Discours sur la natur* des poissons. LAcipini. II
ANGUILLE. ||p
comme dans plusieurs espèces de serpent; la rate allongée et triangulaire ; la vessie natatoire très-grande , attachée à l'épine et garnie par- devant d'un long conduit à gaz; le canal intestinal dénué de ces appendices que l'on remarque auprès du pylore de plusieurs espèces de poissons, et presque sans sinuosités , ce qui indique la force des sucs digestifs de l'anguille, et en général l'activité de ses humeurs et l'intensité de son principe vital.
Les murènes anguilles parviennent à une grandeur très-considérable : il n'est pas trèsrare d'en trouver en Angleterre, ainsi qu'en Italie, du poids de huit à dii kilogrammes. Dans l'Albanie, on en a vu dont on a comparé la grosseur a celle de la cuisse d'un homme; et des observa teut s très dignes de foi ont assuré que, dans les lacs de la Prusse, on en avoit péché qui étoient longues de trois à quatre mètres. On a même écrit que le Gange en avoit nourri de plus de dix mètres de longueur; mais ce ne peut être qu'une erreur, et l'on aura vraisemblablement donné le nom d'anguille à quelque grand serpent, à quelque boa devin que l'on aura aperçu de loin, nageant au- dessus de la surface du grand fleuve de l'Inde.
Quoi qu'il en soit, la croissance de l'anguille se fait très-lentement ; et nous avons, sur la durée de son développement quelques eipériences précises tt curieuses qui m'ont été communiquées par un très-bon observateur, M. Septfontaines, auquel j'ai eu plusieurs fois, en écrivant cette Histoire naturelle, l'occasion de témoigner ma juste reconnoissance.
Au mois de juin 1779, ce naturaliste mit soixante anguilles dans un réservoir ; elles avoient alors environ vingt-neuf centimètres. Au mois de septembre 1783, leur longueur n'étoit que de quarante à quarante-trois centimètres; au mois d'octobre 1786, cette même longueur n'étoit que de cinquante un centimètres; et enfin, en juillet 4788. ces anguilles n'étoient longues que de cinquante-cinq centimètres au plus. Elles ne s'étoient donc allongées en neufansque de vingt-six centimètres.
Avec de l'agilité, de la souplesse, de la force dans les muscles, de la grandeur dans les dimensions, il est facile à la murène que nous examinons de parcourir des espaces étendus, de surmonter plusieurs obstacles, de faire de grands voyages, de remonter contre des courans rapides. Aussi va-t elle périodiquement, tantôt des lacs ou
«Us LA MUfl&St
de t rivage» toâwn* de le source deariv^éree vers les ekomuchurea des fleuves, eU^ ide le mer ver* tes sources 00 les lacs, Mftis* 'dans ces migrations régulières» çUe suit, quelquefois un ordce différent 4e celui qu'observent La plupart des poisson*, veya,-. »eurs. Elle obéit aux mêmes loi»» elle es* régie de même par les causes dont non* avons tâché d'indiquer la. nature dans notre* premier Discours. Mais tel. est l'ensemble de ses organes extérieurs et de ceu* queson intérieur renferme, que la température des eaux, V» qualité des alimens» la, tranquillité, ou le tumulte des rivages, la, pureté du fluide» exercent, dans certaines, circonstances, sur ce poisson vif el sensible, une action très- différente de celle qu'ils font éprouver au plus grand nombre des autres poissons non sédentaires, Lorsque leprintemps commence de régner, ces derniers remontent des embouchures des fleuves vers les points les plus élevés des rivières; quelques anguilles, au contraire, s'a» ban donnant alors au cours des eaux* vont des lacs dans les fleuves qui en sortent, et des fleuves vers les cotes maritimes.
