Sauros Cloros, en grec
Krauthun, aux environs de Vienne en Autriche.
Lagarto et Fardacho , en Espagne.
Lazer, aux environs de Montpellier.
Lézard Vert. Daubenton, Encyclopédie méthodique.
Rai, Synopsis Animalium Quadrupedum , page 264. Lacertus viridis. The green lizard.
Aldrov., Quadr. 654. Lacertus viridis.
Lacerta agilis (varietas B). Linn.. Systema naturæ amphib. reptil. ( Linnéus ne regarde le lézard Vert que comme une variété du lézard Gris; mais, indépendamment d’autres raisons , la grande différence qui se trouve entre les dimensions de ces deux lézards, et les observations que nous avons faites plusieurs fois sur ces animaux vivants, ne nous permettent pas de kes rapporter à la même espèce.
Lacertus viridis. Gesner, de Quadrup. ovip., page 55.
Sébä, tome IT, planche 4, fig. 4 ct 5.
Lacerta viridis, Lacerta viridis punctis albis. Icihthyologia cum amphibiis regni Borussici, a Joh. Walff.
Seps varius 116, Seps viridis 311. Laurenti specimen medicum.
DU LÉZARD VERT. 285 rable, Elle n'a fait, pour ainsi dire, qu'agrandir le lézard gris, et le revêtir d'une parure plus belle.
C’est dans les premiers jours du printemps , que le lézard vert brille de tout son éclat, lorsque ayant quitté sa vieille peau, il expose au soleil son corps émaillé des plus vives couleurs. Les rayons qui rejaillissent de dessus ses écailles, les dorent par reflets ondoyants ; elles étincelient du feu de l’émeraude ; et si elles ne sont pas diaphanes comme les cristaux, la réflexion d’un beau ciel qui se peint sur ces lames luisantes et polies, compense l'effet de la transparence par un nouveau jeu de lumière. L’œil ne cesse d’être réjoui par le vert qu'ofire le lézard dont nous écrivons l’histoire. Îl se remplit, pour ainsi dire , de son éclat, sans jamais en être ébloui : autant la couleur de cet animal attire la vue par la beauté de ses reflets , autant elle l’attache par leur douceur. On diroit qu’elle se répand sur l’air qui l’environne, et qu’en s’y dégradant par des nuances insensibles, elle se fond de manière à ne jamais blesser, et à toujours enchanter par une variété agréable ; séduisant également, soit qu'elle resplendisse avec mollesse au milieu de grands flots de lumière, ou que ne renvoyant qu'une foible clarté, elle présente des teintes aussi suaves que délicates.
Le dessus du corps de ce lézard est d’un vert pius ou moins mêlé de jaune, de gris, de brun, et même quelquelois de rouge ; le dessous est toujours plus blanchâtre. Les teintes de ce quadrupède ovipare sont sujettes à varier; elles pâlissent dans certains temps de l’année, et surtout après la mort de lanimal ; mais c’est principalement dansles climats chauds
284 HISTOIRE NATURELLE qu'il se montre avec l'éclat de l'or et des pierreries ; c'est là qu'une lumière plus vive anime ses couleurs etles multiplie. C’est aussi dans ces pays moins éloignés de la zone torride, qu'il est plus grand, et qu'il parvient quelquefois jusqu'à la longueur d£ ireate pouces!. L’individu que nous avons décrit, et qui a été envoyé de Provence au Cabinet du Roi, à vingt pouces de longueur, en y comprenant celle de la queue qui est presque égale à celle du corps et de ia tèle ; le diamètre du corps est de deux pouces dans l’endroit le plus gros. Le dessus de la tête, comme dans le lézard gris, est couvert de grandes écailles arrangées symétriquement et placées à côté l'une de l’autre. Les bords des mâchoires sont garnis d’un double rang de grandes écailles. Les ouvertures des oreilles sont ovales ; leur grand diamètre est de quatre lignes, et elles laissent apercevoir la membrane du tympan. L'espèce de collier qu'a le lézard vert, ainsi que le lézard gris, est formé dans l’individu envoyé de Provence au Cabinet du Roi, par ouze grandes écailles. Celles qui couvrent le dos sont les plus petites de toutes; elles sont hexagones , mais les angles en étant peu sensibles, elles paroïissent presque rondes; les écailles qui sont sur le ventre sont grandes, hexagones, beaucoup plus allongées, et forment trente demi-anneaux ou bandes transversales.
Treize tubercules s'étendent le long de la face intcrieure de chaque cuisse ; ils sont creux, et nous avons
1. Note communiquée par M. de la Tour d'Aygue, président à mortier au parlement de Provence, et dont les lumières sont aussi connues que son zèle pour l'avancement des sciences.
vu à leur extrémité un mamelon très apparent, et qui s'élève au dessus des bords de la petite cavité du tubercule dont il paroît sortir. La fente qui forme l’anus occupe une très grande partie de la largeur du corps. La queue diminue de grosseur depuis l’origine jusqu’à la pointe; elle est couverte d’écailles plus longues que larges, plus grandes que celles du dos, et qui forment ordinairement plus de quatre-vingtdix anneaux.
