Tome IV. 3o
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sa proie, et où les anciens-Américains, retenus par une crainte superstitieuse, redoutaient de lui donner la mort (i); mais, encouragé** par l’exemple des Européens, ils ont bientôt chérché à se délivrer de cette espèce terrible. Chaque jour les arts et les travaux purifiant et fertilisant de plus e« plus ces terres nouvelles, opt diminué le «ombre des serpents à sonnette, et l’espace sur lequel ces reptiles exerçaient leur funeste domination se rétrécit à mesure que l’empire de l’homme s’étend par la culture. •
Le boiquira se nourrit de vers (a), de grenouilr les et même de lièvres; il fait aussi sa proie d’oiseaux et d'écureuils; car il monte avèc facilité sitr les arbres , et s’y élance avec vivacité de brandie en branche, ainsi que -sur les pointes des rochers qu’il habite, et ce n’est que dans, la plaine qu’il court avec difficulté, et qu’il est'plus aisé d’éviter sa poursuite.
- Sou baleine empestée; qui troublé quelquefois Jes. petits animaux dont il- vent se saisir, peut aussi . empêcher qu’ijs ue lui échappent. Les Indiens racontent qu’on voit souvent le serpent à sonnette entortillé à l’entour d’un arbre , lançant -a des regards terribles contre un écureuil qui, après
• (l) Kaitu, Mem. de l’Acad. de Stockholm. *
• (a) M. Tyson • trouve uu gr;uid nombre «le vers t du geurc de* lom-
bric» , dans l’estomac et dans les intestins .d’un boiquira. On en trouve ■usai 'quelquefois dans ceux de la vipère commune. Trans. philosopha ■TU*. * • • *’• r-
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avoir manifesté sa frayeur par ses cris et son agitation , tombe au pied de l'arbre où il est dévoré. M. Vosmaér, qui a fait à La Haye des expériences sur les effets de la morsure d’un boiquira qu’il avait en vie, dit que les oiseaux et les souris qu’on lui jetait dans la cage où il était renfermé, témoignaient une grande terreur; qu’ils cherchaient d'abord à se tapir dans un coin, et qu’ils ^couraient ensuite, comme saisis de douleurs mortelles, à la rencontre de leur ennemi qui ne cessait de sonner de sa queue (i)} mais cet effet d’une- vapeur méphitique et puante, a été exagéré et dénaturé an point de. devenir merveilleux. -On a dit que le boiquira avait, pour ainsi dire, ta faculté d’enchanter l'animal qu'il voulait dévorer; que, par la puissance de son regard, il le contraignait à s’approcher peu à peu , et à se précipiter dans sa gueule ; que l’iiomme méine no pouvait résister à la force magique de ses yeux étincelants, et quee, plein de trouble, il se présentait à la dent envenimée du boiquira, au lieu de chercher à l’éviter. Pour peu que les serpents à. sonnette eussent été plus connus, et qu’on se fût occupé de leur histoire, on aurait bientôt sans doute ajouté à ces faits merveilleux, de nouveaux faits plus merveil-
. (x) «.Lorsqu’il r«tê pris, et qu’il se mit êuTeriué , iî refuse toute nour-
«rilut e ; et ou dit qu’j! peut vivre .six, mois cette manière : U est alors « très irrité ; si on lût présente des 'animaux , il les tue, mais H ne les - mau^e pas. • Kaltu , Mémoires' de l'Acad. de Suède, Coll, académ. , loin. XI , pag. 9*.
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leux encore. Et Combien de fables n’aurait-on pas substituées au simple effet d’une haleine fétide, qui même n’a jamais été ni aussi fréquent, ni aussi fort que certains naturalistes l’ont pensé! L’on doit présumer, avec Kalm, que le plus souvent, lorsqu’on aura vu un oiseau, ou un écureuil ou tout autre animal se précipiter, pour ainsi dire, du haut d’un arbre dans la gueule du serpent à sonnette, il aura été'déja mordu par le serpent; qu’il se sera enfui sur l’arbre; qu’il aura exprimé, par ses cris et son agitation, faction violente du poison laissé dans son sang par la dept du reptile; que ses forces se seront insensiblement affaiblies; qu’il se. sera laissé aller de branche en branche; et qu’il sera tombé enfin anprès du serpent, dont les yeux enflammés et lé regard avide auront •snivi tous ses mouvements, et qui se sera de nouveau élancé sur. lui, lorsqu’il l’aura vu presque sans vie. Plusieurs observations, rapportées par les voyageurs, et particulièrement un fait raconté par Kahn ^paraissent le prouver (i).
