PERROQUET
ordinairement assez mince et plissée , pouvant recevoir aussi un grand développement, toute la portion inférieure du corps du tétrodon, et même ses côtés, s'enflent et se dilatent au point de représenter un globe plus ou moins parfait, et si grand à proportion du volume du poisson, que l'on croiroit, en Je voyant nager dans cet état, n'avoir sous les yeux qu'un ballon iiottant entre deux eaux , ou sur la surface des mers.
C'est principalement lorsque les tétrodons veulent s'élever qu'ils gonflent ainsi leur corps, le remplissent d'un fluide moins pesant que l'eau, et augmentent leur légèreté spécifique. Ils compriment, au contraire, le sac de leur péritoine, lorsqu'ils veulent descendre avec plus de facilité dans les profondeurs de l'océan ; et la partie inférieure de leur corps est pour ces cartilagineux une seconde vessie natatoire, plus puissante même peut-être que leur véritable vessie aérienne , quoique cette dernière soit assez étendue , relativement à la grandeur de l'animal.
Les tétrodons s'enflent aussi et s'arrondissent, lorsqu'ils veulent résister à une attaque ; et ils se boursoufllent ainsi non-seulement pour opposer à leurs ennemis un volume plus grand et plus embarrassant , mais encore parce que, dans cet état de tension des tégumens, les petits aiguillons qui garnissent la peau sont aussi saillans et aussi dressés qu'ils peuvent l'être.
Le perroquet, le premier de ces tétrodons que nous ayons à examiner, a élé nommé ainsi à cause de la forme de ses mâchoires , dont la supérieure est plus avancée que l'inférieure, et qui ont, avec le bec des oiseaux appelés perroquets, plus de ressemblance encore que celles des autres cartilagineux de la même famille.
Lorsque ce poisson n'est pas gonflé , il a le corps allongé comme presque tous les tétrodons vus dans ce même état de moindre extension. Les yeux sont gros; et audevant de chacun de ces organes est une narine fermée par une membrane , aux deux bouts de laquelle on voit une ouverture que le perroquet peut clore à volonté, ! en étendant cette même membrane ou pellicule.
L'orifice des branchies est étroit, un peu en croissant, placé verticalement, et situé , ? de chaque côté , au-devant de la nageoire pectorale, qui est arrondie, et souvent aussi ' éloignée de l'extrémité du museau que de la nageoire de l'anus. Cette dernière et
LE TETRODON PEUHOQUET.
celle du dos soûl presque au-dessus l'une de l'autre, et présentent à peu prés la même surface et la même figure. La nageoire de la queue est arrondie ; et comme aucune couverture épaisse ou solide ne gène dans le perroquet , ni dans les autres tetrodons, le mouvement de la queue et de sa nageoire; et que d'ailleurs ils peuvent s'élever avec facilité au milieu de l'eau, on peut croire que ces animaux , n'ayant besoin . en quelque sorte , d'employer leur force que pour s'avancer, jouissent de la faculté de nager avec vitesse.
C'est dans PIndc qu'habite ce cartilagineux, dont la partie supérieure est communément brune, avec des taches blanches et de diverses figures, et dont les côtés sont blancs avec des bandes irrégulières, longitudinales, et de couleurs foncées.
Des aiguillons revêtent la peau du ventre, cl sont renfermés presque en entier dans des espèces de petits cnfonccnicns, qui disparoissent lorsque l'animal se gonfle et que la peau est tendue *.
LE TETRODON ÉTOILE.
Nous avons trouvé la description de ce cartilagineux dans les écrits de Commerson, qui i'avoit vu parmi d'autres poissons apportés au marché de l'île Maurice , auprès de l'Ile-de-France. Ce voyageur comice la grandeur que présente le tétrodon étoile lorsqu'il est aussi gonflé qu'il puisse l'être, à celle d'un ballon à jouer , dont ce cartilagineux montreroit assez exactement la figure, sans sa queue, qui est plus ou moins prolongée. Cet animal est grisâtre , mais d'une couleur plus sombre sur le dos, lequel est semé, ainsi que la queue , de taches petites, presque rondes et trés-rapprochées. La partie inférieure du corps est d'une couleur plus claire et sans taches, excepté auprès de l'anus , où l'on voit une espèce d'anneau coloré, et d'un noir trèsfoncé.