Dans quelques contrées, et particulièrement auprès des lagunes de Venise, les anguilles remontent, dans le printemps, ou a peu près, de la mer Adriatique, versles iacs et les marais, et notamment vers ceux de Commachio, que la pêche des anguilles a rendus célèbres» Files y arrivent par le Pô. quoique très jeunes; mais elles n'en sortent pendant l'automne pour retourner vers les rivages de la mer, que lorsqu'elles ont acquis un assez grand développement, et qu'elles sont devenues presque adultes, La tendance à l'imitation, cette cause puissante de plusieurs actions très-remarquables des animaux, et la sorte de prudence qui paroit diriger quelques-unes des habitudes des anguilles, les déterminent à préférer la nuit au jour pour ces migrations de la mer dans les lacs, et pour ces retours des lacs dans la mer. Celles qui vont, vers la fin de la belle saison, des marais de Commachio dans la mer de Venise, choisissent, même pour leur voyage, les nuits les plus obscures, et surtout celles dont les ténèbres sont épaisses par la, présence des nuages orageux. Une clarté plus ou moins vive, la lumière de la lune, des feux alluméssur le rivage, suffisent souvent pour les arrêter dans leur natation vers les côtes marines. Mais lorsque ces^ lueurs qu'elles redoutent n,e suspejadeai passeurs inouvemens, elles sont poussées., vers Ja
mer par «a instinct si fort* ou* peur mien» dUe, par une cause si énergique, qu'eUas s'engagent entre des rangées de roseaux que/ tetp^au/s disposent au fond da l'eau pour les conduire à leur gté, et que, par* venant sans séeislance-Hpar le> moyen de ces tranchées aux, e^eanjus dans lesquelles ou a voulu les attiser, elles s'entassent daj^ ces, esofteesd* petite parcs» au point de surmonte* la surfee4.de- l'eau» aulieu de chercher à* revenu- deus rbabùalion qu'elles viennent de qnUier»
Fendant cette* longue course, ainsi que pendant le retour des environs de la mer vers les eaux, douces élevées, les anguilles se nourrissent» aussi bien que pendant qu'elles sont stationnâmes, d'insectes, dft ▼ers, d 'œufs et de pe&a* e*j*èce*'de- peif^ sons. Elles attaquent qujtlqnefej* des- an»»maux un peu plus gnos, flf. Seutfoniaines* en a vu une de quatre^vp«g{rqueJrer centimètres présenter- un noinuo-au, rapport ave* les serpens,, en, se jetafti, aur. deux- jeune*, canards éolos, de- 1* veille), et, envies. aw*r lant assez, facilement pour qnjon-.pn^ 1**' retirer presque envers* de- ses, intestins» Dans certaines circonstances», elles se-con?tentent de lauclwHiî de- pjWKjuft tousJes-auir maufc. morts- quJellesi rencontrent au milieu, des eaux; mais. elles, causent souvent dagrend&ravages4an$Jesrivières* MU No& nous écrit que dans la basse Seine ellcsdétruisent beaucoup d'éperians, de dupées feintes,. et de brèmes»
Ce n'est pas cependant sans, danger qu'elle* recherchent l'aliment qui leurcon* vient le mieux : malgré leur souplesse, leur vivacité* la, vitesse de leur fuite, elles ont des ennemis aux quelMl, leur* est tré**diffi* cile d'échanper, Lesrloulr/B», plusieurs .oiseaux d'eau et les grands oiseauxde rivage, tels que les. grues, les héron* et- les cigo* gnes, lesvpêchent avec, habileté- et Jes-re*tiennent avec adresses les., héron» surtout ont dans la* dentelure dlun.de leurs- ongles, des espèces, de crochets, qu'ils, enfoncent-, dans le corps^de -l'anguille, et qui rendent inutiles tous les eflorls> qu'elle fait pnmr glisser au milieu de leurs doigts. Lespoissous qui parviennent, à une longueur* un peu considérable, et, par exemple, le.
brochet et l'acipensère esturgeon, en font aussi leur proie; et comme les esturgeons l'avalent tout entière et souvent sans- la blesser, il arrive que, déliée, visqueuse et flexible, elle parcourt tontes les sinuo* sites de leur canal intestinal, sort par leur anus, et se dérobe* paxunfr pjojnpje nat