‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 47 sur 658 · Lk diodon · texte numérisé non relu

Lk diodon

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piquans forts, courts, et clair-semés.

( Très - comprimé j demiovale; comme tronqué : derrière.

LE DIODON AT1NGA.

LE DIODON ATINGA.

Ln diodons ont de très-grands rapports , dans leur conformation et dans leurs habitudes, avec les tétrodons et les ovoïdes : mais ils en diffèrent par la forme de leurs mâchoires osseuses, dont chacune ne présente qu'une pièce ; et de là Tient le nom qu'on leur a donné , et qui désigne qu'ils n'ont que deux/ dents, l'une en haut, et l'autre en bas. Ils en différent encore par la nature de leurs piquans beaucoup plus longs, beaucoup plus gros, beaucoup plus forts , que ceux des tétrodons les mieux armés. Ces piquans sont d'ailleurs trés-mo- Diles , et répandus sur toute la surface de ■a plupart des diodons. Celte dissémination, ce nombre , cette mobilité, cette grandeur, ont fait regarder, avec raison, les diodons comme les analogues des porc-épics et des hérissons, dans la classe des poissons. La diversité de couleurs que montrent fréquemment ces aiguillons a du contribuer encore à ce rapprochement ; et comme on a pu en faire un presque semblable entre les cartilagineux que nous examinons et les vers que Ton a nommés oursins, on doit considérer la famille des diodons comme formant un des principaux liens qui réunissent et attachent ensemble la classe des quadrupèdes à mamelles, celle des poissons, et celle des vers.

Ce genre remarquable ne renferme qu'un 4 petit nombre d'espèces : mais le plus grand nombre des naturalistes en ont mal saisi les caractères distinctifs; et comme d'ailleurs elles sout presque toutes très-variables dans plusieurs poi ts de leur conformation extélé dans nt ou a îrré le trouvé surs ont Imises , les desées. Ce i portée e difféifférens ée tréss avons espèces t, à reït invalodique

chaque

narine n'a qu'une ouverture placée dans une sorte de petit tube : les yeux sont asses près du museau ; l'anus en est, au contraire, à une assez grande distance, et par conséquent la queue proprement dite est trèscourte. Les nageoires du dos et de Panus se ressemblent beaucoup, sont petites, et

{riacées au-dessus l'upe de l'autre ; celle de a queue est arrondie *.

Les piquans mobiles dont l'atinga pent se hérisser sont liés -forts, très -longs, creux vers leur racine , variés de blanc et de noir, et divisés à leur base en trois pointes qui s'écartent, s'étendent, et vont s'attacher au-dessous des tégumens de l'animal. Ils sont revêtus d'une membrane plus ou moins déliée, qui n'est au'une continuation de la peau du diodon. Cette membrane s'élé\e autour de l'aiguillon, jusqu'au-dessus de l'extrémité de ce piquant, ou jusqu'à une distance plus ou moins grande de la pointe de ce dard, qui le plus souvent perce cette membrane et paroît à découvert.

L'atinga est brun ou bleuâtre sur le dos, £t blanc sur le ventre ; ses nageoires sont quelquefois jaunes dans le milieu de leur surface ; et ces mêmes nageoires , ainsi que toute la partie supérieure du poisson, sont semées de petites taches lenticulaires et noires, que l'on voit fréquemment répandues aussi sur le dessous de l'atinga.

Ce cartilagineux vit au milieu des mers de l'Inde et de l'Amérique , voisines des tropiques, ainsi que dans les environs du cap de Bonne-Espérance. Il s'y nourrit de petits poissons, de cancres, et d'animaux à coquille , dont il brise aisément l'enveloppe dure par le moyen de ses fortes mâchoires. Il ne s'éloigne guère des côtes, et quoiqu'il ne parvienne qu'à la longueur de quinze pouces ou d'un pied et demi , il sait si bien, lorsqu'on l'attaque, se retourner en différens sens, exécuter des mouvemens rapides, s'agiter , se couvrir de ses armes, en présenter la pointe , qu'il est très-difficile et même dangereux de le prendre.

Aussi le poursuit-on d'autant moins que sa chair est dure et peu savoureuse.