L'ensemble du poisson est hérissé de piquans roides , et d'une ou deux lignes de longueur. Ceux qui sont sur le dos sont les plus courts et tournés en arriére ; les autres sont droits, au moins lorsque le ven-
1 On compte aux nageoires pectorales .14 rayons.
à celle du dos. . 6 à celle de Tanus. . 26 à celle de la queue. 19
tre est enflé, et attachés par une base étoilée à cinq on six rayons. Nous verrons une base analogue retenir les piquans de plusieurs autres poissons, et particulièrement de la plupart de ceux auxquels le nom de diodon a été donne. Au reste , ces piquans tiennent lieu , sur l'étoile , ainsi que sur le plus grand nombre d'autres tetrodons, d'éitailles proprement dites.
La mâchoire supérieure est un peu plus avancée que l'inférieure. Les deux dents qui garnissent chacune de ces mâchoires sont blanches, larges, à bords incisifs, et attachées de très-près l'une à l'autre sur le devant du museau.
Les yeux, séparés par un intervalle un peu déprimé , sont situés de manière à regarder avec plus de facilité en haut que par côté.
On n'aperçoit pas de ligne latérale.
La nageoire du dos, arrondie par le bout, et plus haute que large, est attachée à un appendice qui la fait parottre comme pé* donculée \ La caudale est arrondie ; et la partie de la queue qui l'avoisine est dénuée de piquans.
L'individu observé parCommerson avoit treize pouces de longueur. 11 pesoit à peu prés deux livres.
LE TÉTRODON POINTILLÉ.
C'est pneore d'après les manuscrits de l'infatigable Commcrson que nous donnons la description de ce cartilagineux , dont un individu avoit été remis à ce naturaliste par son ami Deschamps.
Ce tétrodon est conformé comme l'étoile dans presque toutes ses parties , il a particulièrement sa mâchoire supérieure plus avancée que celle de dessous , et la base de ses piquans étoilée, comme le cartilagineux décrit dans l'article précédent. Mais ses couleurs ne sont pas les mêmes que celles de l'étoile. lia, en effet , nonseulement de petits points noirs semés sur la partie supérieure de son corps , qui est brune, mais encore -des taches plus grandes irrégulières, et d'un noir plus foncé , sur la partie inférieure, qui est blanchâtre. Ses nageoires pectorales présentent, à leur base, une raie large et noire , et sont livides et
i. Aux nageoires pectorales. . . 17 rayons, à celle du dos. . .... 10
à celle de l'anus 10
à celle de la queue. ... 9
Ad
LE TKïRODOxN POINTILLÉ.
sans taekes sur tout te reste de leur surface. D'ailleurs la nageoire dorsale est trèsétroite , presque linéaire, ne montre aucun rayon distinct ; et ce dernier caractère suffit, ainsi que Ta pensé COmmerson, pour le séparer de l'étoile *.
LB
TÉTRODON SANS-TACHE.
Cë poisson a la mâchoire supérieure plus
avancée que l'inférieure ; et il difrére des
tétrodons, qui ont également la mâchoire
d'en bas moins avancée que celle d'en haut,
par la place et les dimensions de ses yeux,
- rapprochés du bout
couleur , qui est plus
à l'extrémité des na-
! sur ïe reste du corps,
» absolument aucune
la surface de l'animal
e de petits piquans.
