‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 77 sur 658 · I. Discours sm la nature des poissons · texte numérisé non relu

I. Discours sm la nature des poissons

LE GYMNOTE

pieds canes, et si l'en se souvient en même temps des effets terribles que produisent dans nos laboratoires des carreaux de verre dont la surface n'est que de quelques pieds, on ne sera pas étonné qu un animal qui renferme dans son intérieur et peut employer à volonté un instrument électrique de cent vingt- trois pieds carrés de surface , puisse frapper des coups tels que ceux que nous avons déjà décrits.

Four rendre plus sensible l'analogie qui existe entre un carreau fulminant et les organes torporifiques du gymnote , il faut faire voir comment cette grande surface de treize métrés carrés peut être électrisée par le frottement, de la même manière qu'un carreau foudroyant ou magique.

Nous avons déjà fait remarquer que le gymnote nage principalement par une suite des ondulations successives et promptes qu'il imprime à sa queue , c'est-à-dire , à cette longue partie de son corps qui renferme ses quatre organes. Sa natation ordinale, ses niouvemens extraordinaires, ses courses rapides, ses agitations, l'espèce d'irritation à laquelle il peut se livrer, toutes ces causes doivent produire sur les surfaces des membranes horizontales et verticales un frottement suffisant pour y accumuler d'un côté , et raréfier de l'autre , ou du moins pour y exciter, réveiller, accroître ou diminuer, le fluide unique ou les deux fluides auxquels on a rapporté les phénomènes électriques et tous les effets analogues; et, comme par une suite de la division de l'organe engourdissant du gymnote en deux grands et en deux petits, et de la sous-division de ces quatre organes en membranes horizontales et verticales , les communications peuvent n'être pas toujours très-faciles ni très-promptes entre les diverses parties de ce grand instrument, on peut croire que le rétablissement du fluide ou des fluides dont nous venons de parler, dans leur- premier état, ne se fait souvent que successivement dans plusieurs portions des quatre organes. Les organes ne se déchargent donc que par des coups successifs; et voilà pourquoi, indépendamment d'autre raison , un gymnote placé dans un vase isolé peut continuer, pendant quelque temps, de donner des commotions; et de plus , voilà pourquoi il peut rester dans les organes d'un gymnote qui vient de mourir assez de parties chargées pour qu'on enreçohe un certain nombre dé secousses plus ou moins vives1.

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