‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 432 sur 658 · DE LA SATURE · texte numérisé non relu

DE LA SATURE

Mais remontons plus avant dans le cours du temps. Croyons, pour un moment, avec plusieurs géologues, que dans les premiers âges de notre planète, le globe a été entièrement recouvert par les eaux de l'Océan.

Alors les oiseaux n'existoieot pas encore.

Alors aucune partie de la surface de notre planète ne présentait de l'eau douce séparée de l'eau salée : tout étoit océan.

Mais cet océan étoit désert; mais cette mer universelle n'étoit encore que l'empire de la mort, ou plutôt du néant. Comment les germes des poissons, qui ne peuvent é clore qu'auprès des côtes, se seroientils en effet développés dans an océan sans rivage f

Bientôt les sommets des plus hautes montagnes dominèrent au-dessus des eaux, et quelques côtes parurent : elles furent entourées de bas-fonds ; les poissons naquirent. Ils se multiplièrent. Mais leur nombre* limité par des rivages tréa-circonscrits, étoit bien éloigné de celui auquel ils sont parvenus , à mesure que les siècles se sont succédé, et que les contours des continens on des îles sont devenus plus grands.

A cette époque, cependant, les poissons que la Nature a relégués depuis dans des mers particulières, les pélagiens, les littoraux, ceux que nous voyons chaque année remonter dans les fleuves, ceux qui ne quittent jamais l'eau douce des lacs ou des rivières , les grandes espèces qui se nourrissent de proie , les petits ou les foibles qui se contentent des débris de corps organisés qu'ils trouvent dansla fange, vivoient, pour ainsi dire, mêlés et confondus, dans cet océan encore presque sans bornes, qui haignoit uniquement quelques chaînes de pics élevés. Où il n'y avoit pas de diversité d'habitation, il ne pou voit pas y avoir de différence de séjour. Où il n'y avoit pas de limites véritablement déterminées , il ne pouvoit pas y avoir d'espèces reléguées, ni d'espace interdit.

Lors donc qu'une catastrophe terrible donnait la mort à une grande quantité de ces animaux, ceux que nous appelons aujourd'hui marins, et ceux que nous nonfmons fluviaiites, périssoient ensemble, et gisoient entassés sans distinction sur le même fond de l'océan.

Se roi t- ce à cette époque de submersion presque universelle qu'il faudrait rapporter les bouleversemens sous lesquels ont suc* combé les poissons que l'on découvre de

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temps en temps, enfouis* des profondeurs - plus ou moins considérables, recouverts par des couches de diverse nature, pressés quelquefois sous des débris volcaniques 4, et qui forment ces amas remarquables, ces réunions extraordinaires, où 4es chélodons et d'autres espèces des mers équinoxiales des deux Indes ont laissé leurs empreintes ou leurs dépouilles au milieu de celles des habitans des mers tempérées et du voisinage du cercle polaire, et où les restes et les trahs des fluviatiles paroissent confondus avec ceux des pélagiens ?

Si l'on de voit admettre cette idée, on pourrait assurer que , depuis le moment ' où les hautes montagnes et les pics élevés étoient les seules portions de la surface Bèdife'du globe qui ne fussent pas inondées, plusieurs espèces dont on trouve l'image ou les parties solides dans ces agrégations de poissons de mer et de poissons d'eau douce, n'ont 'été modifiées dans aucun de -leurs organes essentiels, ni même altérées dans aucune de leurs formes les plus délicates ; et ce seroit un firit bien important pour le véritable naturaliste2.

A cette époque, les cétacées, les lamantins, les dugonsét les morses, ont pu partager avec les poissons l'empire de l'Océan. A mesure que les eaux de ta mer, en se 'retirant , ont laissé à découvert de plus grandes portions des continens et des tles, 'tiue de nouveaux rivages ont paru, et que 'des grèves plus doucement inclinées les ont environnés , les phoques, les tortues »ont multipliés eur reproducbabitudes.

ix ont pu anitrouvé sur la es eaux, l'asile leur accouplei leurs pontes, ition de leurs ux ont dû être ceux que nous avons -nommés oiseaux d'eau et iatirèmes 8, et qui, pourvus d'ai-

1. On' doit distinguer, «Ions les éruptions volcaniques, celles .qu'il faudroit rapporter à des épures très- reculées, où la face de la terre pouvoit être tres-différenlc de celle qu'elle a aujourd'hui, el celles qui n'ont eu lieu que beaucoup

, pius récemment, et' lorsque le globe avoil déjà reçu presque en entier sa configuration actuelle.

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