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animal, si commun dans le pays où nous écrivons , et avec lequel tant de personnes ont joué dans leur enfance, n'a pas reçu de la nature un vêtement aussi éclatant que plusieurs autres quadrupèdes ovipares; mais elle lui a donné une parure élégante; sa petite taille est svelte ; son mouvement, agile ; sa course si prompte, qu'il échappe à l'œil aussi rapidement que l'oiseau qui vole. Il aime à recevoir la chaleur du soleil ; ayant besoin d’une température douce, il cherche les abris; et lorsque, dans un beau jour de printemps, une lumière pure éclaire vivement un gazon en pente ou une muraille qui augmente la chaleur en la réfléchissant, on le voit s'étendre sur ce mur ou sur l'herbe nouvelle avec une espèce de volupté. Il se pénètre avec délices de cette chaleur bienfaisante ; il inarque son plaisir par de molles ondulations de sa queue déliée ; il fait briller ses yeux vifs et animés; il se précipite comme un trait pour saisir une petite proie, ou pour trouver un abri plus commode. Bien loin de s'enfuir à l'approche de l’homme, il paroît le regarder avec complaisance : mais, au moindre bruit qui l’effraie , à la chute seule d’une feuille, il se roule, tombe et demeure pendant quelques instants comme étourdi par sa chute; ou bien, il s'élance, disparoît, se trouble, revient, se cache de nouveau, reparoît encore, décrit en un instant plusieurs circuits tortueux que l'œil a de la peine à suivre, se replie plusieurs fois sur lui-même, et se retire enfin
Lacerta azylis. Ichthyologia cum amphibis regni Borussici, à Job. Christ, Wulff.
Seps Argus 105, Seps muralis 106, Seps terrestris 107, Seps cœrulescens 109. Laurenti specimen medicum.
27 / HISTOIRE NATURELLE dans quelque asile jusqu'à ce que sa crainte soit dissipée 1. |
Sa tête est triangulaire et aplatie ; le dessus est couvert de grandes écailles, dont deux sont situées au dessus des yeux , de manière à représenter quelquefois des paupières fermées. Son petit museau arrondi présente un contour gracieux; les ouvertures des oreilles sont assez grandes; les deux mâchoires égales et garnies de larges écailles ; les dents fines, un peu crochues, et tournées vers le gosier.
Il a à chaque pied cinq doigts déliés et garnis d’onoles recourbés, qui lui servent à grimper aisément sur les arbres et à courir avec agilité le long des murs; et ce qui ajoute à la vitesse avec laquelle il s'élance, même en montant, c’est que les pattes de derrière, ainsi que dans tous les lézards, sont un peu plus longues que celles de devant. Le long de l'intérieur des cuisses règne un petit cordon de tubercules, semblables, par leur forme, à ceux que nous avons remarqués sur l’iguane : le nombre de ces petites éminences varie, el on en compte quelquefois plus de vingt.
Tout est délicat et doux à la vue dans ce petit lézard. La couleur grise que présente le dessus de son corps est variée par un grand nombre de taches blanchätres et par trois bandes presque noires qui parcourent la longueur du dos; celle du milieu est plus étroite que les deux autres. Son ventre est peint de vert, changeant en bleu; il n’est aucune de ses écailles dont
1. C'est principalement dans les pays chauds que le lézard gris est très agile, el qu'il exéeule les divers mouvements que nous venons de
décrire.
DU LÉZARD GRIS. De le reflet ne soit agréable ; et pour ajouter à cette simple mais riante parure , le dessous du cou est garni d’un collier composé d’écailles, ordinairement au nombre de sept, un peu plus grandes que les voisines, et qui réunissent l'éclat et la couleur de l'or. Au reste, dans ce lézard, comme dans tous les autres, les teintes et la distribution des couleurs sont sujettes à varier suivant l’âge, le sexe et le pays : mais le fond de ces couleurs reste à peu près le mêmel. Le ventre est couvert d'écailles beaucoup plus grandes que celles qui sont au dessus du corps; elles y forment des bandes transversales, ainsi que dans tous les lézards que nous avons compris dans la troisième division.
