‹ Œuvres du comte de Lacèpède ... dirigéeChapitre 142 sur 180 · UES SE H VENTS · texte numérisé non relu

UES SE H VENTS

mariées et quelquefois les plus vives. Les taches ovales sont ordinairement d’fln fauve-doré, quelquefois noires ou rouges et bordées de blanc; et les autres taches, d’uu châtain plus ou mains clair, ou d’un rouge très-vif, semé, de points noirs ou roux, offrent souvent, d’espace en espace, ces marques -brillantes que l’on voit resplendir sur la queue du paon ou sur les ailes des beaux papillons, et qu’on a nommées des yeux , parce quelles sont composées d’un point entouré d’un cercle plus clair où plus obscur.

Le dessous du corps du .devin est d’un cendrejaunâtre , marbré ou tacheté <te noir. ,

ôn. a assez rarement l’animal entier dans les collections d’iiisloirè naturelle; mais il n’est guère aucuti cabinet où la peau de ce serpent, séparée des plaques du dessous de son corps, ne soit étendue en forme de larges bandes. Un leur a donné divers noms suivant là grandeur des individus, les pays îl’dù on. les a: reçus, les variétés de leurs couleurs , et les différences qui peuvent se •trouver dans les petites taches placées autour des taches ovales. Mais quelles que soient ces variétés d’àgc, de sexe- ou -de pays, c’est toujours au ser- • pent devin qu’il faudra rapporter ces belles peaux; et jusqu’à présent on ne connaît -point d’autre serpent. que ce dernier qui soit doué d’une taille très-considérable, et qui- ait en même temps sur le dos dns taches ovales semblables à celles que nous venons d’indiquer. - . •

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Lorsqtie l’on considère la taille déojèsnrée du serpent devin, l’on ne doit pas être étonné de. la force prodigieuse dont il jouit. Indépendamment de la rotdeur de ses muscles, il ost aisé de concevoir commentun animal qui a quelquefois trente pieds de long, peut , aver facilité, étouffer et écraser de très-gros animaux < laits les 'replis multipliés de son corps dont toüs les points agissent, e.t dont tous les contours saisissent la proie, s’appliquent intimement à sa snrfacev et eti, suivent toutes les irrégularités. ,

, Cette grande puissance , .cette force redoutable, sa longueur gigantesque, l’éclat de ses écailles, la beauté de ses couleurs ont inspiré une sorte d’admiration, mêlée (IVffroi , à plusieurs peuples ta* coït peu éloignés, de l’état sauvage; et, comme fout ce qui produit la terreur et l'admiration , tout ce qui paraît avojrmné grande supériorité sur les autres êtres e^t bien près de faire naître, dans des té tes peu éclairées,' l’idée' d’un agent surnaturel, cé u’.e4t qu’avec une crainte, religieuse que les anciens habitants du Mexique ont vu /léser pent devin. Soit qii’ils.aienf pensé qti’tine masse considérable, èxéieutajit des mouvements aussi rapides, ne pouvait êtra mue- que par ou souffle divin', ojtr qu’ils, n’aient Tegardé ce sérpeùt que comme Un ministre de la toute puissance déleste, d'est devenu Tobje.l 'de leur culte. Ils 'l’ont surnommé Empereur, (tour désigner la prééminence île ses qualités. Objet de leur aïkiratioh , iJ a di’i

IPEJVTS. 4 > 7

être celui de leur attention particulière ; aucun de ^.ses mouvements > île leu» a, prtur ainsi dire* "échappé; aucune de ses actions ne pouvait leur être indifférente; ils n’ont écouté qu’avec un frémissement religieux les sifflements longs et aigus qu’il fait entendre; ils ont«r«J~que ces sifflements, que ces signes des diverses affections d’un être qu’ils ne vojaienfque comme merveilleux et divin devaient être liés avec leur destinée. Le hasard a fait .que ces sifflements ont été souvent beaucoup plus forts ou plus fréquents dans les temps qui ont précédé les grandes tempêtes* les maladies pestilentielles, les guerres, cruelles ou les autres calamités publiques; ((.'ailleurs les grands npux physiques; sont souvent précédés par une CTlaleur viqlénte, une sécheresse extrême, un état particulier de l’atmosphère , aine électricité abondante dans l’air qui doivent agiter les serpents , et Unir faire pousser des sifflements plus forts qu’à l’ordinaire ;. aussi les Mexittÿins n’ont regardé ceux du serpent devin que comme l’annonce des plus grands malheurs, et ce n’est qu’avec consternation qu’ils les ont entendus.

