‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 458 sur 658 · j(**W*igirffi<i tèwe · texte numérisé non relu

j(**W*igirffi<i tèwe

sons : ils ont considéré le scare comme occupint parmi ces poissons carnassiers 4a même' place quç les animaux ruminans qui ne vivent que des plantes, parmi h* mammifères qui ne se nourrissent que de proie ; exagérant ce parallèle, étendant les ressemblances , et tombant dans une erreur 3u'il auroit été cependant facile d'éviter, s sont allés jusqu'à dire que le scare rujninoit : et voilà pourquoi , suivant Aristote, plusieursGrecs l'ont appelé /wq^imcocv. Les individus de cette espèce vivent en troupes; et le poêle grec Oppie,n, qui a cru devoir chanter leur affection mutuelle, dit que lorsqu'un scare a été pris à l'hameçon, un de -ses compagnons accourt, et coupe la corde qui retient le crochet et l'animal , avec ses dents obtuses dont il est accoutumé à se servir pour arracher ou scier l'herbe qui tapisse le fond des mers ; il ajoute que si un scare enfermé dans une nasse cherche à en sortir la queue la première, ces mêmes compagnons l'aident .dans ses efforts en le saisissant avec leur gueule par cette queue qui se présente à eux, et en la lirant avec force et constance ; et enfin > pour ne refuser à l'espèce dont nous nous occupons aucune nuance d'attachement, il nous montre les mâles accourant vers une femelle retenue dans une nasse ou par un hameçon , et s'exposant, pour l'amour d'elle , à tous les dangers dont les pêcheurs les menacent. Mais je n'ai pas besoin de /aire remarquer que c'est un poète qui parle ; et combien le naturaliste, plus sévère que le poète, n'est-il pas forcé de réduire a quelques faits peu extraordinaires des habitudes si touchantes, et que là sensibilité voudroit conserver comme autant d'exemples utiles et d'heureux souvenirs!

Le scare s'avançoit , lors des premiers siècles de l'ère vulgaire, dans l'Archipel et dans -la mer dite alors de Carpatbie, jusqu'auptemier promontoire de la Troade.

C'est de ces parages que, sous l'empire .de Tibère Claude, le commandant 4' une Hotte romaine, nommé Optatus. Elipertiu$ au Elipariius, apporta plusieurs scares vjvans qu'il répandit le long du rivage d'Uslie dt de la Campanic. Pendant cinq ans ont eut le soin de rendre à la mer ceux de «es poissons que les pêcheurs prenoient avec leurs lignes ou dans leurs filets ; et par cette attention bien facile et bien simple , majfl soutenue, les scares multiplièrent promptement et devinrent Uès-çcyaamuns .auprès des côtes italiques , dans le voisinage 4fifc-

AOO

quelles on n»en avoit jamais vu auparavant. Ce fait est plus important qu'on ne le croit, et pourroit nous servir à prouver ce que nous dirons avant de terminer cette histoire, eu sujet de l'acclimatation des poissons, à ' ceux qui s'intéressent à la prospérité des peuples.

Le commentateur d'Aristote, l'Egyptien Fhiloponus , a écrit vers la fin du sixième siècle, ou au commencement du septième, que les scares produisoient quelque son , lorsque, placés à la surface de la mer , et élevant la tête au-dessus des ondes, ils faisoient Jaillir l'eau de leur bouche avec ra-

Eidité. Peut-être, en effet, faudra- t-il attriuer à ces cheilines la faculté de faire entendre quelque bruissement analogue , .et par sa nature, et par sa cause, à celui que font naître plusieurs trigles et d'autres espèces de poissons cartilagineux ou osseux, dont nous avons déjà parlé i.

Dans le temps du grand luxe des Romains, le scare étoit très-recherché. Le poète latin Martial nous apprend que ce poisson faisoit les délices des tables les plus délicates et les plus somptueuses ; que son foie étoit la partie de ce poisson que Ton préféroit , et que même l'on mangeoit ses intestins sans les vider ; ce qui doit moins étonner, lorsqu'on pense que cet osseux ne vit que de végétaux, que de voir nos gourmets modernes manger également, sans les vider, des oiseaux dont l'aliment composé de substances animales est sujet à une véritable corruption. Dans le siècle de Rondelet, ce goût pour le scare, et même pour ses intestins, étoit encore très-vif ; ce naturaliste a écrit que cet osseux devoit être regardé comme le premier entre les poissons qui vivent au milieu des rochers ; que sa chaire étoit légère , friable , facile à digérer, très-agréable, et que ses boyaux, qu'il ne falloit pas jeter , sentoient la violette. Mais le prix que l'on donnait du scare, à l'époque où Rondelet a publié son Histoire des Poissons, étoit bien inférieur à celui qu'on en oflroit à Rome quelque temps avant que Pline ne mtt au jour son immortel ouvrage. Ce poisson entroit dans la composition de ces mets fameux pour lesquels on réunissoit les objets les plus rares , et que l'on servoit à Vilellius dans un plat qui, à cause de sa grandeur, avoit été appelé le bouclier de Minerve. Les entrailles du scare paroissoient dans ce plat

Page 1