‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 629 sur 658 · Le ldtjab trilobé · texte numérisé non relu

Le ldtjab trilobé

Six rayons aiguillonnés et seixe rayons articulés

LE LUTJAN VIRGINIEN,

LE LUTJAN ANTHIAS Y LE LUTJAN DE L'ASCENSION, LE LUTJAN STIGMATE ET LE LUTJAN STRIÉ.

Les lutjans ont beaucoup de rapports avec les spares; ils ont reçu, comme ces derniers, des armes remarquables, au

4. I*pbç ixBvç 9 poisson sacré; xctWidvç , beau poisson ; xaAAt&>vu/AO$, d'un beau nom ; «ÀAo7rot; aWo7Tta$, par Àrisloie; a& Aw;rôv par Oppien ; meersharer, meerheiliger , rundkopf, rothlingy par les Allemands ; the red grunt , par les Anglais.

ESPÈCE ET CARACTÈRES

à la nageoire du dos; un Ou deux rayons aiguillonnés et neuf rayons articulés à la nageoire de l'anus; la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure ; deux orifices^ à chaque narine ; toute la tête couverte d'ecailles semblables à celles du dos; la seconde pièce de chaque opercule non dentelée , et très-prolongée vers la queue ; la nuque trèsélevée et arrondie ; le ventre gros.

moim relativement à leur force et à leur grandeur. Mais celles des spares, consistant dans plusieurs rangées de dents , propres k déchirer une victime , ou à écraser de du] res enveloppes sous lesquelles leur proie tâche en Tain de trouver un abri , paraissent destinées pour l'attaque plutôt que pour la défense , pendant que les lutjans, n'ayant ordinairement à la place de ces instrumens puissans que les piquans de leurs nageoires et ceux de leurs opercules, ne pouvant user avec avantage de ces aiguillons que contre l'ennemi qui les atteint et les saisit , ne semblent armés que pour se garantir des efforts d'un dangereux adversaire , arrêter son attaque , et le contraindre à cesser sa poursuite et ses com*

LB LUTJAIf

bâtir Les spares provoquent et les lutjans attendent les habitans des eaux qui leur font la guerre ; tel est du moins le premier aperçu qui se présente , lorsqu'on les compare. On se presse d'en conclure que les lutjans sont moins voraces , moins agités , plus pacifiques, plus sociables, que les spares ; et la philosophie se plaît d'autant plus à embrasser cette idée de paix, à la produire, à l'embellir, à la métamorphoser, pour ainsi dire, en une leçon heureuse donnée parla Nature elle-même, que les lutjans montrent presque tous une parure agréable et riante. Et quel charme secret n'éprouve-t on pas toutes les fois qu'on voit l'image du bon goût, la convenance dans les assortimens, l'élégance dans les ornemens, et la belle distribution des couleurs éclatantes ou suaves, réunies avec la douceur des mœurs et la bonté des habitudes 1

Parmi ces intéressans lutjans, le premier qui s'offre à nous , et auquel on a donné le nom de virginien, habite non -seulement dans la Virginie, mais dans plusieurs autres contrées de l'Amérique septentrionale.

L'anthias, qui le suit, vit dansla Méditerranée. Son nom doit venir de àv0o$, qui, en grec, signifie fleur ; et cette dénomination, ainsi que celle de beau poisson et de poisson <Pun beau nom 4, par lesquelles le désignoit ce peuple spirituel et sensible à tous les genres de beauté, qui habitoit la Grèce, indique lé charmant assemblage des nuances variées et des couleurs rivales de celles des fleurs, qui chatoyent sur les écailles de l'anthias, et le rayon allongé de sa nageoire dorsale , qui s'élève au milieu de ses reflets agréables comme une anthère ou un pistil au sein d'un beau calice. Tons les tons que le rouge peut présenter , depuis l'éclat du rubis ou celui du grenat , jusqu'aux demi-teintes du rose le plus tendre, se mêlent en effet sur la surface de l'anthias avec Je brillant de l'argent; et la vivacité scintillante ou la douce fusion de ces nuances toutes gracieuses plaisent d'autant plus à l'œil, qu'elles se marient ave le feu de la topaze qui resplendit par reflets fugitifs sur les grandt-s nageoires de ce poisson favorisé par la Nature.

Peut-être sa parure n'a l elle pas peu contribué à le faire regarder comme sacré2 par un peuple qui avoit divinisé la beauté, et qui ne pou voit voir qu'avec enthousiasme les emblèmes de sa divinité chérie ; et c'est

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