C'est principalement dans les momens où l'on veut le saisir qu'il gonfle sa partie inférieure. Il a la faculté de l'enfler comme les tétrodons et les ovoïdes, quoique ce-

A la nageoire du do«. . 15 ou 16 rayons» aux naceoin'S pedoiyile*. lho\x 25

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à celle de l'anus à celle de la queue,

. 15 ou 46

Lg DIODOIf ÀTUWA.

pendant il paroisse ne pouvoir pas donner à cette portion de son corps un aussi grand degré d'extension. U augmente ainsi son volume pour donner plus de force à sa résistance , ou pour s'élever et nager avec plus de facilité ; il se grossit et se tuméfie particulièrement lorsque, après l'avoir saisi, on cherche à le tenir un moment suspendu par sa nageoire dorsale : mais , quelque cause qui le contraigne à se boursoufler, il détend souvent tout d'un coup sa partie inférieure , et , faisant alors sortir avec rapidité par l'ouverture de sa bouche, par celle de ses branchies, ou par son anus, le fluide contenu dans son intérieur, il produit un bruissement semblable à celui que font entendre les balistes, les ostracions et les lètrodons.

La vessie natatoire de l'atinga est très* grande, ainsi que celle des tétrodons ; et, d'après la nature de la membrane qui la compose , il parott que, préparée comme celle de i'acipensére Huso , elle donneroit une colle supérieure par sa bonté à celle que Ton pourrait obtenir de la vésicule aérienne d'un très-grand nombre d'autres espèces de poissons.

L'estomac du diodon que nous décri- ' vons n'est composé que d'une membrane assez mince ; mais il est garni de beaucoup d'appendices , qui , comme autant de petites poches ou d'intestins ouverts uniquement par un bout, peuvent ou augmenter la quantité des sucs digestifs, ou contribuer à l'élaboration, à la perfection , à l'activité de ces sucs, ou prolonger la durée de l'action de ces liquides sur les alimens, en retardant le passage des substances nutritives dans la partie des intestins la plus voisine de Tanus.

Ces alimens, quelque dure que soit leur nature, peuvent arriver à l'estomac, d'autant plus broyés et par conséquent susceptibles de subir l'action des liqueurs digestives, qu'indépendamment des mâchoires osseuses qui tiennent lieu à l'animal de deux dents très-largos et très-fortes, l'atinga a deux véritables dents molaires trèsgrandes relativement à l'étendue de la cavité de la bouche, à peine convexes, et sillonnées transversalement. L'une occupe presque tout le palais; et l'autre, qui ne cède que très-peu en grandeur à la première, revêt la partie opposée de la gueule, dans l'endroit le plus voisin du devant de

Lorsqu'on a mangé de l'atinga, noo- *Ç$3eme,n} on peut éprouver o'es açcideus

graves si on a lai**** dans l'totirfew de cet animal quelquesrestesdesalimens qu'il préfère , et qui peuvent être très-malsains pour l'homme ; mais encore, suivant Pison, la vésicule du fiel de ce cartilagineux contient un poison si actif, que si elle crève quand on vide l'animal , ou qu'on l'oublie dans le corps du poisson , elle produit sur ceux qui mangent de l'atinga les effets les plus funestes : les sens 5'émoussent , la langue devient immobile , les membres se roidissent -, et à moins qu'on ment secouru , une sueur I la mort que de quelques i Au reste, si la vésicule d autre portion intérieure tinga, contient un venin peut point faire perdre 1 nant jusqu'au sang des p par ce cartilagineux, et eu moyen des longs piquans du poisson est hérissée , ai voyageurs l'ont redouté, sont point creux Jusqu'à leur cavité ne présente à l'extérieur aucun orifice par lequel le poison pût être versé jusque dans la plaie ; et l'on ne découvre aucune communication entre l'intérieur de ces aiguillons , et quelque vésicule propre à contenir et à répandre un suc délétère.

LE DIODON PLUMIPR.

Il étoit convenable de désigner ce cartilagineux parle nom du naturaliste auquel nous de\ons la figure de celte belle espèce de diodon , que l'on trouve la zone torride, auprès des côtes orientales de l'Amérique. Ce poisson , que l'on voit aussi auprès des rivages de plusieurs lies américaines, a beaucoup de ressemblance avec l'atinga ; mais il en diffère par plusieurs caractères. Premièrement, il est souvent plus allongé, sa longueur totale étant presque toujours quatre fois aussi étendue que sa hauteur. Secondement, il présente un étranglement très-marqué à l'endroit où la tête est attachée au corps, et par conséquent entre les yeux et les nageoires pectorales. Troisièmement , il n'y a pas de piquans sur les côlés de la tête , au-dessous, ni sur le devant de cette partie ; et au-deïà de la nageoire dorsale , la queue est également dénuée d'aiguillons.

Le diodon plumier est bleuâtre avec été

LE DfODON PLUMIER.

taches blanches, presque rondes, assez petites, et très-nombreuses ».

