‹ Œuvres du comte de Lacèpède ... dirigéeChapitre 5 sur 180 · DF BUFFON · texte numérisé non relu

DF BUFFON

« de ce spectacle auguste; toi dont le génie hardi, «■non content de parcourir l’immensité des cieux, «et de chercher les limites de l’espace, a voulu « remonter jusques. à celles du temps (i).

« Tu as demandé à la matière par quelle force « pénétrante ces astres immobiles, ces pivots em- « brasés de l’univers, brûlent des feux dont ils «resplendissent.* ' • . " • " »• '

«Tu as demandé aux siècles, par quel moteur « puissant, ces autres astres errants qui brillent a d’uûe lumière étrangère, et circulent en esclaves « soumis autour des soleils qui les maîtrisent, fu- « rent placés, sur la route céleste qui leur a été « prescrite, et reçurent le mouvement dont ils pa- « raissent animés.

« Nous te saluons, ô chantre immortel des cieux ; « que le firmament semé d’étoiles, que toutes les « clartés répandues dans l’espace, que tout ce ma- « gnifique cortège de la nuit rappelle à jamais ta « gloire !»

Cependant les premiers feux du jour dorent l’orient; Tastrede la lumière sè montre dans toute sa majesté; il rougjt les cimes isolées qui s’élancent dans les airs, et étincelle, pour ainsi dire, contre les immenses glaciers qui investissent les monts. Une vapeur épaisse remplit encore le fond

des vallées, et dérobe les collines à nos yeux. Unè

fl) Article de b formation des Planètes ; première et seconde vues de U Nature, etc. , par M. de Rnfibn. #*

8 ÈIOCE , • ,

.vaste mer |iaraît avoir envahi le globe; quelques pics couverts de glaces resplendissantes se montrent seulement au-dessus de cette mer immense dont les flots légers, agités par le vent, roulent en grands volumes, s’élèvent en tourbillons, et menacent de surmonter les roches les plus hautes. Nous • croyons voir avec Buffon , la terre encore couverte par les eaux de l'Océan , et recevant au milieu des ondes, sa forme, ses inégalités, ses . montagnes , ses vallées; et notre hymne continue.

«Nous te sa|nons, ô Buffon, toi dont le génie « après avoir parcouru l'immensité de l’espace et «du temps, a plané au-dessus de notre glohe et « de seS 'âges.(*). ù ' • \ . . -

« Tu as vu la terré sortant du sein des eaux; «les montagnes secondaires s’élevant par les ef- « forts accumulés des courants du .vaste Océan; « les vallons creusés par ses ondes rapides; les «végétaux développant letirs cimes verdoyantes « sur les premières hauteurs abandonnées par les «eaux; ces bois touffus livrant leurs dépouilles « aux flots agités; les abîmes de l’Océan recevant « ces dépôts précieux comme autant de sources « de chaleur et de feu pour les siècles à venir, et « les plaines de la mer peuplées d’animaux dont « les débris forment de nouveaux rivages ou ex- « bâtissent les. anciens. - - *

«Tu as vtj le feu jaillissant avec violence des

(i) Théorie de b terre et Époques de la Nature , par M. de Buffon. .

. DE ffOFFOft. 9

« entrailles de la terre, sur le bord des ondes qui a se retiraient, élevant par son effort de nouvelles « montagnes, ébranlant les anciennes , couvrant « les plaines de torrents enflammés ; et les tonunerres retentissants, les foudres rapides, les « orages des airs mêlant leur puissance à celle des « orages intérieurs de la terre, et des tempêtes de «ia^rner.,, , • .

« Nous te saluons, toi dont les chants ont célébré ces grands objets : que le feu dés volcans,

« que les ondes agitées, que les tonnerres des airs « rappellent à jamais ta gloire!». • \

