DES SE R P K N T S
habitudes, flans ces propriétés, celles qui sont constantes, et celles qui sont variables. Parcourant', à laide de l’imagination, les divers points du globe, pour y reconnaître les différentes espèces de serpents, nous n’avons jamais cessé , lorsque notts avons retrouvé la même espèce sous differents climats, de marquer, autant qu’il ajété en nous, l’influence de la température et dès accidents fie l’atmosphère ? sur sa conformation ou sur ses mœurs. Nous avons toujours voulu distinguer les facultés permanentes qui appartiennent véritablement à l'espèce , d’avec les propriétés passagères et relatives produites par l’âge, par les circonstances des lieux ou par celles des temps.
fl ne nous reste plus, pour donner de l’ordre fies serpents l’idée la plus étendue et là plus exacte qu’il Soft en notre pouvoir de faire naître, qu’à mettre uri. montent* sous les yeux, les grandes variétés auxquelles les individus peuvent être soumis, les écarts apparents dont ils. -peuvent être l’exemple, les diverses, monstruosités qu’ils penveut présenter! • ■ . •'
' Quelque isolés que paraissent ceS.objets, quelque passagers, quelque éloignés qu’ils soient des objets ordinaires fie l’étude du naturaliste qui ne recherche que les choses constantes, ne. considéré que les espèces, et compte pour rien les individus, ils répandront une nouvelle lumière sur l’ensemble des faits permanents et généraux que nous venon? de considérer.
>a6 HISTOIRE KATllRELLE
Au premier coup-d’œil, une monstruosité paraît une exception aux lois de la pâture; çe n’est cependant qu’une exception aux effets qu’elles produisent ordinairement. CeS lois, taujoars immuables comme l’essence des choses dont elles
dérivent, ne varient rii pour .les temps, ni pour les lieux; mais, suivant les circonstances dans leS-, quelles elles agissent, leurs résultats sont accrus on diminués; leurs diverses actions se combinent ou se désunissent. Lorsque ces actions se joignent l’une . à L’autre , les produits qui avaient toujours été séparasse trouvent réunis, et voilà comment st forment les* monstres par excès. Lorsqu’au contraire les différents effets de ces lois constantes se séparent, pour ajnsj, dire, et ne •.s’exécute ut plus dans le même sujet, les résultatv.ordmaircs des forces, de la nature Sont diminués ou disparaissent, et voilà l’origine des moustres .par défaut.
Les monstres sont donc des effets d’une cbmposition ou. d'une décomposition opérées par . la nature, dans fces propres forces, et-ejui', bien supérieures à tout ce que fart pourrait tenter, peuvent nous dévoiler, pour ainsi dire, le seçret .de çes forces puissantes et merveilleuses , en lesmontranl sous de nouveaux, points de vüç.; de même que i par la synthèse ou l’analyse,, fions décolivrons, (laits les corps que noüs examinons, de nouvelles faces ou de nouvelles propriétés.
L’étude des-monstruosités, surtout de cellesqui
UES SEHPKNTS. ; 5*7
sont les plus frappantes et les plus extraordinaires y peut dont nous conduire quelquefois à des vérités importantes, en rioutî montrant de nouvelles applications des forces de la natûre,et par conséquent- en nous découvrant une plus grande étendue de ses lois.
Lorsque, en comparant la durée de ces résultats extraordinaires avec ee|le des résultats les plus communs, on cherchera combien la réunion ou le défaut de plusieurs causes particulières influa, non seulement sür la grandeur des effets, mais encore sur la longueur de leur existence, on trouvera presque toujours que .les anonstres subsistent pendant un te.nipsmoins long-que les êtres ordinaires avec lesquels ils ont le plus de rapports, parce que les circonstances cjui occasionnent la réunion ou la. Séparation des diverses forces dont résulte ta monstruosité, n’agissent presque jamais également et en même proportioA dans tous le£ points de l'être monstrueux qu’elles produisent; et dès-lors ses différents ressorts n’ayant plus entre eux des rappoft^ convenables, comment leur jeu gourrait-il durer aussi long- temps-? • 9
Rien ne pouvant garantir les serpepts de l'influença pbis oit moins grande de toutes les çausès qui modifient l’existence cjex. 'êtres vivant», leurs diverses espèces doivent pçésénter et présentent , en çffet , comme celles des autres ordres, non seulement des variétés de couleurs, -constantes’ ou passagères, produites parla température, les ac-
5a8 • If I STO ( R F NATURELLE
cidents de l'atmosphère ou d’autres circonstances particulières, mais encore des monstruosités occasionnées par ce qu’ils éprouvent, .soit avant d’être renfermés dans leur œuf, et pendant cju’ils ne sont encore que d'informes embryons y soit . pendant qu’ils sont enveloppé» dans ce même œuf ou après' qu’ils en sont éclos, et lorsqu’étaiit encore très-jennesr leur organisation est plus tendre et plus1 susceptible d'être altérée. Mais, comme ils n’pnt ni bras ni jambes, ils ne peuvent être à l’extérieur, monstrueutf par excès ou par défaut que dans leur tête ou dons leur queue; et voilà pourquoi, tout égal d'ailleurs», on doit moins trouver de serpents monstrueux que de quadrupèdes, d’oiseaux, de poissons, efc.