< de Gommerson que
figure de ce cardia-
LE TÉTRODON HÉRISSÉ \
Ce n'est pas seulement dans les mers de Tfndé qfn'habitè ce tétrodon ; il vit aussi dans la Méditerranée , où on le trouve particulièrement auprès des côtes septentrionales de P Afrique, et ou il se tient quelquefois dans Pembouchure du Nil , et des autres rivières dont les eaux descendent des montagnes plus ou moins voisines de ces rivages africains. Aussi les anciens Pontife Connu ; et Pline en a parlé en lui donnant le nom d'ortns. Il mérite en effet cette dénomination , qui lui a été conservée par plusieurs auteurs; il la justifie du moins par sa forme , plus que la plupart des autres té trodons, lOrsqu'en se gonflant il s'est donné toute l'extension dont il est susceptible. Dans cet état d'enflure , il ressemble d'autant plus à un globe , que la dilatation s'étend au - dessous de la queue , presque jusqu'à' Pextrémhë de cette partie , et que
jr. Aux nageoires pectorales. . . 20 rayons, à celle de la queue, qui est
arrondie. 9
2. Pesée Colombo, dans jtfusïëurs endroits d'Italie ; fkscopsaro, datts^rtttstfeurs contrées du Levant.
l'on n'anroit besoin de retrancher de l'animal qu'une très-petite portion de son museau et sa nageoire caudale , pour en faire une véritable boule. Aussi Pline a - 1 - il dit que ce poisson étoit , en quelque sorte , composé d'une tête sans corps : mais, comme l'ont observé Rondelet et d'autres auteurs, on devroit plutôt le croire formé d'un ventre sans tète , puisque c'est sa partie inférieure qui , en se remplissant o"un fluide quelconque , lui donne son grand volume et son arrondissement.
Sa mâchoire inférieure est plus avancée que la supérieure, et la surface de tout son " corps est parsemée de très-petits piquans.
Sa couleur est foncée sur le dos, et trèsclaire sur les côtés, ainsi que sous le ventre. Mais ces deux nuances sont séparées Tune de l'autre par une ligne très - sinueuse , de manière que la teinte brtme descend de chaque côté au milieu de la teinte blanchâtre, par quatre bandes transversales plus ou moins larges, longues et irrégulieres.
Nous avons trouvé dans les dessins de Gommerson une figure du hérissé , qui a été faite d'après nature , et que nous avons fait graver. Le dessus du corps y paroit parsemé de taches très-petites, rondes, blanches, et disposées en quinconce. Nous ignorons si ces taches blanches sont le signe d'une variété d'Age, de pays, ou de sexe, ou si , dans les divers dessins et les descriptions que l'on a donnés du hérissé, on a oublié ces taches uniquement par une suite de l'altération des individus qui ont été décrits ou figurés.
* Les nageoires pectorales se terminent en croissant ; Celles de l'anus et du dos sont très-petites; celle de la queue est arrondie4.
Le tétrodon hérissé n'est pas bon à manger; il renferme trop de parties susceptibles d'extension, et trop peu de portions charnues. Dans plusieurs contrées voisines des bords de la Méditerranée , ou des rivages des autres mers dans lesquelles habite ce cartilagineux , on l'a souvent fait sécher avec soin dans son état de gonflement ; on l'a rempli de matières légères , pour conserver sa rondeur ; on l'a suspendu autour des temples et d'autres édifices, à la place de girouettes : et en effet, la queue d'un hérissé ainsi préparé et rendu très - mobile a dû toujours se tourner vers le point de l'horizon opposé à la direction du vent.
i. Aux nageoires pectorales. . 17 rayons. a celle du dos. ..... 9
à celle de l'anus 10
à celle de la queue 10
LE TÉTRODON HÉRISSÉ.
Le tétrodon hérissé vivarit au milieu des eaux salées de la Méditerranée» on oe fera tâftltonhé çjvfbn ait reconnu des individus Se éêtle esjpécc parmi les poissons pétrifiés mie^ôn tr6ùvè eu si grand nombre dans le mont Boka, prés de Vérone, et dont on a commencé de publier fe description danjf m tf^s-bel ouvrage, déjà cité dans cèifé fïisfoirc , et entrepris par le comte (jàidi ainsi qaç par d'autres sa vans physiciens de cette ville italienne.