Mais la vapeur, épaisse se dissipe , et nous laisse . voir des plaines immenses, des coteaux fertiles, des champs fleuris, des retraites tranquilles; ô Nature, tu te montres dans toute ta beauté! Les habitants des airs voltigeant au milieu des bocages., saluent par leur chant l’astre bienfaisant source de la chaleur; l’aigle allier vole jusqu’audessus des plus hautes .cimes (i^; le cheval belliqueux relevant sa mobile crinière, délance dans les vertes prairies; les divers animaux qui embellissent le globe, paraissent en quelque sorte à nos ■yeux. Saisis d’un noble enthousiasme, entraînés par l’espècé de délire qui s’empare de nos sens, nous. croyons nous détacher, pour ainsi dire, de

fi) Voyez particulièrement , dans Hiistoira des Quadrupèdes et des Oiseaux, paT M. de Buffoo , les articles du Cheval*, du T6g^et' dm Lion , du Chameau, de T t.Uphttnt ^ Au Castor , des Siriges , de t Aigle , des Pefrvyuels , de l'Oiseau- Uçuche , du Kamtchi , etc. » »*

io éLao-r'

la terre, et voir le globe roulant'sous n,os pieds nous présenter successivement toute sa surface. Le tigre féroce, le lion terrible régnant avec empire dans les solitudes embrasées de l’Afrique; le chameau supportant la soif au milieu des sables brûlants de l’Arabie ; l’éléphant des grandes Indes , étonnant l’iutelligence humaine par l’étendue de son instinct; le castor du Canada, montrant par ‘son industrie cerque peuvent le nombre et le concert; les singes des deux mondes, imitateurs pétulants des mouvements de Phomtue; les perroquets richement colorés des contrées voisines de l’équateur; le brillant oiseau-mouche et (e colibri doré du nouvean continent; le kamichi des.côtes à demi noyées de la Guyane: tous passent spus pos yeux. Rien rie peut nous dérober aucun de ces objets qné Buffon a’ revêtus de ses couleurs éclatantes; et au milieu des sujets de ses magnifiques tableaux, nous voyons sur tous les points ■ de la terre habitable le chef-d’œuvre de la force productrice, l'homme, qui par la pensée, a conquis lé sceptre de la nature , dompté le9 éléments, fertilisé là terre, embelli son asile, et créé le bonheur par l'amour et par la vertu. Depuis le- pôle 1 sur lequel brille l’Ourse, depuis les- bornes du vaste empire -de la souveraine de la Néwa (i)y et

(0 C'est principalement de la Russie , ainsi q ne de l' Anurique septentrionale et méridionale, que l’on s'est empressé d'offrir à M. de Ruffon , les divers objets d’Histoire Naturelle qui pouvaient l’intéresser y il en a

. . 'DE' BU F-FOW.

cette contrée fertile en héros, où Reinsberg(i) voit les arts cultivés par des mains victorieuses, jusques aux plages ardentes du Mexique , et aux sommets du Potosi, quelle partie du globe ne nous rappelle pas des tribnts offerts au génie de Buffon?' •

Nous voyons au milieu de l’A.thènes moderne , ces lieux fameux consacrés à la science ou aux arts sublimes de l’éloquente et de la poésie, ces temples de la renommée qui parleront à jamais de la gloire de Buffon, où il a laissé des amis, des compagnons de ses travaux, un surtout, qui, né sous le même ciel, et réuni avec lui dès sa plus tendre jeunesse, a partagé sa gloire et ses couronnes. Nous crùyons entendre leurs voix , et ce concert de louanges du génie et de l’amitié, retentissant jusques au fond de nos éœurs, nous nous écrions de nouveau : , '

« Nous te saluons, ô Ruffon, toi qui as chanté « lès oeuvres de la création surta lyre harmonieuse; « toi qui d’une tnain habile as- gravé sur un mo- « nument plus durable que le bronzé, les traits « augustes du roi de la nature; qui l’as suivi d’un

seçu de plusieurs' souverains , et surtout de Impératrice de toutes 'les Russie». ‘|P *

(V) Château du Brandebourg, appartenant au prince Henri de Prusse. Avec quel plaisir M. de Buffon ne parlait-!) pas de son dévouement pour ce prince ! Combien ne se plaisait-il pas à rappeler les marques d’attaebetnent qu’il en avait reçues , ainsi qu’à s’entretenir de l’amitié que Ipi a toujours témoignée la digne compagne d’un grand et célèbre ministre du

meilleur des rois 1

Il * . i LOGE DB BÜFFdN-

“«ùl attentif soiis tous les climats, depuis le mo- « ment de sa naissance jusques à celui oji il .disa paraît de, dessus la terre : à ta- .voix. la nature a « rassemblé ses différentes' productions; les divers «animaux se sont réunis devant toi : tu leur as «Msigné leur forme, leur physionomie, leurs ha- « bitudes , leur caractère , leùr pays , leur nom t « que partout tes chafits soient répétés; que tout à parle de toi; poète sublime, tu as céléhré-et tous « les #Tes et tous les temps. * ■. , ,

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