois dans des fleuves, quoique la saison de la ponte soit encore éloignée, afin d'y trouver, sur les bords, des asiles plus commodes. Leur grande taille les contraint à être très-rapprochés lésons des autres dans ces cavernes, . quelque spacieuses qu'elles soient. Ils conservent plus facilement, par ce voisinage, le peu de chaleur qu'ils peuvent posséder ; ils ne s'y engourdissent pas ; ils n'y sont pas soumis du moins à une torpeur complète : ils y prennent un peu de nourriture ; mais le plus souvent ils ne fontque mettre à profit les humeurs qui s'échappent de leurs corps , et ils sucent la liqueur visqueuse qui enduit la peau des poissons de leur espèce, auprès desquels ils se trouvent.

I ls sont cependant assez avides d'aliment dans des saisons plus chaudes , et lorsqu'ils jouissent de toute leur activité ; et en effet, ils ont une masse bien étendue à entretenir. Leur estomac est, à la vérité, beaucoup moins musculeux que celui des autres acspensères ; mais il est d'un asses grand volume, et, suivant Pallas, 3 peut contenir, même dans les individus éloignés encore du dernier terme de leur accroisseatent, plusieurs animaux tout entiers et d'un volume considérable. Les sucs digestifsparoit* sent d'ailleurs jouir d'une grande Juron ? aussi avalent-ils quelquefois, etindépendanv

I. Oa mange jusqu'à l'épine cactikfMKttSe** dorsale du huso et de l'esturgeon i et ou l*J*f" pare de diverses manières dans les pays du Nord»

L'ACIPENSÈRE HUSO.

mort des peâssons dont ils se nourrissent , de jeunes phoques, et des canards sauvages qu'ils surprennent sur la surface des eaux qu'ils fréquentent , et qu'ils ont l'adresse de saisir par les pattes avec leur gueule, et d'entraîner au fond des flots. Lorsqu'ils ne trouvent pas à leur portée l'aliment qui leur convient, ils sont même obligés, dans certaines circonstances , pour remplir la vaste Capacité de leur estomac, le lester, pour ainsi dire , et employer en quelque sorte sessaes digestifs surabondans, d'y introduire les premiers corps qu'ils rencontrent , du jonc, des racines, on des morceaux de ces bois que l'on voit flotter sur la mer ou sur les rivières.

L'ACIPENSÈRE STRELET.

Cet acipensére présente des couleurs agréables. La partie inférieure de son corps est blanche, tachetée de rose ; son dos est noirâtre ; et les boucliers qui y forment des rangéeslongitudinales sont d'un beau jaune. Les nageoires de la poitrine , du dos , et de la queue , sont grises ; celles du ventre et de l'anus sont rouges. Mais le strelet est particulièrement distingué des acipenséres du second sous-genre, dans lequel il est compris, par la forme de son museau , qui est trois ou quatre fois plus long que le grand diamètre de l'ouverture de sa bouche : il Test d'ailleurs de l'esturgeon et du liuso par la petitesse de sa taille ; il ne parvient guère à la longueur de trois pieds, et ce n'est que très-rarement qu'on le voit atteindre à celle de quatre pieds et quelques pouces.

Il a sur le dos cinq rangs de boucliers , comme l'esturgeon et le huso. La rangée du milieu est composée ordinairement de quinze pièces assez grandes ; les deux qui viennent ensuite en comprennent chacune cinquante-neuf ou soixante, qui, par conséquent, ont un diamètre très-peu étendu ; et les deux rangs qui bordent le ventre sont formés de plaques plus petites encore , et qui, au lieu d'être très- relevées dans leur centre comme celle des trois rangées intérieures, sont presque entièrement plates.