LE TÉTRODON MOUCHETÉ.
Bans tes divers ehionçemens que présentent les côtés dés îles Praslin, ce poisson a été observé par le voyageur Comjoerson, qui l'a décrit avec beaucoup de soin. G» riaturàftsie' à comparé la grosseur de cet animal, dans son état de gonflement, à la tête d'en enfant qui vient de naître. Gomme le Hérissé , ce tétrodon a sa surface garnie , dans presque toutes ses parties, de petites' pointes longues d'une ligne ou deux, et sa mâchoire Ultérieure plus avancée que la sopérieure. Mais il diffère du hérissé par h disposition et ies nuances de ses couleurs. U est d'un brun sale par-dessus,, et blanchâtre nar-dcssous. De petites taches noires sent répandues sans ordre et avec profusion sur le dos, sur les côtés, et sur la nageoire de la queue, tes nageoires pectorales sont dVn jaune rougeâtre ; celle de l'anus et l'extrémité de celle du dos sont jaunâtres ; et Von voit une teinté livide autour des yeux et de l'ouverture de la bouche.
hi langue est comme une masse informe» cartilagineuse, blanchâtre, et un peu arrondie.
L'iris présente lés couleurs de l'or et de Patgwri.
Les branchies ne sont de chaque coté qu'au1 nombre dé trois; et chacune est composée de «ietix r^ngs de fila mens. Ce nombre debrànenîes, que l'on retrouve dans les autres^tétrOdOhs , suffirait pour séparer le genre de ces poissons d'avec celui des oatraéionsi, qdl en ont quatre de chaque côté. Les riageoif es pécto.ales sont arrondies, ainsi que celte <Jè la queue, au lieu d'être en 4èmi:cerclè comme celles du hérissé1* Le ôiotlchëté fait entendre , lorsqu'on
i. Aux nageoire* pectorales. . 17 rayons,
«.celle on dos.. 4 : ; . .40
à celle de l'anus, t . . .40
à celle de la queue-. . . .10
veut le saisir , un petit bruit semblable à celui que produisent les batistes et les ostracions t plus on le manie , et plus il sa gonfle; plus il cherche, en accroissant ainsi son volume , à se défendre contre la main qui le touche et qui l'inquiète.
LE
TÉTRODON HONCKÉNIEN.
Ce tétrodon a la mâchoire de dessus moins avancée que celle de dessous, comme le hérissé et le moucheté; mais, ait lieu d'avoir de petits piqnans sur tout son corps, 0 n'en montre que sur son ventre et sur ses côtés. U a d'ailleurs «me ligne latérale trèsmarquée , l'ouverture de la bouche trèsgrande, le front large, et les yeux petits.
On voit sur son dos des taches jaunes et d'autres bleues; les nageoires sont brunâtres, mais celles de la poitrine sont bordées de bleu '.
Ce poisson se trouve dans la mer do Japon. M. IJonckeny a envoyé dans le temps un individu de cette espèce au docteur Bloch ; et de là vient le nom qu'a donné à ce cartilagineux le naturaliste de Berlin , qui l'a décrit et fait graver.
Nous avons vu que l'on avoit tronvé pa mi les poissons pétrifiés du mont Boira . prés de- Vérone, le tétrodon hérissé , qui vit dans la Méditerranée , il est bien plus utile pour les progrés de la géologie de savoir qu'on a découvert aussi parmi cesmonumens des catastrophes du globe, et des bouleversement produits par le feu et par l'eau dans la partie de l'Italie voisine des Alpes, des restes pétrifiés du tétrodon honckénien, que l'on n'a péché jusqu'à présent que prés des rivages du Japon, vers l'extrémité orientale de l'Asie, et non loin des mers véritablement équatoriales.