Il arrive cependant assez souvent que, lorsque lès sefpertts ont eu leur queue partagée en long par quelque accident, une portion dé cette queue se recouvre de peau, demeure séparée, et forme une seconde queue quelquefois conformée en apparence aussi bien qtie la prémièrp, quoique une seule de ces deux queues renferme des vertèbres,
, ainsi que nous Pavons vu po.ur les lézards. Mais cette espèce de monstruosité, produite par une division accidentelle, est moins remarquable que celle que l’on a observée dans quelques serpenjs, nés avec dètix fêtes» L'exemple d’une monstruosité semblable , reconnue dans presque tous les ordfés d’animaux, empêcherait seul qn'on ne révoquât en doute l’existence de pareils serpents.
A la vérité, plusieurs voyageurs ont “voulu parler de ces serpents à deux tètes, comme d’une espèce constante; induits peut-être en erreur par ce qtl’ou a dit des serpents nommés amphisbènes, auxquels on a attribué, pendant long-temps,' deux tètes, une à chaque extrémité du corps', et dans lesquels on a supposé la faculté de se servir indifféremment de l’une ou de l’autre (i), ils ont confondu, avec ces amphisbenés, les serpents A deux têtes placée» toutes les deux à la même extrémité dti Corps, et qui ne sont que des monstruosités passagères. Plusieurs personnes," arrivées' de la Louisiane, i n’ont assuré que ces serpents à deux têtes y formaient une espèce très-permanente, et qui se multipliait par la génération, ainsi que K?» autres espèces de serpents. M^is, indépendamment de toutes .les raisons d’analogie qui doivent empêcher d’admettre cettq opinion ^ aucun de ce» voyageurs n’a «lit avoir vu un de ces serpents femelle mettre bas des petits pourvus de deux têtes comme leur mère, ou pondre des œufs dont les fœtus présentassent la • même conformation extraordinaire ;* et ces serpenfs à deux tétés ne» doivent jamais .être regardés que comme des monstruosités accidentelles, ainsi que les chiens, les chats, I«îs euchons, lés veaux, et les autres animaux que l’on a également vus avec deux fêtes très- distinctes, 11 peut se faire que des circou-
'■ -Sfr---
(i) Article des Serpent* amphubènr*.
LAcâràbK. Tome IV.
stances particulières, relatives au climat, rendent ces monstres pins communs dans certains pays que dans d'autres, et des observateurs peu difficiles n’auront eu besoin que d’apercevoir deux ou trois individus à deux tètes dans la même contrée, quoique à des époques très-éloignéés, pour accréditer tous les contes répandus au sujet de ces reptiles; d’autant plus que, lorsqu’il s’agit de serpents ou d’autres animaux qui demeurent pendant long-temps renfermés dans leurs retraites, qui se cachent à la vue de l’homme, et qu’il est par conséquent assez difficile de rencontrer, deux ou trots individus ont suffi quelquefois à certains voyageurs pour admettre une- espèce nouvelle et peuvent, en effet y suflire lorsqu’il ne s’agit pas d’une conformation 'des plus extraordinaires.
.Les anciens ainsi que les modernes ont parlé de l’existence de ces reptiles monstrueux et , à deux tètes. Aristote en fait mention. Ælien dit que, de son temps, on en , voyait assez souvent dans le pays arrosé par le fleuve Arcasj, qu’ils étaient longs dé truis ou quatre coudées; que la couleur de leur corps était. noire, et celle de leurs jètes blanchâtre. Aldrovande avait dans sou cabinet, à Bologne, un de ceâ serpents à deux tètes. Joseph Lanzoni, et d’autres observateurs en oui vu (r), et l’on en
(i) Mélanges «lés Curieux de la Nature, de 'Vienne , pour l'année 1690,
Voyez aussi le^ Transactions philosophiques, les Observations de l-Ynnçoi» Rcdi sur les animaux vivants renfermés dans les animaux
vivants , etc.
conserve maintenant un dans le Cabihet du Roi.