On trouve cet acipensére dans la mer Caspienne, ainsi que dans leWoîgaet dans l'Oural , qui y ont leur embouchure ; on le voit aussi, mais rarement, dans la Jial tique ; et telles sont les habitations qu'il a reçues de la Nature. Mais l'art de l'homme , qui sait si bien détourner, combiner , accroître

modifier , dompter même les forces de la Nature, l'a transporté dans des lacs où l'on est parvenu , avec très- peu de pré» cautions, à le faire prospérer et multiplier : Frédéric 1er, roi de Suéde, l'a introduit avec succès dans le lac Maeleretdans d'autres lacs de la Suède ; et ce roi de Prusse , qui, philosophe et homme de lettres sur le trône , a su créer par son génie, et les états

3u'il devoit régir, et l'art de la guerre qui evoit les défendre , et l'art d'administrer, Plus rare encore , qui devoit leur donner abondance et le bonheur, a répandu le strelet dans un très -grand nombre d'endroits de la Poméranie et de la Marche de Brandebourg.

Voilà deux preuves remarquables de la facilité avec laquelle on peut donner à une contrée les espèces de poissons les plus utiles. Ces deux faits importans seront réunis à un grand nombre d'autres, dans le Discours que l'on trouvera dans cette histoire, sur les usages économiques des poissons, et sur les moyens d'en acclimater, d'en perfectionner, d'en multiplier les espèces et les individus.

Et que l'on ne soit pas étonné d'apprendre les soins que se sont donnés les chefs de deux grandes nations pour procurer à leurs pays l'acipensére strelet. Cette espèce est très-féconde : elle ne montre jamais, à la vérité, un très-grande taille ; mais sa chair est plus tendre et plus délicate que celle des autres cartilagineux de sa famille. Elle est d'ailleurs facile à nourrir ; elle se contente de très-petits individus, et même d'œufs de poissons dont les espèces sont trèscommunes ; et elle peut n'avoir d'autre aliment que les vers qu'elle trouve dans le limon desmers, desfleuves ou des lacs qu'elle fréquente.

C'est vers la fin du printemps que le strelet remonte dans les grandes rivières ; et comme le temps de la ponte et de la fécondation de ses œufs n'est pas très-long, on voit cet acipensére descendre ces mêmes rivières avant la fin de l'été, et tendre, même avant l'automne, vers les asiles d'hiver que la mer lui présente.

L'ACIPENSÈRE ÉTOILE.

Vers le commencement du printemps, on voit cet acipensére remonter le Panube et les autres fleuves qui se jettent dans la mer Noire ou dans la mer Caspienne. Il parvient à quatre ou cinq pieds de longueur ;

L'ACIPENSÈRE ÉTOILE.

et par conséquent il est pour le moins aussi long que le strelet , mais il est plus mince. Son museau , un peu recourbé , et élargi vers son extrémité, est cinq ou six fois plus long que le grand .diamètre de l'ouverture de la bouche ; et cette conformation du museau suffirait seule pour séparer l'étoile des autres acipenséres : au reste, le dessus de cette partie est hérissé de petites raies dentelées.

Les lèvres peuvent être étendues en avant beaucoup plus que dans les autres poissons du même genre. La tête , aplatie par-dessus et par les côtés, est garnie de tubercules pointus , et de petits corps durs, dentelés , et en forme d'étoiles. Le devant de la bouche présente quatre barbillons, comme dans tous les acipenséres.

On remarque, sur différentes parties du

corps de l'étoile , des rudimens crénelés d'écaillés; et l'on voit particulièrement, sur son dos , de petites callosités blanches, rudes , étoilées , et disposées sans ordre. Il a d'ailleurs cinq rangs de boucliers relevés et pointus , dont la rangée du milieu contient communément treize pièces, et dont les deux suivantes renferment chacune trente-cinq plaques pluspetites. Trois autres pièces sont placées au-delà de l'anus.

La couleur de cet animal est noirâtre sur le dos, tachetée et variée de blanc sur les côtés , et d'un- blanc de neige sur le ventre.

Cette espèce est très- féconde; l'on compte plus de trois cent mille œufs dans une seule femelle.

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