LA MURÈNE ANGUILLE
Sa tête est menue, le museau un peu pointu, et la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure.
L'ouverture de chaque narine est placée au bout d'un très-petit tube qui s'élève audessus de la partie supérieure de la tête ; et une prolongation des tégumens les plus extérieurs s'étend en forme de membrane au-dessus des yeux, et les couvre d'un voile demi -transparent comme celui que nous avons observé sur les yeux des gymnotes, des ophisures et des aptéronotes.
Les lèvres sont garnies d'un grand nombre de petits orifices par lesquels se répand une liqueur onctueuse ; une rangée de petites ouvertures analogues compose , de chaque côté de l'animal , la ligne que l'on a nommée latérale; et c'est ainsi que l'anguille est perpétuellement arrosée de cette substance qui la rend si visqueuse. Sa peau est, sur tous les points de son corps, enduite de celte humeur gluante qui la fait paroître comme vernie. Elle est pénétrée de celte sorte d'huile qui rend ses mouveînens très-souples ; et Ton voit déjà pourquoi elle glisse si facilement au milieu des mains inexpérimentées qui, la serrant avec trop de force, augmentent le jeu de ses muscles , facilitent ses efforts > et , ne pouvant la saisir par aucune aspérité , la sentent couler et s'échapper comme un fluide *. A la vérité, cette même peau est garnie d'écaillés dont on se sert même , dans plusieurs pays du Nord, pour donner une sorte d'éclat argentin au ciment dont on enduit les édifices : mais ces écailles sont si petites, que plusieurs physiciens en ont nié l'existence ; et elles sont attachées de manière que le toucher le plus délicat ne les fait pas reconnoître sur l'animal vivant, et que même un œil perçant ne les découvre que lorsque l'anguille est morte , et la {>eau assez desséchée pour que les petites âmes écailleuses se séparent facilement.
On aperçoit plusieurs rangs de petites dents, non-seulement aux deux mâchoires, à la partie antérieure du palais, et sur deux os situés au-dessus du gosier, mais encore sur deux autres os un peu plus longs, et placés à l'origine des branchies.
L'ouverture de ces branchies est petite, très-voisine de la nageoire pectorale, verticale , étroite , et un peu en croissant.
I. Le moi murœna, qui vient du mot grec {j.ÙpeiVy lequel signifie couler, s'échapper, désigne cette faculté de l'anguille et des autres poisson» de son genre.
On a de la peine à distinguer les dix rayons que contient communément la membrane destinée à fermer cette ouverture ; et les quatre branchies de chaque côté sont garnies de vaisseaux sanguins dans leur partie convexe , et dénuées de toute apophyse et de tout tubercule dans leur partie concave.
Les nageoires du dos et de l'anus sont si basses, que la première s'eleve a peine audessus du dos d'im soixantième de la longueur totale. Elles sont d'ailleurs réunies à celle de la queue , de manière qu'on a bien de la peine à déterminer la fin de l'une et le commencement de l'autre ; et on peut les considérer comme une bande trèsétroite qui commence sur le dos à une certaine distance de la tête, s'étend jusqu'au bout de la queue, entoure cette extrémité, y forme une pointe assez aiguë, revient au-dessous de l'animal jusqu'à l'anus, et présente toujours assez peu de hauteur pour laisser subsister les plus grands rapports entre le corps du serpent et celui de l'anguille.
L'épaisseur de la partie membraneuse de ces trois nageoires réunies fait qu'on ne compte que très - difficilement les petits rayons qu'elles renferment, et qui sont ordinairement au nombre de plus de mille, depuis le commencement de la nageoire dorsale jusqu'au bout de la queue.
Les couleurs que l'anguille présente sont toujours agréables, mais elles varient assez fréquemment ; et il paroît que leurs nuances dépendent beaucoup de l'âge de l'animal *, et de la qualité de l'eau au milieu de laquelle il vit. Lorsque cette eau est limoneuse, le dessus du corps de la murène que nous décrivons est d'un beau noir, et le dessous, d'un jaune plus ou moins clair. Mais si l'eau est pure et limpide , si elle coule sur un fond de sable , les teintes qu'offre l'anguille sont plus vives et plus riantes : sa partie supérieure est d'un vert nuancé , quelquefois même rayé d'un brun qui le fait ressortir ; et le blanc du lait , ou la couleur de l'argent, brillent sur la partie inférieure du poisson. D'ailleurs la nageoire de l'anus est communément lisérée de blanc, et celle du dos de rouge. Le blanc, le rouge et le vert, ces couleurs que la Nature sait marier avec tant de giâce et fondre les unes dans les autres par
I. Voyage de Spntlan.ani dans les Daùr- Sicè/es j traduction du savant et élégant écrivain Ai. Toscan , bibliothécaire du Muséum national d'histoire naturelle.
LA MURÈNE des nuances si douces, composent donc Tune des parures élégantes que l'espèce de raBguille a reçues, et celle qu'elle déploie lorsqu'elle passe sa vie au milieu (Tune eau claire, vive et pure.
Au reste, les couleurs de l'anguille partissent quelquefois d'autant plus variées par les différens reflets rapides et successifs de la lumière plus ou moins intense qui parvient jusqu'aux diverses parties de l'animal, que les mouvemens très- prompts et très multipliés de cette murène peuvent faire changer à chaque instant l'aspect de ces mêmes portions colorées. Cette agilité est secondée par la nature de la charpente osseuse du corps et de la queue de l'animal. Ses vertèbres, un peu comprimées et par conséquent un peu étroites a proportion de leur longueur, pliantes et petites, peuvent se prêter aux diverses circonvolutions qu'elle a besoin d'exécuter. A ces vertèbres, qui communément sont au nombre de cent seize, sont attachées des côtes trèscourtes, retenues par une adhérence tréslégére aux apophyses des vertèbres, et trèspropres à favoriser les sinuosités nécessaires à la natation de la murène. De plus, les muscles sont soutenus et fortifiés dans leur action pai une quantité très-considérable (le petits os disséminés entre leurs divers faisceaux, et connus sous le nom d'arêtes proprement dites, ou de petites arêtes. Ces os interrousculaires, que Ton ne voit dans aucune autre classe d'animaux que dans celle des poissons, et qui n'appartiennent même qu'à un certain nombre de poissons osseux, sont d'autant plus grands qu'ils sont placés plus prés de la tête ; et ceux qui occupent la partie antérieure de l'animal sont communément divisés en deux petites branches.
Un instinct relevé ajoute aussi à la fréquence des mouvemens; et nous avons déjà indiqué1 que l'anguille, ainsi que les autres poissons osseux et serpenti formes , •avoit le cerveau plus étendu, plusallongé, composé de lobes moins inégaux, plus développés et plus nombreux, que le cerveau ' île la plupart des poissons dont il nous reste à parler, et particulièrement de ceux qui ont le corps trés-apîati, comme les pleuronectes.
Le cœur est quadrangnlaire ; l'aorte grande; le foie rougeâlre, divisé en deux lobes, dont le gauche est le plus volumineux ; la vésicule du tiel séparée du foie