Ce dernier reptile a, de longueur totale, dix pouces deux lignes ; sa queue est longue d’un pouce six lignes, et sa circonférence est d’un pouce uiie ligue, dans l’endroit le plus gros du corps. Les . écailles qui révêtent son dos, sont ovales, et relevées par une arête; il n'a qu’un seul cou, mais deiix têtes égales , et longues chacune de huit lignes. Les écdilles qui en garnissent la partie supérieure, Sont semblables à ceHes du dôs; une grande écaille recouvre chaque oeil; les deux bouches renferment unè langue fourchue , ainsi que des crochets creux et mobiles. Les deux têtes soit) réunies de manière à former un angle de plus dé cent cinquante .degrés, et, lorsque les deux bouches sont ouvertes, on peut voir Je jour an travers de ces deux bouches çt des deux gosiers joints ensemble.
On peut observer, un peu ati-dessôns du'coù, un pli assez considérable que fait le corps, et qui eSt produit par la peau du côté gauche, plus courte, dans cette partie, que la peau du côté cfroit. i ' ^
La couleur du dessus du corps a été" altérée par l’esprit-de-vin ; elle parait d’un brun plus ou moins foncé, et le dessous du corps est blapclrâtre; nous, avons compté deux cent vingt-six grandes plaques et soixante paires de petites. Ce reptile monstrueux appartient évidemment au genre des Couleuvres ; il doit être placé parmi les venimeuses,
et peut-être était-il de l’espèce ilç la-vipèré h'erde-lancé. Nous ignorons d’où il a été apporté au t Cabinet de Sa Majesté- * , .
» Mais ce n’est pas seulement dans leurs collections, que les naturalistes ont vu des serpents à deux tètes. Ré<li en a observé un vivant. Il l’avait trouvé, au mois de janvier, aux environs de Pise, et étendu au soleil, sur les bords de 1’Arn.o (i). Ce reptile était mâle; sa longueur <le deux palmes, et. sa grosseur égalait celle du petit doigt. Sa couleur approchait de celle de la rouille; il avait .,sur 1« dos et Stic le ventre îles taches noires, moins foncées au-dessous du corps; une bande blanche formait une sorte de collier autour de ses deux cous, et une bande de la même eoideur entourait l'extrémité de la queue, qui. était parsemée de’taebes blanches. CJiaqire cou ét,ait long de deux travers de doigt ; lés deux côtis et les deux têtes étaient entièrement -semblables et très-bien conformés; chaque gueule renfermait ube langue .fourchue à sou extrémité, mais ne présentait point de crochets mobiles et h venin (x). Rédi éprouva
(*) Observations de fc'rançois Récji sur. lrt animaux vi\apts trouvés dans 1rs animaux vivants. Collection academique, partie etranger», \ol. ir. p. 464. * '
(n)*.Nôus donnons, dam ctrttr note, un txlrtrit de la description des parties intéçteofra .«te ce reptile, /ait e jwi Kédi. (Voyez, dans la collection Muadci)ii(|t)c , l'article que nouq venons de citer.)** Cç serpent avàh deux
- trachées-artères , et 'par conséquent deux poumons , lesquels étaient
- tônt-àdait séparés l'un de l’autre , le poumon droit paraissait"- cvideni- « nient pim gros que le gauche ; la ligure en cuit semblable t celle des
les effets de là morsure de ce reptile, sur divers animaux qui -n’eu ressentirent aucun effet fâcheux.
«■ poumons des vipères et des autres serpents; c'était une espèce de sac « membraneux fort long, dont U surface intérieure était semée de petite» v* •> éminences répandues sans ordre ; manifestement composé de
"deux différentes substances, et tout-à-fait semblable au poumon du » serpent décrit par Gérard Rlasius.
« fl se trouva deux cœurs enveloppés chacun de leur péricarde, et « ayant chacun leurs vaisseaux sanguins; ces deux cœurs différaient en « cela seul que |e droit était plus gros que le gauche.
« Il y avait deux tesoplugcs et deux estomacs assez longs , comme n dans tous les serpents. Ces estomacs s'unissaient dans un seul intestin » qui leur était comroujl ; à l'eildroit de Jeur réunion Ton apercevait sur « la surface Interne de ébacun, un petit amas circulaire de glande» ou •• mamelons très-petita, aigus et rougeâtres, semblables à ceux qui, dans « les vqlatilèà, tapissent le dedans'de la partie inférieure dç l'crsophagé.. .