On a écrit que la pluie augmentait la furenr du boiquira; mais il faut que çesoit une plqie d’orage, car il ne craint point d’allef • à l’eau. C’est lorsque le tonnerre gronde qu’il est le plus redoutable; on frémit lorsqu’on pense à l’étal affreux et aux angoisses mortelles qu’éprouve Celui qui , poursuivi par un orage terrible, au milieu de té-
(OJfoJin, ouvrage déjà cité.
DF.S StR^PENTS.
nèhres épaisses qui lui dérobent sa route, cherche un asyle sous quelque roche avancée, contre les flots d’eau qui tombent des nues, aperçoit, au milieu de l’obscurité, les yeux étincelants du serpent à sonnette, et le découvre à la clarté >dés éclairs; agitant sa queue, et faisant entendre son sifflement funeste (i).
. Un animal qui ne parait né que pour détruire , devait-il donc aussi sentir lé$ feux de l’amour? Mais la même chaleur qui anime tout son être, qui exalte son venin , qui ajoute" à ses forces meurtrières, doit rendre aussi plus tàf le sentiment qui le porte à se reproduire.
Il ne pond qu’un assez petit nombre d’œufs; mais, comme il vit plusieurs années, l'espèce n’eu est que trop multipliée.
Pendant l’hiver «les contrées mi peu éloignées de la ligne, les hoiquira se retirent en grand nombre datis des cavernes où ils sont presque engourdis et dépourvus de forcé. C’est alors que les nègres et les Indiens osent pénétrer dans lëurs repaires pour les détruire, et même s’en nourrir; car, malgré le dégoût et l’Horreur que ces^repti1 les Inspirent , ils en mangent, dit-on, la chair (’a), , —
(») • C'est pendant le tèmps couvert et plutjeux qu'ils sont le piàa A
• craindre ; alors il est rare que les -AmcricaHis voyagent dans les'bnis : les
• sonnettes qui font beaucoup de bruft lorsque le soleil luit, n’en font «• pas pendant U pluie. C*ext peut-être parce que. les cartilages mouilles
• sont plus mous et moins élastiques. • Kalm, Méin. de l’Acad. de Suède, Coll, «cadets. , partie étrangère', loin. XI , p. q3 et suis .
(a) Ils mangent aussi sa géaisse , que l’jonlah fondre au soletl^et dont
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et elle ne les incommode pas, pourvu que le serpeut ne se soit pas mordu lui-même. Voilà pourquoi, a-t-on ajouté, il faut tuer promptement le », boiquira , lorsqu’on veut le manger : il faut lui donner. la mort avant qu’il .ne s’irrite, parce qu’alors d se mordrait de rage. Mais, comment concilier cette assertion avec le témoignage de ceux qui prétendent qu’on peut manger impunément les animaux que sa morsure fait périr ^ de même (pie les sauvages se nourrissent, sans auçun inconvénient, du gibier qu’ils- ont tué avec leurs ' flèches empoisonnées? Cette derpière opinion pa* raît d’autant plus vraisemblable que le boiquiéa semblerait devoir se donner la mort à lui-pième, si la -chair des animaux , percés par ses crochets, devenait venimeuse par une suite de sa morsure.
Les nègres saisissent le boiquira auprès dé la tète, et il ne lui reste pas 'Assez de vigueur, dans le temps du froid ,* pour se défendre ou pour leur échapper- Il devient aussi la proie de couleuvres assfez fortes,* quù doivent le saisir de manière à n’en être pas Jtiordues{i), et l’on doit supposer fti même adresse dans les cpcho/is marrons; qui, suivant Kalm, se nourrissent, sans inconvénient ,
on lire une huile très-bonne, «lit-on, contre les meurtrissures, et contre .les effets de su morsurp- K'alm. Ofk a aussi employé cette graisse pour dissiper plusieurs douleurs, et particulièrement belles de sciatique , ainsi que pour fondre les tumeurs. Hernandez , hist Mexique»
li» 9, «B.pr. iV'; ; • . V ■ • ' ■ . ’■
u(l) ^jp lVticlede U-çouUuyre Lieu. •.