La beauté du lézard vert fixe les regards de tous ceux qui l’aperçoivent ; mais il semble rendre attention pour attention; il s'arrête lorsqu'il voit l’homme ; on diroit qu'il l’observe avec complaisance , et qu’au milieu des forêts qu'il habite , il a une sorte de plaisir à faire briller à ses yeux ses couleurs dorées, comme dans nos jardins le paon étale avec orgueil l'émail de ses belles plumes. Les lézards verts jouent avec les enfants, ainsi que les gris; lorsqu'ils sont pris, et qu'on les excite les uns contre les autres, ils s’attaquent et se mordent quelquefois avec acharnement ?,
Plus fort que le lézard gris, le vert se bat contre les serpents; 1l est rarement vainqueur; l'agitation qu'il éprouve et le bruit qu'il fait lorsqu'il en voit approcher, ne viennent que de sa crainte; mais on s’est plu à tout ennoblir dans cet être distingué par la beauté de ses couleurs; on a regardé ses mouvements comme une marque d'attention et d’attachement; et l’on a dit qu'il avertissoit l’homme de la présence des serpents qui pouvoient lui nuire. II
1. Voyez, à ce sujet , les ouvrages de M. Duvernay. 2. Gesner, Quadrup. ovipar.. page 36.
286 HISTOIRE NAFUREELE recherche les vers et les insectes ; il se jette avec une sorte d’avidité sur la salive qu'on vient de cracher, et Gesner à vu un lézard vert boire de l’urine des enfants. Il se nourrit aussi d'œufs de petits oiseaux, qu'il va chercher au haut des arbres, où il grimpe avec assez de vitesse.
Quoique plus bas sur ses pattes que le lézard gris, il court cependant avec agilité , et part avec assez de promptitude pour donner un premier mouvement de surprise et d’effroi , lorsqu'il s'élance au milieu des broussailles ou des feuilles sèches. T1 saute très haut; et comme il est plus fort, il est aussi plus hardi que le lézard gris ; il se défend contre les chiens qui l’attaquent. L'habitude de saisir par l'endroit le plus sensible , et par conséquent par les narines, les diverses espèces de serpents avec lesquelles il est souvent en guerre, fait qu'il se jette au museau des chiens; et il les y mord avec tant d'obstination , qu’il se laisse emporter et même tuer plutôt que de desserrer les dents ; mais il paroît qu'il ne faut point le regarder comme venimeux, au moins dans les pays tempérés, et qu’on lui a attribué faussement des blessures mortelles ou dangereuses 1.
1. « Un lézard vert (le lézard dont parle ici M. Laurenti, et qu'il a » distingné par le mot latin de Seps varius, n’est qu'une variété du lé- » zard vert ) saisit un petit oïscau auprès de la gorge, et non seule- » ment l'y blessa, mais même faillit à l'étouffer ; l'oiseau guérit de lui- » même, et le lendemain chanta comme à l'ordinaire.
» Le même animal mordit un pigeon avec beaucoup de colère ; le » sang coula de chacune des petites blessures que firent les dents du » lézard ; cependant le pigeon n’en mourut pas, quoiqu'il parût souf- » frir pendant quelques heures.
» Le lendemain, il mordit le même pigeon à la cuisse, emporta la
Ses habitudes sont d’ailleurs assez semblables à celles du lézard gris; etses œufs sont ordinairement plus gros que ceux de ce dernier
Les Africains se nourrissent de la chair des lézards vertsi; mais ce n’est pas seulement dans les pays chauds des deux continents qu’on trouve ces lézards ; ils habitent aussi les contrées très tempérées, et même un peu septentrionales, quoiqu'ils y soient moins nombreux et moins grands?. Ils ne sont point étrangers aux parlies méridionales de la Suède, non plus qu’au Kamtschatka, où malgré leur beauté, un préjugé superstitieux fait qu'ils inspirent l’effroi. Les Kamtschadales les regardent comme des envoyés des puissances infernales; aussi s'empressent-ils, lors-
» peau, et fit une blessure assez grande ; la plaie fat guérie et la peau » revenue au bout de peu de jours.
» J'enlevai la peau de la cuisse d’un chien et d'un chat, je les fis » mordre par le même lézard à l'endroit découvert; l'animal fit péné- » trer son écume dans la blessure; le chien et le chat s’efforcoient de » s'échapper, et donnoïent des signes de douleur ; mais ils ne présen- » tèrent d’ailleurs aucune marque d’incommodlité, et leurs plaies » ayant été cousues , furent bientôt guéries.
» Un lézard vert ordinaire mordit un pigeon à la cuisse droite, avec » tant de force qu'il emporta la peau: il saisit ensuile avec acharne- » ment les muscles mis à nu et ne les lâcha qu'avec peine. La peau fat » cousue , et le pigeon guérit aisément après avoir boïilé pendant un » jour.
» Ce lézard vert mordit un jeune chien au bas-ventre; le sang ne 2 coula pas, et l’on ne remarqua pas d'ouverture à la peau; mais le » chien poussa d'horribles cris, et n’éprouva ancune incommodité. » Extrait des expériences faites en Autriche, au mois d’août, par M. Laurenti, Specimen medicum. Viennæ , 1768.