LE DIODON HOLOCANTHE.

Le trait le plus constant et le plus sensible par lequel la conformation extérieure de l'holocanthe diffère de celle de l'atinga, est la forme de la nageoire de la queue. Cette nageoire, au lieu d'être arrondie comme dans l'atinga, est échancrée, et par conséquent fourchue ou un peu en croissant dans l'holocanthe. L'ensemble de la te le, du corps et de la queue, est aussi, au moins le plus souvent, moins allongé dans l'holocanthe que dans l'atinga ; le dos est plus convexe , et les piquans sont quelquefois plus longs 2 : mais d'ailleurs toutes les formes sont presque semblables; les nuances et la distribution des couleurs ne le sont pas moins; et l'on remarque les mêmes habitudes dans les deux espèces.

Gomme l'atinga, l'holocanthe se livre à divers mouvemens trés-violens et trèsrapides lorsqu'il se sent saisi, et particulièrement lorsqu'il est pris à l'hameçon. 11 se gonfle et se comprime , redresse et couche ses dards, s'élève et s'abaisse avec vitesse, pour se débarrasser du crochet qui le retient. Ses piquans étant quelquefois plus longs et plus forts que ceux de l'atinga, ses efforts multipliés pour s'échapper et se défendre sont plus redoutés -que ceux de cet autre diodon; et, bien loin d'oser le prendre au milieu de l'eau et lorsqu'il jouit encore de toute sa force , on n'ose approcher sa main de son corps jeté et gisant sur le rivage , qu'au moment où sa puissance affoiblie et sa vie près de s'éteindre rendent ses mouvemens à peine sensibles , et ses armes presque nulles.

Au reste, se nourrissant des mêmes animaux que l'atinga, il fréquente les côtes, ainsi que ce cartilagineux, et ainsi que la plupart des poissons qui vivent de crabes et d'animaux à coquille. On le trouve dans les mêmes mers que celles où l'on pêche l'atinga.

i. A la nageoire du dos. . . ' . 7 rayons. à chaque nageoire pectorale. 9 à celle de l'anus. . . . . 6 ou 7 à celle de la queue, qui est arrondie. . . v . . *. 9 ou 10 2. On trouve souvent à la nageoire du dos. 14 rayons.

aux pectorales 21

LE DIODON TACHETÉ.

Gommbrson a laissé dans ses manuscrits la description de cette espèce de cartilagineux, au sujet de laquelle aucun naturaliste n'a encore rien publié, que l'on a trouvée auprès des côtes de la Nôuvelle- Cythère, et à laquelle les navigateurs qui l'ont vue ont donné le nom de crapaud marin et de hérisson de mer. A mesure qu'on s'éloigne de l'atinga, en continuant cependant d'observer les diodons dans l'ordre suivant lequel nous les avons placés , on voit l'allongement du corps diminuer dans les espèces que l'on examine , et la sphéricité presque parfaite succéder enfin à une très-grande différence entre la longueur et les autres dimensions de l'animal. Les holocanthes sont , en effet , moins allongés en général que le tacheté; le tacheté paroit l'être moins que l'holocanthe ; des variétés de l'orbe se rapprochent encore davantage de la forme globuleuse > que Pon retrouve presque dans toute son intégrité lorsqu'on a sous les yeux d'autres individus de cette dernière espèce.

Indépendamment de sa forme moins alâgée, le tacheté est séparé de l'atinga et

de l'holocanthe par la disposition de ses couleurs. Il est brun par-dessus, et blanchâtre par-dessous ; il présente sur sa nuque une très-grande tache en forme de croissant un peu festonnée, et dont les pointes sont tournées vers les yeux. On en voit de chaque côté du corps une autre un peu ovale , située au-dessus de la nageoire pectorale, et deux autres trausversales, dont la première est au-dessous de l'œil, et la seconde entre l'œil et la nageoire pectorale ; le dessous du museau est comme entouré d'une tache nuageuse ; et enfin on en trouve une presque ronde au-dessus du dos, autour de la nageoire dorsale. Au reste , ces différentes taches sont d'un noir plus ou moins foncé.

Toutes les nageoires sont d'un jaune verdâtre. Les piquans sont blancs, et montrent leurs pointes au-dessus de gaines très-brunes.

Ces mêmes aiguillons , mobiles à la volonté de l'animal v ainsi que ceux de presque tous les autres diodons, sont très longs sur le dos, mais deux ou trois fois plus courts sur le ventre.