Mais ce n’est plis seulement un culte doux et pacifique qu’il a obtenu chez les plus anciens habitants du Nouveau-Monde. Son1 image y a été vénérée, non seulement au milieu des nuages d’en cens, mais même de flots de sang humain, versé pour honorer le dieu auquel ils l’avaient consa-

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cr.é, et qu’ils avaient fait cruel (i). Noiis ne rappelons qu’en frémissant le nombre immense de victimes humaines que la hache sanglante d’un fanatisme aveugle et barbare a immolées sur les autels de la divinité qu’il avait inventée. Noos ne pensons qu'avec horreur aux monceaux de tètes et de tristes ossements, trouvés par les Européens autour des temples où le serpent semblait partager les hommages de la crainte (a); et tant il faut de temps dans tous les pays pour que la raison brille de tout son éclat, Ta superstition qui a, pour ainsi <lire, divinisé lef devin, n’a pas seulement régné en Amérique. -Aussi grand, aussi puissant, ,, aussi redoutable dans les contrées ardentes de l'Afrique* * il y a inspiré la môme terreur, y a paru • aussi merveilleux, y a été également regardé par des esprits encore trop peu élevés au-dessus de la brute, comme le souverain dispensateur des biens et des maux. On l’y a également adoré; on en a fait un dieii sur les côtés brûlantes du Mozambique, comme auprès du lac de Mexico, et il parait même que le Japonais s’est prosterné devant lùi (3). ' . •

(t) I»a divinité suprême dm Mexicain*, nommée Filziüpnuii , était représentée tenant daus si main droite un serpent, par lequel noos timon» croire, d'aprè» tout ce que nou* venons de dir», qu’ils voulaient -désigner l'espèce dn serpent devin. Le» temples et les autels de cette divinité, à laquelle ils faisaient des sarrilices barbares, offraient l'image du serpent, ’llist. gêner, des Voyages , éiit. in- ta , ton». XLV11J.

• (a) Ibid. • 4

(3) Simon de Vric», cite daus Séba.

UES SERPENTS. 4lq

Mais si l'opinion religieuse ne l’a pas fait régner sur l'homme dans toutes les contrées équatoriales, tant de l’ancien que du nouveau continent, il n’en est presque aucune où il n’ait exercé sur les animaux l’empire de sa force. Il habite en effet presque tous les pays où il a trouvé assez dè chaleur pour ne rien perdre de son activité, assez de proie pour se nourrir, et assez^d’espace pour n’être pas ti-op souvent tourmenté par ses ennemis ; il vit dans les, Indes orieutales et dans les grandes îles de l’Asie, ainsi quedans les parties de l’Amérique voisines des deux tropiques (t);’ il parait mémo qu’autrefois il habitait à des latitudes' plus éloi- . gnées de la ligye, et "qu’il* vivait dans Je Punt^ lorsque cette coutrée, plus remplie de bois, de marais et moins peuplée;'lni présentait une surface plus libre ou plus analogue à ses habitudes et à ses appétits. Les rçletionS des anciens doivent donner nûe bien grande idée de l’haleine empestée qui s’exhalait de sa gueule, puisque Métrodore a écrit què l’immense serpent qu’il a placé dans cette contrée du Pont , et qui devait être le devin , avait le pouvoir d’attirer tians sa gueule béante,

(i) Il se pourrait que le sqrpènt de 1» Jamaïque désigné dans Béownc , par la phraae suivante, Ctnchrit tardigrada major lulca , mnculis aigrit notata ; caudi brtrtori ticrattiori, appelé en angle» Me Y'Uow Snakr , et qhi parvient ordinairement à la longueur de seiz« ou vingt pieds, fût de l'espèce, du devin, et qu’on ne lui eût donné l'épithéie de /e* (tarJigrada ) , que parce qu’on l’aurait vu dane le Irtnp» de aa digestion , ou data un commencement d'engourdissement. Browne, Hill nutur. de la Jamaïque ,p. 461.

