DU BASILIC
Nous ne conserverions pas ce nom de basilic, dont on a tant abusé, à l'animal réel dont nous parlons, de peur que l'existence d’un lézard appelé basilic ne pût faire croire à la vérité de quelques unes des fables attachées à ce nom, si elles n’étoient aussi absurdes que risibles, si par là nous n'étions bien rassurés sur la croyance qu'on leur accorde, et d’ailleurs si ee nom de basilic n’avoit pas été donné au lézard dont il est question dans cet article, par tousles naturalistes qui s’en sont occupés. Ù
Le lézard basilic habite l'Amérique méridionale ; aucune espèce n'est aussi facile à distinguer, à cause d’une crête très exhaussée qui s'étend depuis le sommet de la tête jusqu'au bout de la queue, et qui est composée d’écailles en forme de rayons, un peu séparées les unes des autres. Il a d’ailleurs une sorte de capuchon qui couronne sa tête ; et c’est de là que lui vient son noin de Basilic, qui signifie petit roi. Cet animal parvient à une taille assez considérable ; il a souvent plus de trois pieds de longueur, en comptant ceile de la queue. Ses doigts, au nombre de cinq à chaque pied, ne sont réunis par aucune membrane. Il vit sur les arbres, comme presque tous les lézards, qui, ayant les doigts divisés, peuvent y grimper avec facilité, et en saisir aisément les branches. Non seulement il peut y courir assez vite, mais remplissant d'air son espèce de capuchon, déployant sa crête, augmentant son volume, et devenant par là plus léger, il saute el voltige, pour ainsi dire, avec agilité, de
» dans la Méditerranée, et qu’on fait dessécher sous la bizarre confi- » guration qu'on ÿ remarque. » Dictionnaire d'Histoire naturelle, par M. Valmont de Bomare.
LACÉPEDE, IL.
branche en branche. Son séjour n’est cependant pas borné au milieu des bois ; il va à l’eau sans peine, et lorsqu'il veut nager il éille également son capuchon, et étend ses membranes.
La crête qui distingue le basilic, et da peut lui servir d’une petite arme défensive, est encore pour lui un bel ornement. Bien loin de tuer par son regard, comme l'animal fabuleux dont il porte le nom, il doit être considéré avec plaisir, lorsque animant la solitude des immenses forêts de l'Amérique, il s'élance avec rapidité de branche en branche, ou bien lorsque dans une attitude de repos, et tempérant sa vivacité naturelle , il témoigne une sorte de satisfaction à ceux qui le regardent, se pare, pour ainsi dire, de sa couronne, agite mollement sa belle crête, la baisse, la relève, et par les différents reflets de ses écailles, ren-
voie aux yeux de ceux qui l’examinent, de douces ondulations de lumière.
DU PORTE-GRÈTE. 209
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