Les narines, situées entre les yeux et l'extrémité du museau, ont les bords de

LE DIODON TACHETÉ.

leurs ouvertures relevés de manière à représenter une verrue.

Les yeux sont voilés par une continuation transparente du tégument Je plus extérieur de ranimai ; cependant ils sont gros et très-saillans.

L'ouverture branchiale a la forme d'un segment de cercle, et est placée verticalement.

On ne compte de chaque côté que trois branchies.

La nageoire de la queue est arrondie ; ce qui rapproche un peu le tacheté de l'atinga , mais l'éloigné de l'holocanthe *.

LE DIODON ORBE.

Ce nom A1 orbe désigne la forme presque entièrement sphérique que présente ce cartilagineux. 11 ressemble d'autant plus à une boule , surtout lorsqu'il s'est tuméfié , que ses nageoires sont très-courtes, et que son museau étant très-peu avancé , aucune grande proéminence n'altère la rondeur de 9on ensemble. Les piquans dont sa surface est hérissée sont très-forts; mais ils sont plas courts et plus clair-semés à proportion du volume du poisson, que ceux de l'a tinga, de l'holocanthe , et du tacheté. Ils paroissec t d'ailleurs retenus sous la peau par des racines à trois pointes, plus étendues et plus dures ; ils ressemblent davantage à un cône , ou plutôt à une sorte de pyramide triangulaire, dont les faces seroient plus ou moins marquées ; ils peuvent faire des blessures plus larges ; ils sont moins fragiles ; ils donnent à l'animal des moyens de défense plus capables de résister à une longue attaque ; et voilà pourquoi l'orbe a été nommé Sar excellence, et au milieu des autres dioons , le poisson armé. C'est sous ce nom que sa dépouille a été conservée pendant si long-temps, suspendue à la voûte de presque tous les muséum d'histoire naturelle , et même dans un grand nombre de cabinets de physique, de laboratoires de pharmacie, et de magasins de drogues étrangères.

Commersonr qui a vu ce poisson en vie dans la mer voisine de Rio -Janeiro, a trèsbien décrit les couleurs de cet animal ; et c'est d'après lui que nous allons les faire

[. A la nageoire du dos. . .

aux nageoires pectorales

a celle de la queue . . .

14 rayons.

connottre. L'orbe est d'un gris livide sur toute sa surface ; mais ce fond est varié par des taches de formes et de nuances différentes. Premièrement, des gouttes blanchâtres sont répandues sur tout le dos ; secondement, quatre taches plus grandes, noires, et presque arrondies , sont situées, une auprès de chaque nageoire pectorale , et une sur chaque côté du corps; troisièmement, une cinquième tache également noire , mais très-échancrée , parolt auprès de la nageoire caudale ; quatrièmement, un croissant noirâtre est au-dessous de chaque œil ; et cinquièmement , la base de chacun des aiguillons placés sur le ventre est d'un jaune plus ou moins pâle.

Au reste , on remarque souvent des variétés dans la forme du corps de l'orbe, et dans celle de ses aiguillons. Ces piquans sont quelquefois, par exemple, taillés, pour ainsi dire, à pans plus sensibles, et attachés par des racines plus fortes et plus divisées. D'un autre côté , la sphéricité de l'animal se change en une sorte d'ovoïde ou de petit cône, qui le rapproche du tacheté, ou de l'holocanthe , ou de l'atinga, surtout lorsque ces derniers, ayant accidentellement leur partie inférieure très-gonflée, s'éloignent davantage de la figure allongée, et sont plus prés de la rondeur d'une boule. Mais les atingas, les holocantîies et les tachetés les plus voisins de la forme globuleuse seront toujours séparés de l'orbe dont la sphéricité sera la moins parfaite , par la conformation des piquans de ce dernier, pins courts, plus forts, plus clair-semés, mieux enracinés, et plus comprimés latéralement et sm* plusieurs faces, que ceux des autres diodons *.

L'orbe a, comme d'autres cartilagineux de sa famille , deux dents molaires presque plates, très-étendues en surface, et situées l'une au palais , et l'autre en bas vers le bout du museau. Sa chair est un aliment plus ou moins dangereux , au moins dans certaines circonstances, comme celle de l'atinga et d'autres diodons.

C'est principalement dans l'orbe que l'on avoit cru voir de véritables poumons en même temps que des branchies ; et c'est cette observation qui avoit particulièrement engagé Linné à séparer les cartilage

i. À la nageoire du dos. . . . 14 rayons» aux nageoires pectorales . . 22 à celle de l'anus ..... 12 à celle de la queue, qui est arrondie ....... 10

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