4^0 HISTOIRE NATlIR-El.LE

les oiseaux qui volaient au-dessus de sa tète, même à une assez grande hauteur (i). Ce pouvoir n’a consisté sans doute que dans la cdêruption de l’haleine du serpent qui , viciant l’air à une trèspetite distance, et l’imprégnant de. miasmes putride!» et délétères, a pu, dans certaines circons- « stances , étourdir des oiseaux , leur ôter leurs forces, les plonger. dans une sorte d’asplirxio, et les contraindre à tomber dàrts Ja gueule énorme, ouverte pour les recevoir pmais quelque exagéré que soit le fait rapporté par Métrodore, il prouve la grandeur du serpent auquel il l’a attribué , et confirme notre conjecture au sujet' de l’identité de sou espèce avec celle du devin.

D’un autre côté, peu de temps avant celui où Pline a écrit, et sous l'empire de Claude, on tua, auprès de Rome, suivant ce naturaliste, tin trèsgrand serpent du genre des- Boa, dans le ventre duquel on trouva le corps>fentier d’un petit enfant , et qui pouvait bien être de l’espèce du devin (a). J’ai souvent ouï dire aussi à plusieurs habitants des. provinces méridionales de France, que dans quelques parties de ces provinces, moins peuplées, plus couvertes de bois, [dus entrècoupéès par des

{i) « Metrotfonis. . . . circa rljyntiacuin amncin in Ponlo, ut su|nr « volante* quant vis aire pérnicitèrque alites Jiaustji nipUs absorbeant. • Pline , liv. a8 4 cbap. ? 4. ' ,

(1). • Fariunl bit lidetn in Ilalia appellat» Koæ ; in tantam aoqditu- « ilincin exeuntes u^divo Claudio principe, occisae iu Vatican*) aolidus ■ in alvo speclatus ait Infan». » Pline, liv. ?8-, chap. 14.

collines, «l’un accès plus clifQcile , et présentant plus de cavernes et d’anfractuosités, on avait. vu des serpents rl'une longueur très -considérable, qu’on aurait dît peut-être rapporter à l’espèce ou du moins au genre. du devjn.(i).

Mais c’est surtout dans les déserts brûlants de l’Afrique, qu’exerçant une domination moins troublée,-il parvient à- la longueur la plus considérable. On frémit lorsqu’on lit, dans les relations «les voyageurs qui ont pénétré dans l’intérieur de cette partie du «ponde, la. manière dont l’énorme serpent devin s’avance au milieu des, herbes hautes et des broussailles, ayant quelquefois plus de <Iixhuit pouces de diamètre, et semblable à fine longue et grosse poutre qu’on remuerait avec vitesse. On aperçoit de loin, par le iriouvement des plantes qui s’inclinent sous son passage, l’espèce

(l) Scfmcrjckfrlil dit, dans spp histoire des Reptiles de If Silésie, qu'un haniriie digne de Coi lui avait assuré qu'on trouvait , dans cette province , des serpents long» de huit coudées, et de la ■grosseur* dn bras; il les appelle Boa , Natrix domcstica , Set pou pains (ris, Serpens aljtmeUis t Ànguis Boa , Drgco Serpent. Il est dit dans les Mémoires des Curieux de la Nature , pour l’anbée 1682 , qufe peu de temps auparavant on avait pris-, auprès de Lausanne en Suisse, un si grand 'serpent , que sn circonférence égalait celle de. deux cuisses très -grosses. La relation ajoutait que ce serptfit était monstrueux , et qn'il avait des oreilles; et il est à remarquer que, dans presque tous les Yécits vagues er. peu circonstanciés tjoe J’orf a’ fait» concernant les énoriqrs serpents des/provinces méridionales de France, on leur a toujours supposé des oreilles, quoique aucune espète de serpent n’ait- même d’ouverture appareute pour l'organe de l'bjuïç. Voyc* les Mélanges des Carieux de U Nature de Vienne, Décur. a, ‘an. 1683, observ. cfé CUarl. Offre di , p. 317.