Il à ordinairement cinq ou six pouces de long et un demi-pouce de large : et quelle différence entre ce petit animal et l'énorme crocodile! Aussi ce prodigieux quadrupède ovipare n'est-il presque Jamais aperçu qu'avec effroi, tandis qu’on voit avec intérêt le petit lézard gris jouer innocemment parmi les fleurs avec ceux de son espèce, et, par la rapidité de ses agréables évolutions, mériter le nom d’agile que Linnée lui a donné. On ne craint point ce lézard doux et paisible; on l’observe de près; il échappe communément avec rapidité lorsqu'on veut le saisir ; mais lorsqu'on l’a pris, on le manie sans qu'il cherche à mordre; les enfants en font un jouet: et, par une suite de la grande douceur de son caractère, il devient familier avec eux, On diroit qu'il cherche à leur rendre caresse pour caresse; il approche inno-
1. Nous avons décrit le I£zard gris, d’après des individus vivants,
cemment sa bouche de leur bouche, il suce leur salive avec avidité; les anciens l'ont appelé l’Ami de l'homme, il auroit fallu l’appeler l’ami de l'enfance : mais cette enfance, souvent ingrate ou du moins trop inconstante, ne rend pas toujours le bien pour le bien à ce foible animal; elle le mutile; elle fui fait perdre une partie de sa queue très fragile, et dont les tendres vertèbres peuvent aisément se séparer !.
Cette queue qui va toujours en diminuant de grosseur, et qui se termine en pointe, est à peu près deux fois aussi longue que le corps: elle est tachetée de blanc et d’un noir peu foncé , et les petites écailles qui la couvrent forment des anneaux assez sensibles, souvent au nombre de quatre-vingts. Lorsqu'elle a
1.« M. Marchand a remarqué, dans les Mémoires de l’Académie » royale des Sciences , année 171$, que ces animaux avoient quelque- » fois deux queues, et c’est ce que Pline et plusieurs autres avoient » déjà observé avant lui. On en trouve quelquefois de tels en Portu- » Gal; mais comme rien n'est plus commun, dans ce pays là , que de » voir les enfants les tourmenter de toutes sortes de façons, peut-être » arrive-t-il que leur ayant fendu la queue suivant sa longueur, cha- » cune des portions s’arrondit , et devient une queue complète ; car il » est très ordinaire que si toule leur queue, ou seulement une partie » se perd par quelque accident, elle recroiïsse d'elle-même ; j'en ai vu » une infinité d'exemples: et c’est là une perte à laquelle ils sont expo- » sés tous Les jours, lors même qu'ils ne font que jouer entre eux; car
les petites vertèbres osseuses , qui forment leur queue , sont très fra- » giles, et se séparent aisément les unes des autres : aussi voit-on très » souvent des queues de toutes sortes de longueurs à des lézards qui » sont d’ailleurs de même taille. Au reste, M. Marchand nous apprend » qu'ayant voulu être témoin de cette production, l'expérience ne lui » a pas réussi, sans qu'il ait pu découvrir à quoi il en tenoit. Suivant » lui, cette nouvelle queue est une espèce de tendon, et n'est point » formée par des vertèbres cartilagineuses, comme la vieille. » Nouvelles observations microscopiques, par M. Needham, page 141.
DU LÉZARD GRIS. 2 été brisée par quelque accident, elle repousse quelquefois; et suivant qu'elle a été divisée en plus ou moins de parties, elle est remplacée par deux et même quelquefois par trois queues plus ou moins parfaites, dont une seule renferme des vertèbres; les autres ne contiennent qu’un tendon.
Le tabac en poudre est presque toujours mortel pour le lézard gris : si l’on en met dans sa bouche, il tombe en convulsion, et le plus souvent il meurt bientôt après. Utile autant qu'agréable , il se nourrit de mouches, de grillons , de sauterelles, de vers de terre, de presque tous les insectes qui détruisent nos fruits et nos grains; aussi seroit-il très avantageux que l'espèce en fût plus multipliée : à mesure que le nombre des lézards gris s’accroîtroit, nous verrions diminuer les ennemis de nos jardins; ce seroit alors qu'on auroit raison de les regarder, ainsi que certains Indiens les considèrent, comme des animaux d'heureux augure, et comme des signes assurés d’une bonne fortune.
Pour saisir les insectes dont ils se nourrissent, les lézards gris dardent avec vitesse une langue rougeâire, assez large , fourchue et garnie de petites aspéri.. tés à peine sensibles, mais qui suffisent pour les aider à retenir leur proie ailée?, Comme les autres quadrupèdes ovipares, ils peuvent vivre beaucoup de temps sans manger, el on en a gardé pendant six mois dans une bouteille, sans leur donner aucune
1. Continuation de la matière médicale de Gcoffroi, tome XII, pages 78 et suiv. Mémoire de M. Marchand, dans ceux de l'Académie des Sciences , année 1718.