«BBPKJTTS. 47l
juira , dressent leurs, soies dès, qu’ils peu- {.sentir, se jettent sur lui ajeo aridité, et tis, dans certaines parties de leur corps , du danger de sa morsure, par la rudesse ,de leür poil , la dureté de leur peau ,'et l’épaisseur de leur graisse (i). . .*;>•
Lorsque le printemps est arrivé dans les pays élevés eu latitude, et' habités par li> boiquira, qpe les neiges sont fondues, et que l’air est réchauffé, ils sortent pendant le jour de letirs-retfuites, pour aller s’exposer, aux rayons du -soleil. Ils rentrent pendant la nuit dans -leurs a$yle§,jet cç ü’est que lorsque les gelées ont entièrement cessé, qu’ils abandonnent leurs cavernes, se répandent dans les. campagnes, et pénètrent. quelquefois dans fes maisons. On ose Observer le temps ou ces animaux viennent.se chauffer au soleil, pbur- les attaquer et en tuer un grand nombre à la fois. . .' * ' - • .* , ' .
r Pendant l’été, ils habitent au milieu des .montagnes élevées, composées de pierres calcaires, induite» et couvertes de bois, telles que celles qui •
(,*) Le boiquirffest très-vivace , ainsi que les autres serpents; M. Tyson rapporte que celui qu’il disséqua , vécut quelques jours après que sa peau eurél£ déchirée, et qu on ldi eut arraché la plupart de ses viscères. Pendant te temps ses poumons qui, vers le deraut du cOrps étaient co tri posé* de .petites cellules , comme ceux des grenouilles , se termuiatçnt per une grande vesAie-.êgDapa rente et -forte, ht arasent près de • trois pieds de longueur, ne scnufeitèreut et ne se.contfaotèredt point alternativement, ruais {tancurèrent enflés et remplis d’air jusqu'au ramucort ois l'animal expira. Tra ns. philos., q° r 44. ' *
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sont voisines île la grande chute d’eau de Niagara. Ils y choisissent ordinairement les expositions les plus chaudes et les plus favorables à leurs chasses; ils préfèrent le côté méridional d’une montagne, ét le bord d’une fontaine ou d’uri ruisseau, habités par des grenouilles, et où viennent boire les petits animaux, dont ils font leur proie. Ils aiment aussi à se mettre de temps en temps à l’abri, sons 1111 vieux arbre renversé, et voilà pourquoi, suivant tvalm , les Américains qui voyagent dahs les forêts infestées de serpents à sonnette, ne franchissent point les troncs d’arbres couchés à terre, qui obstruent quelqufefois le passage; ils aiment mieüx en faire le tour, et s’ils sont bbligés de les traverser, ils sautent sur le tronc du plus loin qu’ils peuvent, et s'élancent ensuite au-delà. * Le boiquira nage avec la plus grande agilité; il sillonne la surface des eaux avec la vitesse d’une flèche. Malheur à ceux qui naviguent sur de petits bâtiments, auprès des plages qu’il fréquenté! Il s’élance sur les ponts peu élevés (i)J et quel état affreux que Celui où tout espoir de fuite est interdit , où' la moindre morsure de l’ennemi que Ton doit combattre donne la mort la plus prompte, où il faut vaincre en 'un instant, où périr dans des tourtoents horribles.' , * •
• , Le premier effet du ppison est une enflure générale; bientôt la bouche s’enflamme , et 11e peut • » -V • > I • 1
(f) Voyez 1. à cc sujet , fcxalni , ouvrage déjà cité. . t. * 4 •’ .
,DFS SERPENTS,
plus contenir la langue devenue trpp gonflée; une soif dévorante consume; et si i’pn cherche à l’étancher , on ne fait que redoubler les tonrmeqts de son agonie. Les crachats sopt 'ensanglantés; les chairs qui environnent la plaie secorrompent et se dissolvent en pourriture ^et surtout si c’est pendant f ardeur de la canieule, on meurt quelquefois dans cinq ou dix minutés, suivant la partie où on a été mordu (i). On a écrit què les Américains se servaient, contre la moésurç du boiquira , d’un emplâtre composé avec la tète même du serpent écrasé. On a prétendu aussi qu’fl .fuit les lieux où croît le dictame de Virginie, et l’an U essayé de se servir de cè dictame comme cL’un remède contre sort venin (a); mais il parait que le véritable antidote, que les Amjépcains ne foulaient pas découvrir , et dont le secret leur a été arraché par M. Teinnint, médecin écossais, est le polygale de Virginie, Sènéka. ou Sénéga (Polygala Seüega ) (3 ,)'. Cependant il arrive quelquefois que ceux qui ont le bonheur de guérir, ressentept périodiquement, pendant une ou deux années, dés douleurs très-vives, accompagné^ d’enflure;
J (iVVoje* M. Latprenti. r . . ( . ‘
(a) On lit , dans les Transactions philosophiques , itpuée i665 , qu’en Virginia; en 16S7, au /noir de jctfUet , çn attacha Atibdot d’arîr longue baguette des feodles dë dictante qnè Pou avait un peu broyées , et qn’on les appro^» du museau d’dn Serpent A sonnette , qui se tourna et s'agita vivement comme pontr les éviter , mais qaimoorat- avant nne demi-heure , «t pérut n’expirer que par l’effet de l'odeur de tes feuilles. .