HISTOIRK NATITRPI.LJ'

de sillon que tracent les •diverses ondulations de son corps ; on voit fuir devant lui les troupeaux <le gatelles et d’autres animaux dont il fait sa proie;, et le seul parti qui reste à prendre dans ces solitudes immenses pour sfc- gara ht ir de sa dent meurtrière et de sa force funeste, est de mettre le feu aux herbes déjà a demi-brûlées par l’ardeur dn soleil. Le fer ne suffit pas contre ce dangereux serpent, lorsqu’il est parvenu à toute sa longueur, et surtout lorsqu’il est irrité par la faim. L’od ne peut éviter la mort qu’en couvrapt un pays immense de- flammes qui se propagent avec vitesse au. milieu de végétaux presque «jhtièrément desséchés, en excitant ainsi un vaste incendie, et en élevant, pouf ainsi dire, un rempart de feu contre la poursuite de cet énorme animal. Il ne peut être, en effet , arrêté ni par les fleuves qu’il rencontre, ni par les bras de mer dont il fréquente souvent les bofds, car il nage avec facilité, même au ‘milieu, des ondes agitées ( i ); et c’est en vain.

. (i^ « Le Paraguay a de» serpents qu'on nomme Chdsfturs (c’e»t 1'espèoe « du devin, à laqaellc on a donné ce nom en plusieurs Contrée» ) , qnl «* montent anr le» arbre» ppur .découvrir leur proie, et qui a élançant « Jeun» quand elle t'approche , la serrent avpc tant dn force , qu elle ne « penr-ae remuer , et là dévorent tonte vivante*: mai» lorsqu'ils ont avalé « de» berç» entières, fl» deviennent si pesants, qu’ils ne peuvent plus se « traîner. , . . Plusieurs de et» .monstrueux reptiles vivent de poisson , et M lo-pére dn Montoya raconte qu’il vit on jonr une coeflenvre dont la « tête ftait de la grosseur \Tan ve*u, et qpii péchait sur le bord d'une « riviése^ elfe commençait par jeter de sa gueule beaucoup d'écume dans

Digit

d'un autre côté, qu’un voudrait chercher un abri sur de grands arbres; il se roule, avec promptitude, jusqu a l’extrémité des cimes les plus hautes^); aussi vit-il squvent dans les forêts. Enveloppant les tiges dans les divers replis de son corps, il se fixe sur les arbres à différentes hauteurs, et y demeure souvent long-temps en embuscade, attendant patiemment le passage de sa proie. Lorsque, pour l’atteindre ou pour sauter sur un arbre voisin , il a une trop grande distance à franchir, il entortille sa queue autour d’une branche, et suspendant son corps allongé à cette espèce d’anneau, se balançant et tout d’un coup, s’élançant avec force, il se jette comme un trait

• l’rau , ensuite y plongeant la trie ,• et, demeurant quelque temps iiniuom bile , elle ouvrait tdnt-d’un-coup la gueule pour avaler quantité de « poissons que l'écume semblait attirer. Üne autre fait le même mission -

- naire vit Un Indieu de la plus grande taille, qtri, étant dans l’epu

- jusqu'à la ceinture , occupé de la pèche , fut englouti par une cou-

- leuvre qui, le lendemain, le rejeta tout entier. • Histoire générale des Voyages, édiVin-fa , tom. LV, pag. 420 et suiv.

V(t) « M. Sa 1 mon nous apprend que, dans l’ile de Macassar, H y a des

- singes aussi féroce} que les cbats sauvages, qui httaqoent les voyageurs, « surtout les femmes, et les mangent après les avoir mis en pièces; de « sorte qn’on est obligé , pour s’en défendre , d’*Mcr toujours armé. Il « ajoute que ces singes ne craignent d’«utres bétes que les serpents*, qui « les poursuivent -avec une vitesse extraordinaire , et yont les chercher » jusque» sur' les arbres , ce qtiï les oblige «d'aller en tfoupes pour a'en •« garantir, ce qui q'empécbe pas qn*Uf ne les attaquent efne les a valent

- tout en de, lorsqu’ ils. peuvent les attraper. • Hist. natnr. de l’Oretioque, vol. Hl , pag. 78. Les récits des autre» voyageurs' noua portent à croire que l’espèce de serpent dont a parlé M. Sa linon est celle du Devin.

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