« Une file de. mamelons •emldaWes , mais beaucoup plus petits cl qu’on « ne pouvait distinguer qu'à, l’aide du microscope, régnaient sur toute « la loQ^neur du canal qui composait les deux œsophages et les (jeu*
« estomacs. ■ **
; ■ | .fI.
m L’intestin, après ses circonvolutions ordinaires , allait s’ouvrir Bans « le cloaque de l’anus. Les estomacs ctaicnr totalement vides; fl. y avait « seulement , dans le canal de» intestins , (quelques petits restés d’excré- « nierils <ft uq peu de matière muqueuse, dans laquelle étaient engagés,
« et , pour ainsi dire, embourbés an grand nombre de vers' trèS-petits , «les uns d'un beau blanc , lés autres Rougeâtres e; tout pleins de. vie. «J'avais cependant gardé ce strpent enfermé pendant trois semaines dans • nn vaisseau de verre , où fl üe voulut preudre aucune sôite de nourri - «tare, comme c'e^t la coutume de plusieurs serpents. Celui-ci avait deux « foies , et daus Te droit , qui était plus jpaud que le gaucho il, se trouva « cinq petites vésicules rondes et distendues, dont chacune reufçrtnait un « ver' de.méme espèce que ceux qui étaient dans la cavité des ihtcMius.
«‘Chacun des deux foies avait sa veine porte qui régnait sur toute sa * m longueur, et Comme il y avait deux foies, il y avait aussi deux vésicules « du (ici. Ces vésicules n'étaient point infixées ou incrustée* daps le* foie ,
« «U contraire , elles en étaient séparée» ft meme un ‘peu éloignées,
■ colnmc t’est l'ordinaire dans les vipères et dans les autres serpents.
* Dans le serpent à deux tète* que je décris , la vésiotde du- fiel était
534 HISTOIRE I ATUXELLF,
Ce serpent ne vécut que jusqu’au commencement, de février, et ce qu’il y 9 d’assez, remarquable o’est que la tête droite parut mourir sept heures avant la gauche.
• beaucoup plus grande dans le. Toie droit que dans le gauche : elle cola*
• muniquait par un petit conduit an lobe droit du foie. Le canal cystique
■ sortait du milieu de cette vésicule ou à-peu-près , et allait verser la bile
- dans les intestins. Du bord du foie droit naissajt un autre petit condnii
■ biliaire qu’on nomme hépatique il était isole , et sans s’approcher de « la vésicule , il allait déboucher dans les intestins à quelque distance du
• cahal cystique. Ce second candà't biliaire ou conduit hépatique mari*
« qiiait an foie* gauche, du moins je ne pus l’y apercevoir. Ce foie avait « seulement mie vésicule du (ielid'où partait un canal cystique qui aboum tissait dans l'intestin , et y avait son insertion «é|Nitémtmt des deux » fc titres conduits : l'embouchure de céîui-ci était marqués dans la Cavité « intérieure de l'intestin par un mamelon fort gouda.
• Tous les miles de l’eSpèçe des serpents et des lézards ont deux .
• verges et deux testicule^ , il semblait dotac que ce serpent qui avait
■ deux têtes, et dont les viscères étalent doubles, dût avoir quatre. •« verges et quatre testicules; Cependant il. c'avait que deux testicules et
■ deux verges. Las testicules étaient blancs, comme i l’ordinaire t un
• peu allongés; ils avaient tous leurs appendices et se trouvaient placés •I comme ils vnt coutume d'étrè , non pas côté l’nn de l’autre , mais
■ l’un un péu plu» haut, c’e*tà-dire plus près de la téfe que l’autre.
• Les deux verges , conformées à Cordinaire , avaient leur positioA.ac- « coutiimeè dans la queue ; èfles étaient hérissées de pointes à leur extré-
■ rohé , comme elles le sont dans lés vipères, et dans les autres serpents
«■qui s* traînent sqr le ventre. t • * ^
• En pretsÂht 1rs deux verges de 'ce serpentai deux tètes., j’ru. lis
• sortir la liqueur séminale ordinaire , dont l’odeur est forte et iléaagréâbje.
- J’ai en occasiqp d'observer deux serpents A deux queues ( et je de leur
■ ai trouvé non plu» qufe déni verges, et non pas quatre, de mfote
■ qu'aux lézards verts et aux Jézafds à détox queue».
• 1rs deux cerveaux contenus dans les deux têtes étaient semblables « entre eux , tant pour le volume que pour la conformation. Les deux « moelles épinières , après avoir traversé respectivement les vertèbre* •• des- deux cous , se réunissaient à la naisaauce du dos en un seul tronc
■ qui régnait jusqu a l'extrémité de la queue. >