. (3) M. Linuée et M. LaUrenti.
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quelques»uns même portent toute leur vie «les marques de leur cruel accident, et restent jaunes ou tachetés d'autres couleurs.
Le capitaine Haff(t) fit, dans la Caroline, plusieurs expériences touchant les effets de la morsure du hoiquira sur divers animaux; il fit attacher à un piquet un serpent à sonnette, long d’environ quatre pieds. Trois chiens eu furent mordus; le premier mourut en quinze secondes; le second, mordu peu de temps après, périt au bout de deux heures dans des convulsions; le troisième, mordu après une demi-heure, n’offrit d’effets visibles du venin , qu’au bout de trois heures.
Quatre jours après, Un chien mourut eu une demi-minute, et un autre ensuite en quatre minutes; un chat fut trouvé mort le lendemain de l’expérience; on laissa s’écouler trois jours; uue grenouille mordue, mourut en deux minutes, et un poulet de trois mois, dans trois minutés. Quelque temps après, on mit auprès du boiquira un Serpent blanc, sain et vigoureux; ils se mordirent l’un l’autre ; le serpent à sonnette répandit même quelques gouttes de sang; il né. donna cependant aucun signe de maladie, et le serpent blanc mourut en moins de huit minutes. On agita assez le boiquira pour le forcer à se mordre lui-méme, et il mourut en douze minutes (a); ainsi ee furieux
• Iranarfciions philo»opbiqme». % - *• ,
(4) ■ La morsure de c**t auimal cal trèé-daqf;ereu*e il .ta» toute» te» « partie» du corps ; le» chevaux et le» bœuf», en mettrait preaqua à l'instant :
reptile peut tourner contre lui. ses nrmes dangereuses, et venger ses victimes. • • ••
Tranquilles habitants de nos contrées tempérées, que nous sommes plus heureux, loin de ces plages où la chaleur et J’humidité régnent avec tant de force! Nous ne voyons point un serpent funeste infecter l’eau au milieu de laquelle il nage avec facilité; les arbres dont il parcourt- les ra-
• les chiens 1a soutiennent mieux; quelques-uns ont été guéris cinq fois :
- le* * •• hommes le sont aussi lorsqu’on y remplie à temps ; mais, quand U
• deut meurtrière a ouvert un gros vaisseau , on meurt eu deux ou trois « minutes. Le* bottines de cuir ne sont pas -un préservatif assuré; la deut
- est si aigue, qu'elle les perce facilemént; surtout quaud la bottine est •* juste à 1a jambe : ou prétend qu'il vaut mieux porter de grande» culottes « de matelot, qui descendent jusqu’aux talons; lorsque le serpent y mord,
« il s’y lait des plis qui s’opposent à Peffort de la deut .et des mâchoires;
•• mais il peut "être plus sur de porter les unes et les autres. • halin , Mém. de Suède, Collect. acad., mm. XI, pag. c>5.
• Le perpent à sonnette, n’est oulle part si commun qu'au Paraguay, «.On y observe que lorsque se* gencives sont trop pleines de venin, il
- souffre beaucoup; que, pour s’eu décharger, il attaque tout ce qu’il
- rencontre; -et tjue, par deux crochets creux assez large» h leur racine,
« et terminé» en pointe, il insinue, dans ta partie qu’il ssfisU, l’humeur *• tj ni l'incommodait. L'effet de sa morsure , et de belle de plusieurs autres
■ serpenta da mèmè pays, 4s t fort proflâptf quelquefois le sang sort ep
- a’hondance parles yeux , les. narines, les oreilles , les gencives et les
• 'jbioturr» des ongles; mais .les anfidôtcs ne manquent point contre ce «.poison. On y emploie surtout , *vec MiCcè* , due pierre qu’on notrtihe
•• ^aiut-Paul ,4a liézoard.et Hail, qifon applique sur la plaie après Tlvolr ^ e mâché'; la* tète de l'animal mé|DU.et son foie^ qu'on mange pour purifier
• le sang, ne sont pas un remède moins vanté; cependant le plus sur est « de commencer par faire sur-le-champ une incision à la partie piquée, et
■ d*ÿ appliquer du snufre^ee qui suffit même quelquefois pour la.gué-
« riaon. • Histoire naturelle du. Pérou et 4*s çQptréès voisines. Histoire gêner, des Voy., édit, in-i a, tom. LIII, p. 419. \ *